‹ Les grands symptômes neurasthéniques: pathogénie et traitementChapitre 39 sur 56 · I. — Vamyosthénie · texte numérisé non relu

I. — Vamyosthénie

Eu faisant la pathogénie générale de la maladie de Beard, nous avons été conduits à envisager Tasthénic musculaire comme un symptôme vrai, ayant sa réalité objective, consistant essentiellement en une diminution du tonus par insuffisance d'influx nerveux; nous avons appris, peu après, que le tonus, est un réflexe perpétuellement entretenu en nous par les stimuli incessants venus du monde ambiant, et nous en avons conclu que, pour redonner du tonus et lutter victorieusement contre le sentiment de fatigue, il sufiil de faire appel à l'une quelconque des terminaisons sensitives de l'organisme; à la lueur de cette interprétation, de cette conception des sources de la force humaine, le mode d'action de tous les procédés de traitement mécanique actuellement connus, s'est éclairé dun jour nouveau ; jusqu'à présent on n'a guère envisagé qu'au point de vue des modifications apportées à la circulation, l'action du massage et celle de la douche; et que de fois n'ai-je pas ouï dire que tout cela n'était que de la suggestion. Nous savons maintenant, de connaissance scientifique, que toute vibration venant s'appliquer à l'une quelconque de nos périphéries sensitives ou sensorielles apporte avec elle de la force que les voies centripètes transmettent à la moelle épinière et au cerveau, où elle

se réfléchit dans les organes du mouvement; et nous savons en outre que, sur un terrain peu résistant, il importe de n'infliger tout d'abord que des vibrations trfcs modérées, sous peine d'obtenir, non plus un rehaut de la force, mais bien du surmenage.

Donc, il est tout à fait inutile, il n'est pas physiologique, de recourir aux drogues pour redonner la force. Peu ou pas de médicaments. Efl*orçons-nous de puiser constamment aux sources naturelles de l'énergie chez les êtres vivants, à l'excitation sensitive; accumulons mécaniquement, et de façon sagement progressive, la vigueur dans les centres nerveux du déprimé, et ne tardons pas à lui apprendre à en faire usage.

Tout récemment un médecin me ramenait un jeune malade que j'avais déjà vu en consultation avec lui, et pour qui j'avais conseillé l'emploi des injections salines; au bout de cinq semaines de traitement, le jeune Jules T... me revenait, non pas du tout guéri de sa névrose, mais cependant changé dans sa manière d'être : ce n'était plus un triste, un inerte, un atone, un indifiérent, mais un énervé, tantôt colère et tantôt larmoyant; son appétit avait augmenté de beaucoup, mais son teint demeurait terreux et ses traits, détendus naguère, étaient tout crispés maintemant. C'était toujours un névropathe, mais bien difiérent de lui-même. Ses colères, qui se traduisaient par des tirades de mots méchants, par des trépignements, par des gestes de menace, représentaient un nombre considérable de contractions muscu-

Il'

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laires : ses larmes trahissaient, de même que son appétit redevenu vorace, une grande puissance dans l'énergie des sécrétions glandulaires; contractilité et sécrétion qui dormaient naguère, s'étaient donc réveillées sous Tinlluence du traitement. Seulement, comme on n'avait pas pris soin d'entraîner le malade à user de cette énergie qu'on lui communiquait, comme on le laissait vivre dans l'immobilité et dans l'oisiveté, sans s'occuper de le réaccoutumer à l'exercice musculaire progressif et au travail intellectuel gradué, il arrivait que cette force inutilisée se faisait jour au dehors tant bien que mal et comme elle pouvait — absolument comme fuit par les soupapes, avec un vacarme inutile, la vapeur d'une locomotive qu'on ne met pas en mouvement.

Certes, le repos est utile aux neurasthéniques. U convient d'y avoir recours systématiquement, dans certaines formes d'asthénie très profonde, de neurasthénie féminine très grave. Il rend aussi de très réels services chez les nerveux qui maigrissent trop vite, et, bien entendu, dans les cas de neurasthénie masquant un début de tuberculose. J'ai déjà dit à plusieurs reprises, qu'il m'arrive souvent de conseiller à mes malades une heure de repos dansle décubitus, vers le milieu du jour; oii bien encore, je leur prescris de s'étendre quatre ou cinq minutes quand ils éprouvent le sentiment de vide crânien, d'anémie cérébrale, quand ils n'y voient plus clair pour lire, quand leur lucidité d'esprit se voile par fatigue.

Mais dans cette phase de la cure où nous stimulons

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énergiquement un déprimé, rappelons-nous qu'il est d'autant plus excitable qu'il est plus faible ; craignons d'accumuler dans ses centres nerveux une énergie par trop supérieure à sa résistance, et prenons soin de l'entraîner aussitôt que possible à faire usage utile d'une vigueur nouvelle qui, sans cela, s'exhalera sous forme de vaines fureurs, ou de larmes injustifiées. Autant il est absurde de vouloir faire travailler de force, aveuglément, un organisme humain qui ne parvient à vivre qu'avec une infinie langueur, autant, il est imprudent de ne pas réaccoutumer à la besogne journalière, musculaire et intellectuelle, un système nerveux qui commence à recouvrer un peu d'ardeur vitale. Ce sont là choses qui ne s'apprennent qu'à la longue, à force de voir des malades et de chercher à les comprendre. C'est là la raison d'être de tant d'insuccès thérapeutiques, alors que le procédé de traitement, était, de lui-même, excellent. Et c'est ici qu'apparaît l'utilité pratique de ces graphiques de la pression sanguine et de l'état des forces, que je m'astreins à recueillir à propos de tous mes nerveux; je leur dois, à coup sûr, le grand nombre de bons résultats que j'obtiens, parce qu'ils m'avertissent que je surmène mon malade, que je reste en deçà de la dose qu'il lui faudrait, ou que je la dépasse au point de l'énerver.

Donc, repos, excitation méthodique du système nerveux, entraînement à l'utilisation progressive des forces, voilà les grandes lignes du traitement de l'amyoslhénîe neurasthénique. N'oublions pas que, chez les intoxiqués.

la sensation de fatigue douloureuse cesse très ordinairement, des que le lavage du sang et des tissus a fait son œuvre libératrice ; ici, c'est moins d'une asthénie proprement dite qu'il s*agit, que d'une sorte de contracture douloureuse; pourtant il est parfois utile, après une première phase de décrassage de l'organisme, de recourir à la médication tonique pour redonner du ton aux muscles amollis et à l'appareil circulatoire trop détendu.

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