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CHAPITRE IX

L'ÉTAT MENTAL (Suite)

Sommaire. — Analyse des principaux stigmates mentaux du mal de Beard. — La colère et les larmes chez les neurasthéniques. — L'état affectif est antérieur à l'état intellectuel. — Les phobies ne sont point un phénomène d'ordre primitivement psychique, mais circulatoire. — Analyse de la tristesse. — Les travaux de Georges Dumas.—Influence du café et de l'alcool sur la tristesse. — Observations de modifications de l'état mental par stimulations mécaniques du système nerveux.

Je ne me sens point tenté d'esquisser ici une description synthétique, plus littéraire que scientifique, de Tétat mental neurasthénique. Tous les ouvrages spéciaux y consacrent quelques trës bonnes pages auxquelles il n'y a pas grand'chose à ajouter.

Par contre, je voudrais étudier analytiquement les principaux stigmates mentaux du mal de Beard, et tâcher de leur trouver une interprétation assez satisfaisante pour qu'il en puisse découler un traitement vraiment rationnel.

Vous savez, aussi bien que moi, que nos malades sont tous, à des degrés divers, tristes, pessimistes, misanthropes, douteurs, hésitants, abouliques, inca-

pables de travailler d'une façon suivie, maladivement humbles, timides et farouches au point de fuir toute rencontre et d'éviter de saluer leurs amis dans la rue. Ils sont encore singulièrement prédisposés à la peur sous toutes ses formes, notamment à la crainte de ces maladies du cœur, de Festomac, du poumon ou du cerveau, vers quoi leurs palpitations, leurs malaises digestifs, leur amaigrissement et les troubles mentaux dont ils ont conscience, inclinent incessamment leur attention. C'est là leur état permaneïlt et chronique, leur état vrai. Mais sur ce fond monotone de misère psychologique se détachent, à titre d'épisodes aigus, en feux de paille, des crises de colère, de larmes, d'angoisse, dont il faut parler tout de suite.

On dit communément que neurasthénie signifie faiblesse irritable, et rien ne demeure plus vrai que cette vieille définition. Un animal en expérience, dont on anémie le cerveau, devient plus convulsif à mesure que s'aggrave l'épuisement de ses centres nerveux; les réactions d'excitation sur un fond de faiblesse s'expliquent ainsi d'elles-mêmes.

La colère neurasthénique est le type de ce genre de phénomènes, faits d'une ascension brusque bientôt suivie d'une dépression plus marquée. Le déprimé qui se querelle, peut, en un clin d'œil et sous les plus futiles prétextes, s'exalter aux pires paroxysmes; mais la détente est prompte et radicale; tout de suite elle le ramène k l'étonnement, à la honte de ce qu'il a pu faire, au regret

d'avoir dépassé la mesure, d'avoir peiné son adversaire, à la peur de s'en être fait un ennemi ; et voilà notre névropathe bien vite revenu à son habituel bas-fond de crainte, de torpeur mentale, d'humilité et de douceur parfois fort tendre.

Chez le neurasthénique, l'exaltation momentanée du cerveau s'accompagne de toute une série de modifications somatiques, intéressantes à noter. A trois ou quatre reprises il m'a été donné, sur des malades que je connaissais bien pour les voir couramment, de mesurer la pression sanguine, la force dynamométrique, le nombre des globules rouges, l'activité de réduction

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