‹ Les grands symptômes neurasthéniques: pathogénie et traitementChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sommaire. — L'asthénie génitale chez Thomme : les lois qui la régissent. — L'état mental neurasthénique après le coït. — La tonicité dans le crémaster et ses variations. — Variations dans le chimisne du suc orchitique. — Traitement. — La neurasthénie féminine. — Conception de Mathieu. — Conception de J. Chéron. — Traitement.

Fidèle au plan général de ce volume, je ne donnerai point ici de description didactique des troubles de l'appareil génital chez les neurasthéniques de l'un et Tautre sexe. Le lecteur, soucieux de s'instruire à ce point de vue, devra lire les ouvrages de Beard, de Glatz, de Montéiiis, de Kraflt-Ebing, de Ultzmann, d'Oppenheim, etc., etc. Je me contenterai d'envisager ici cette question de l'asthénie génitale dans ses rapports avec la fatigue générale de l'organisme, dont elle ne me paraît être, le plus souvent, qu'une manifestation locale.

A. — Asthénie génitale chez V homme- Quand il ne s'agit pas de frigidité absolue, l'impuis-

sance des neurasthéniques revêt un ensemble de caractères assez sig^nificatifs.

Chez ceux qui, jeunes, ont abusé du plaisir solitaire, il arrive que Térection, à peu près complète tant qu'ils demeurent dans le décubitus dorsal, perd de sa plénitude à la première approche de la femme, si bien que la possession normale n'est jamais possible.

Dans la plupart des cas de neurasthénie franche, acquise, Térection se fait franchement, mais le coït est extrêmement bref et singulièrement décevant; il semble que la sensation voluptueuse, naguère vive, s'atténue depuis la maladie et devienne tout émoussée, comme lointaine. Certains nerveux déclarent ressentir, au moment de Téjaculation, comme l'impression d'un liquide acide et un peu brûlant, qui parcourrait le canal de l'urèthre. D'autres, décrivent au médecin qui les interroge une sorte d'anesthésie ; on dirait que l'ensemble des conduits éjaculateurs est ouaté intérieurement, et que le liquide spermatique, en frôlant les parois, ne peut déterminer que la sensation de contact, sans pouvoir provoquer l'exaltation voluptueuse.

Au lieu d'être constante comme il arrive chez l'hystérique, cette anesthésie du sixième sens subit d'intéressantes oscillations à certaines heures du jour et dans certaines circonstances. Elle est à son maximum le matin, dans cet état que nous avons si souvent eu l'occasion de décrire, o\x le sommeil, empiétant sur la veille, embrume encore le cerveau du neurasthénique. Elle

s'amoindrit à mesure qu'il se réveille davantage. II est fréquent de voir cette sensibilité spéciale s'exalter^comme toutes les autres, dans les moments où le sujet est excité par l'approche de Torage, par des aliments copieux, ou bien encore par la colère. Beaucoup de psychologues s'étonnent de constater que certaines femmes aiment à être battues, et beaucoup dépeignent, sans en comprendre la raison intime, Fintense plaisir qu'ont à se réconcilier les amants après leurs querelles. C'est que ces névropathes, à demi anesthésiés dans l'ordinaire de la vie, sentent croître, sous l'influence de la colère, toutes leurs sensibilités ; dans ces moments d'excitation, où ils sont tout près de se battre, leur capacité amoureuse double d'intensité; le paroxysme voluptueux bénéficie du paroxysme furieux.

Rien n'est intéressant à suivre comme les variations de l'étal mental neurasthénique sous l'influence de l'acte sexuel. Quelques-uns en demeurent épuisés, à peu près comme un épileptique après sa crise, et il leur faut absolument dormir quelques instants avant de reprendre la vie. D'autres sont envahis par une tristesse infinie, par un sentiment de déchéance, d'opprobre, de honte, et de remords physique si marqué, que la crainte du coït devient pour eux comme une sorte de superstition; j'en connais qui, profondément irreligieux et ne croyant pas en Dieu, affirment que rien ne leur réussit et qu'ils sont poursuivis par une singulière malchance, toutes les fois qu'ils ont commis le péché de la chair ;

â02 LES GRANDS SYMPTOMES NEURASTHÉNIQUES

ils semblent être sous le coup d'un châtiment d'en haut, et ils n'osent rien entreprendre jusqu'au moment où l'énergie a réintégré leur système nerveux. Ce sentiment de mal être se traduit tantôt par de l'abattement, tantôt par un état d'esprit plus sombre et plus farouche. Anatole France a décrit cette psychologie d'après l'amour, dans une page exquise, que je ne résiste pas au plaisir de citer.

« Il ne montra de mauvaise humeur que strictement ce qu'il est naturel d'en avoir après la satisfaction du désir. M"*® de Gromance devait s'attendre précisément aux plus noirs accès de rancune et de malveillance. Ce jour-là, en effet, par force et douceur, inspiration naturelle et science profonde, elle avait obtenu de lui les réalités de l'amour plus libéralement qu'il ne les accordait d'ordinaire, par principe. Elle l'avait fait sortir de la modération. C'est ce qu'il ne lui pardonnait pas aisément, soucieux de sa santé, et attentif à se tenir en forme pour les exercices du sport. Chaque fois que M"** de Gromance l'entraînait hors de la juste mesure, il se vengeait d'elle ensuite par des mots mauvais ou par un plus mauvais silence. Elle ne s'en fâchait point, parce qu'elle aimait l'amour et que son expérience lui enseignait que tous les hommes sont désagréables quand ils sont satisfaits. » Le Philippe Dellion de l'Anneau <ff améthyste e^i^ un neurasthénique.

J'en sais d'autres que l'amour accompli rend légers et dispos, dont il clarifie les idées et qu'il repose, pour

ainsi dire, comme par élimination d'un excès de force accablant; peu d'instants après, les voilà mieux aptes à la marche, au travail intellectuel, à la causerie abondante et facile. Toutes ces dispositions varient d'ailleurs, d'un jour à l'autre, chez le même sujet. Tel névropathe que le coït accable, à certaines heures et dans certains états nerveux, en est, dans d'autres circonstances et à d'autres moments, tout réconforté, tout ranimé. Ces contradictions apparentes s'expliquent aisément si Ton veut bien se rendre compte de ce fait, à mon avis indiscutable, que, chez le névropathe, l'excès de force accumulée ressemble à s'y méprendre, à l'extrême fatigue; un nerveux stimulé au delà de sa résistance, est littéralement surmené par Ténergie dont son système nerveux est sursaturé ; et c'est en le faisant agir, en le contraignant à dépenser un peu de ses réserves, qu'on lui rendra le sentiment d'euphorie, qui ne se rencontre ni dans l'une ni dans l'autre extrémité.

D'autres nerveux, en très grand nombre, demeurent un peu énervés * plusieurs heures après l'acte amoureux, et n^en ressentent la lassitude que le lendemain au sortir du sommeil qui devrait être rép ar ateur , et qui ne l'est pas pour eux. Quelques-uns, enfin, qui semblent écra-

(1) Ce qui n'est qu'énerve ment léger chez les neurasthéniques dont je parle ici, Q,rend quelquefois un caractère beaucoup plus grave chez les dégénérés impulsifs. J'en ai connu qui, après le coït, étaient pris d'un véritable paroxysme mental avec impulsion véhémente à étrangler la femme que tout ài l'heure ils serraient tendrement dans leurs bras. Dans la Béte humaine, Zola a remarquablement décrit cette phobie angois santc.

ses de fatigue par un premier coït, se sentent infiniment moins las s'ils récidivent quelques heures après — tant il est vrai que la caractéristique de ces malades est de s'entraîner aisément, de volontiers recommencer ce qu'ils ont eu tant de peine à entreprendre une première fois. A côté de ces constatations qu'un grand nombre de névropathes font et soumettent à leur médecin, il en est d'autres, moins fréquentes ou plus subtiles, que je veux cependant signaler à cette place. C'est ainsi que, voilà déjà quelques années, un homme fort intelligent à qui je donnais mes soins, attira mon attention sur un symptôme bien particulier, à savoir les variations de tonicité des enveloppes crémastériennes et dartoïques. « Plus développées chez les sujets vigoureux que chez les sujets frêles, plus développées aussi chez l'adulte que chez le vieillard » (Testut), les deux enveloppes musculaires des bourses offrent en effet, d'un moment à l'autre, selon que le système nerveux est excité ou déprimé, des oscillations de tension qu'il n'est pas sans quelque intérêt de noter. Je ne crois pas qu'il faille leur donner toute l'importance que leur accordait mon malade, un peu obsédé peut-être par ce genre d'observations — d'autant qu'il ignorait l'influence de voisinage qu'exerce, sur la rétractilité du dartos et de l'érythroïde, l'état de vacuité ou de plénitude, de contractilité ou d'atonie de l'S iliaque ou du rectum. Il n'en est pas moins vrai que, chez le neurasthénique depuis longtemps ancré dans la dépression, les bourses demeurent

L*ASTHÉNI& GÉNITALE 205

dans un état de ptôse, que le traitement tonique général tend manifestement à faire disparaître, et qui doit se ranger parmi toutes les ptôses caractéristiques de la neurasthénie, celles de Testomac, de l'intestin , de la matrice chez la femme, sans oublier cette ptôse de Tap pareil circulatoire que constitue l'hypotension cardiovasculaire.

A côté de ces signes de sensibilité atténuée et de tonus musculaire amoindri, à côté de cette paresse de la circulation active qui fait l'érection incomplète, il ne faut point omettre de noter les troubles de la sécrétion glandulaire. Comme beaucoup de glandes, comme la plupart des glandes de l'organisme, glandes sudoripares, glandes salivaires, glandes gastriques, comme le foie, comme le pancréas, le testicule secrète peu et mal dans la neurasthénie. Dans les cas graves il en arrive à diminuer manifestement de volume et de poids, tandis que se flétrissent et s'amollissent ses enveloppes; on voit alors le malade devenir absolument indifférent à toute pensée sexuelle, et demeurer pendant des mois entiers dans la frigidité la plus complète; il est habituel de lui voir perdre en même temps, non seulement toute coquetterie, mais même tous soins de sa personne : sa barbe pousse inculte, il oublie de faire couper ses cheveux, porte du linge négligé.

A un degré moindre, l'hyposécrétion orchitique provoque habituellement un état mental plus complexe que le précédent. Il est fréquent, en effet, de voiries hommes

atteints de demi-impuissance et d'anesthésie presque complète au spasme voluptueux, chercher dans des pratiques plus subtiles, dails les raffinements du vice, dans les débauches d'imagination, l'excitation, le coup de fouet nécessaire pour les exalter et décupler leur sensibilité spéciale. Les pratiquants passifs de la flagellation ne font rien d'autre que chercher dans la stimulation vigoureuse d'une de leurs périphéries sensitives, une tension nerveuse, un éréthisme dont ils sont ordinairement incapables.

Plus ou moins tarie et diminuée de quantité, la sécrétion testiculaire subit encore d'importantes modifications qualitatives. Sa couleur, moins jaune, prend un aspect grisâtre et terne, sa densité paraît amoindrie, le liquide étant moins filant, moins épais, plus aqueux. Il semble enfin que sa proportion en phosphates et en chlorures soit de beaucoup réduite, et qu'il faille attribuer à ce caractère chimique le peu de réaction sensitive que provoque le sperme en traversant le canal de l'urèthre, La preuve en est fort mal aisée à faire, pour ce double motif que nous ne sommes qu'assez médiocrement renseignés sur la teneur en sels du suc orchitique normal, et que l'analyse chimique de la- sécrétion de nos malades n'est pas facile à répéter dans la pratique. Cependant nous savons que le fait d'injecter sous la peau des solutions salines ou bien encore celui de prendre un lavement salé, provoque une hypersécrétion du testicule, et réveille du même coup la sensibilité spé-

ciale. Deux de mes malades, tous deux capables de soigneusement observer, m'ont fourni sur ce point, toute une série de documents qui me paraissent suffisants pour provoquer des recherches ultérieures; elles devront être faites avec une précision technique dont il est facile d'entrevoir les difficultés. Tout ce que je peux affirmer c'est que toutes les injections hypodermiques de liquides un peu denses mais non toxiques, huile camphrée, gaïacolée, créosotée, eau glycérinée, eau salée, solution de sels neutres, accroissent, de la façon la plus manifeste, la quantité et la densité du liquide spermatique ; il semble que les solutions salines aient une action particulièrement marquée au point de vue du réveil de la sensibilité spéciale*.

Au total, nous voilà bien en droit de considérer Tasthénie génitale des neurasthéniques comme un phénomène ayant sa réalité objective, et ne dépendant pas uniquement d'une idée fixe. Chez les neurasthéniques c'est un signe local de l'abaissement général de la vitalité. C'est un symptôme franchement dépressif, comportant une diminution de la sensibilité, une hypotonicité à peu près constante des enveloppes musculaires et un appauvrissement de la séôrélion glandulaire. Quant à la spermatorrhée, elle ne peut être rien d'autre

(1) Dans une lecture faite à l'Académie do médecine, le D' J. Gaube du Gers, étudie la minéralisation des graines végétales et des graines animales. Pour lui, l'élément véritablement important au point de vue que nous venons de dire, résiderait dans les sels de magnésie, et C6 serait de la magnésie qu'il conviendrait d'ajouter à l'organisme d'un neurasthénique pour lutter contre son asthénie génitale.

qu'un de ces signes de faiblesse excitable dont est remplie l'histoire des neurasthéniques ; c'est en effet, dans les moments de très grande fatigue, qu'il leur arrive d'avoir, sous les plus futiles prétextes, et à propos de la plus insignifiante sollicitation, un écoulement provenant des vésicules ou de la glande même.

En face d'un malade qui se plaint d'asthénie génitale, une fois le diagnostic neurasthénie bien fait, après élimination des maladies organiques de la moelle, et de l'hystérie, il est tout à fait important de s'enquérir si le malade ne doit pas sa frigidité auprès des femmes au fait d'avoir conservé, jusque dans l'adolescence ou Fâge mûr, des habitudes solitaires. C'est en effet une tout autre chose de recouvrer purement et simplement une fonction momentanément atténuée, ou de perdre le long entraînement à un acte habituel, constamment , exclusivement répété pendant plusieurs années.

S'il ne s'agit que d'asthénie vraiment neurasthénique, il y a grandes chances pour que réussisse l'emploi des moyens classiques, électrisation, douches, suspension et injections de sérum artificiel concentré. Il arrive, pour ce symptôme comme pour tous les autres signes de l'épuisement nerveux, que le sentiment de déchéance, d'impouvoir, et la timidité qui s'ensuit survivent quelque temps au retour effectif de la fonction. C'est ici que, — à défaut de suggestion proprement dite, — le médecin aura le devoir d'encourager le patient à prendre'cons-

L'ASTHENIE GENITALE 209

cîence par des expériences démonstratives, de son retour à la normale.

B. — Neiirasthéme génitale chez la femme.

C'est une question difficile et fort intéressante que celle de la neurasthénie de la femme, liée aux maladies de Tutérus et de ses annexes. On a longuement discuté pour savoir si la maladie nerveuse est primitive ou secondaire à la lésion de l'appareil génital, et je crois, pour ma part, que ni Tune ni l'autre de ces opinions extrêmes n'est vraie à l'exclusion de l'opinion adverse. Chez un sujet héréditairement prédisposé à la névrose, « quoi d'étonnant, dit excellemment M. Mathieu, qu'elle apparaisse dans des conditions oii tout se réunit souvent pour susciter la névropathie. Les douleurs répétées, parfois une longue réclusion, la coquetterie et Tamourpropre blessés, les ennuis de toutes sortes que créent à une femme l'existence et la conscience d'une infirmité sexuelle, tout cela est bien fait pour amener le découragement, la dépression et, pour l'appeler par son nom, la neurasthénie. Celle-ci, à son tour, peut aggraver la maladie locale, en vertu des troubles généraux de santé qu'elle provoque, de l'anémie qu'elle favorise, de ladyspepsie qui amène un trouble de la nutrition, etc. »

J'approuve fort la conception ci-dessus; mais j'avoue me séparer un peu de M. Mathieu quand il ajoute : « La neurasthénie génitale de la femme ne peut donc être

De Fleury. — Neurasthénie. 14

considérée que comme un cas de neurasthénie secondaire, ce qui n'est pas pour nous Téquivalent de neurasthénie symptomatique . » Certes, je crois qu'il faut admettre une neurasthénie féminine, née des troubles fonctionnels locaux et généraux que provoquent habituellement les lésions, mêmes légères, de la matrice ou de ses annexes; mais j'ai vu, plus fréquemment encore, certaines maladies de l'appareil utéro-ovarien, et notamment la descente de matrice, dépendre manifestement de Taffaiblissement du système nerveux central; la métroptôse fait ici pendant à la dilatation atonique de l'estomac, et à rhypotonicité cardio-vasculaire.

Dans une série de communications faites au Congrès pour Tavancement des Sciences de Caen (1894) et au Congrès de gynécologie de Bordeaux, Jules Chéron présenta la question de la neurasthénie féminine sous un jour nouveau et en excellents termes. Sa conception, qui tient compte de Tune et l'autre face du problème, me paraît mériter d'être exposée avec quelques détails, comme étant la meilleure et la moins incomplète qu'on ait donnée jusqu'à présent.

« Je me suis efforcé, dit-il, de mettre en lumière l'atténuation que subit le tonus des organes contractiles sous rinfluence de l'épuisement nerveux, plus, particulièrement chez les femmes atteintes d'affections utérines, ou simplement usées par des grossesses très rapprochées. J'ai proposé de donner à cette forme particulière de neurasthénie le nom de viscéroptose ou de neurasthé-

nie utéro-gas trique. Presque toujours, en effet, il y a, à la fois, non seulement relâchement des ligaments larges et distension de l'estomac, mais encore descente de la plupart des organes abdominaux, qui peu à peu viennent ajouter leur ptôse à celle déjà établie. »

Le médecin de Saint-Lazare prenait bien soin de dire qu'il ne s'agit point ici des grands prolapsus utérins, à jamais irrémédiables, mais simplement de ce trouble fonctionnel qui consiste dans l'abaissement de la matrice par hypo tonicité de ses ligaments, le col venant au contact du plancher vaginal, Tutérus se plaçant en antéversion, et affectant la forme générale d'un porte-manteau. Chez une malade de ce genre, atteinte en même temps d'endo'métrite du col et du corps, faites le curettage, et vous n'en obtiendrez que des résultats tout à faits médiocres, surtout si vous avez amené Tutérus à la vulve pour opérer plus aisément. Aussi Chéron estimaitil, qu'avant de curetter Futérus d'une neurasthénique, il est indispensable de restituer à la matrice sa position normale et aux ligaments leur tonicité, au moyen du massage pelvi-abdominal, pratiqué d'après la méthode de Thure-Brandt, et de refaire l'état général, de combattre la neurasthénie.

On est alors en droit de pratiquer le curettage à hauteur, ce que rendent faciles les instruments spéciaux imaginés dans ce but par Chéron, et par son ancien interne le D*" Jules Batuaud; les résultats obtenus sont incomparablement meilleurs et plus durables que ceux

que fournit la même opération, sans précautions préaables.

Ainsi donc, pour Chëron, il existe une variété de neurasthénie utéro-gastrique, ayant pour cause prédisposante le terrain névropathique , et ce relâchement général du tonus, cette tendance à la ptôse qui est l'essence même de TépUisement du système nerveux; ayant pour cause déterminante une infection de la muqueuse utérine, des grossessesréitérées, ouune grossesse tardive chez une femme dont les tissus élastiques sont devenus friables et cassants. Sous l'influence de l'épine irritante locale, la neurasthénie, jusqu'à ce jour latente ou peu intense, évolue pleinement, Tutérus s'affaissant en même temps que Testomac, que l'intestin, que le foie et que le rein droit.

Mais, dira-t-on, tout cela n'est rien d'autre que la conception de l'entéroptose de M. Frantz-Glénard ou celle des « déséquilibrés du ventre » de M. Montéiiis. J'y distingue pourtant de grosses différences.

Pour M. Glénard, c'est le foie qui commence, l'appareil intestinal qui continue et la neurasthénie qui s'en suit. Pour Chéron, la neurasthénie ouvre la marche, l'infection utérine vient servir d'épine irritante, et la ptôse résulte de la combinaison de ces deux causes.

La thérapeutique nous montre que souvent il suffit de masser la matrice, de l'alléger par quelques saignées blanches et de mettre un pessaire, pour amener un soulagement immédiat dans l'état du système nerveux,

dans rimpotence motrice des membres inférieurs et dans rirritabilité mentale. Mais cette amélioration est presque toujours bien superficielle et bien fugace, si on ne la combine pas à un traitement énergique de la neurasthénie par un régime alimentaire et les stimulations mécaniques du système nerveux central.

Il me paraît donc que Ton peut définir la neurastliénie génitale féminine comme une manifestation locale de Thypotonie générale qui, à son tour, s'aggrave considérablement, toutes les fois qu'une lésion locale vient compliquer la simple ptôse.

Page 1