CHAPITRE II
Sommaire. — Avantages des recherches portant sur les appareils musculaires à fibres lisses. — Technique pour la recherche des signes objectifs de la fatigue : étude de la pression sanguine, de la vitesse du cœur, du nombre de globules, du seuil de la sensibilité, de l'activité de la réduction de l'oxyhémoglobine, etc. — Les graphiques incohérents : leur signification. — Variations de la pression artérielle sous l'influence de l'heure, du repas, de l'état électrique de l'air, de l'approche des règles, du régime alimentaire. — Une première catégorie de névropathes : neurasthéniques à hypotension artérielle. — Observations et graphiques.
Les monographies consacrées à la maladie de Beard ne s'occupent que brièvement des troubles de Tappareil circulatoire, pour l'excellent motif que cette catégorie de symptômes ne tient ordinairement qu'une place secondaire dans les tourments du neurasthénique et dans ses doléances. Comme la plupart des auteurs, je ne veux pas m'étendre longuement sur les palpitations, sur les prétendues syncopes, sur les congestions et les anémies locales ni, d'une façon générale, sur les symptômes subjectifs relevés à la charge du système cardio-vasculaire.
Seule, l'angoisse, l'angine de poitrine névropathique,
me paraît être particulièrement significative : nous nous attacherons à la comprendre en vue d'un traitement
rationnel. Mais notre attention sera principalement retenue par l'analyse des signes objectifs que nous fournit l'observation du cœur et des vaisseaux chez les neurasthéniques.
Les appareils que la technique physiologique a mis à la disposition du clinicien, permettent en effet d'apporter à ce genre de recherches un certain degré de précision scientifique, que je tiens pour très précieux au point de vue de l'intelligence du mécanisme des états morbides qui nous occupent.
Ainsi que j'avais déjà fait pour mes malades épileptiques * j'ai suivi mes neurasthéniques de très près — plusieurs pendant des mois entiers, et quelques-uns d'entre eux, tous les jours, même le dimanche, — mesurant avec tout le soin possible, les oscillations de la tension sanguine, la vitesse du cœur, notant l'intensité du pouls capillaire, l'activité de réduction de l'oxyhémoglobine, parfois aussi la quantité d'hémoglobine et le nombre des globules rouges. J'ai pu recueillir, de la sorte, un nombre considérable de chiffres reliés en graphiques, dont quelques-uns ne paraissent point se prêter encore à de faciles interprétations, mais dont plusieurs autres revêtent une allure tout à fait significative, et me semblent être véritablement instructifs.
(I) Recherches cliniques sur VEpilepsie et sur son Traitement. Paris, 1900, Ruefî, édit.
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En étudiant dans le chapitre précédent, Tamyosthénie neurasthénique, nous nous sommes heurtés à J'extrême difficulté de savoir, d'une manière positive et satisfaisante pour l'esprit, silafatigue^ accusée par nos névropathes avec une si constante ténacité, repose sur quelque réalité objective, ou si ce n'est qu'une création de leur esprit, à la façon des paralysies, des contractures, des anesthésies hystériques. Aucun des nombreux appareils, ergographes ou dynamomètres, dont nous avons fait usage, ne nous a mis à Tabri des causes d'erreurs pouvant provenir, soit de la distraction du sujet observé, soit du désir qu'il a de convaincre son médecin et de lui démontrer, de toutes les façons possibles, combien sa lassitude est grande. C'est que la façon dont il serre le dynamomètre, dépend pour une grosse part de l'attention qu'il y apporte, et de son bon vouloir à donner l'effort maximum.
Il n'en va plus de même si nous mesurons l'intensité de l'impulsion cardiaque, le degré de relâchement ou de contraction de l'arbre artériel, le degré de concentration du sang, ou bien encore l'activité que met le sang oxygéné à se transformer en sang noir au sein de nos tissus. Cet ordre de constatations — auquel il conviendra de joindre l'étude de la nutrition par l'analyse des urines — est à peu près le seul qui puisse nous instruire sur l'état vrai de la vitalité, nous dire si elle est accélérée ou ralentie, si le malade est un excité ou un déprimé. Un examen superficiel ne nous renseigne guère
sur ce point; Tapparence de nos nerveux est faite d'un mélange de fatigue et d'exaltation qui souvent laisse
réell del
dans le doute sur la direction générale à imprimer au P^^' traitement. Récemment, au cours d'une discussion à la ^
Société de Thérapeutique *, quelqu'un crut devoir dire ^^^
que Ton ne peut pas suivre de ligne directrice quand ^^^
on soigne des névropathes, mais qu'il faut simplement, sai
s'inspirant de leur état momentané, leur donner deô gl'
forces alors qu'ils sont à bas, et les calmer quand ils az
s'excitent. Il y a, je crois, mieux à faire que cette théra- m
peutique par trop symptomatique. Les graphiques grou- U
pés au cours de ce chapitre, vont nous servir de guide en éclairant, d'une lueur assurément plus vive, la pathogénie {
du syndrome de Beard. Et c'est ici vraiment que nous i
avons chance de nous renseigner sur cette question i
fondamentale de savoir si le mot de neurasthénie est synonyme d'épuisement nerveux.
Aujourd'hui Ton s'accorde généralement à admettre que, pour se faire une idée de l'état de fatigue ou d'exaltation réelles d'un organisme, il importe de se baser sur un ensemble de signes objectifs dont l'accord est vraiment susceptible d'entraîner la conviction. On peut tenir pour valable la sensation de fatigue accusée par un névropathe, à condition de constater chez lui un certain nombre de ces stigmates de la dépression cérébrale.
Chez un malade dont la vitalité et la nutrition sont
(1) Séance du 1" août 1900.
réellement languissantes, on constate, en effet, une baisse de la pression sanguine résultant de la faiblesse de propulsion du cœur; une baisse delà force dynamométrique; un élargissement du seuil de la sensibilité, mesurjée au compas de Weber ; un ralentissement dans l'activité de réduction de Toxyhémoglobine ; un appauvrissement du sang en hémoglobine ; une raréfaction apparente des globules rouges, tandis que le coefficient d'utilisation azotée est au-dessous de la normale, La plupart de mes malades ont été soumis, un certain nombre de fois, à toute cette série d'investigations.
L'outillage dont je me suis servi, pour n'être pas d'une précision mathématique, n'en donne pas moins des résultats très concluants, si Ton ne veut bien tenir compte que des oscillations d'uue certaine amplitude, et se reproduisant avec fidélité dans des conditions données.
Pour la pression sanguine, j'ai fait usage du sphygmomëtre à ressort de Verdin et Chéron, fréquemment con trôlé par celui de Potain, et de Tappareil de Hallion et Comte, modifié par Georges Dumas*, pour la recherche du pouls périphérique (variations pulsatiles des doigts) ; il importe, en effet, de savoir si telle ascension de la pression sanguine à la radiale, constatée par le sphygmomëtre, est due à une hausse de Ténergie du cœur, ou bien au
(1) Du pléthysmographe d'HalUon et Comte, M. Georges Dumas a fait un plélhysmoscope. C'est de cet appareil, qui permet simplement de constater l'absence ou la présence du pouls périphérique et son intensité, que je me suis communément servi.
De Fleury. — Neurasthénie. 3
Raymomd d
jro/5 j
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