‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 10 sur 124 · PHILIPPEAUX · texte numérisé non relu

PHILIPPEAUX

l^t^néraux sans-culottes envoyés en Vendée (i), pourquoi faut-il que Pliilippeaux ait apporté sa pierre à l'édifice révolutionnaire? Le Pliilippeaux d'août et d'octobre 93 et celui de germinal ne se ressemblent pas; comme à tant d'autres, les pouvoirs illimités lui donnèrent le vertige; employant ces pouvoirs à tout désorganiser dans une ville facile à diriger — sous condition de lui laisser son administration propre, — se laissant aller peu à peu à subir l'influence de la société populaire, surtout celle du secrétaire de son choix, — ardent écho des réclamations des bouillants patriotes, — insensiblement, il ouvrira la porte à cette Terreur que ses écrits comme ses discours semblent proscrire, et fera le pont à Carrier.

Il est à supposer pourtant que Philippeaux, s'il n'eût pas subi l'influence de Chaux, aurait compris que des administrateurs — d'intentions franchement régicides et en même temps très désireux de conserver leur liberté et leurs biens — ne pouvaient être des fonctionnaires bien dangereux pour la République (2). Mais le représentant ne voyait que par les yeux de son adjoint (3) et de quelques

Projet de discours sur la faction Fabre d'Eglantine. Rapport de Courtois, p. 203.

(1) Compte rendu à la Convention et Réponse de Philippeaux à tous les défenseurs officieux des bourreaux de nos frères dans lu Vendée, publiés par sa veuve. An III.

(i) M. A. Lallié, le Fédéralisme dans la Loire-Inferieure. Vannes. dSSQ.

(;i| Dès le mois d'août, Philippeaux était entré au Conseil de département en présentant Chaux comme son adjoint. Cet adjoint avait un passé peu édifiant. Commerçant avant la Révolution, il a fait deux fois faillite (déposition de Laennec, Ballelin, VI, 223). Phelippes Tronjolly parle même de banqueroute frauduleuse (Noyades, fusillades). Cela n'empêche pas Chaux d'acheter une propriété à La Roche-en-Doulon. qui appartenait aux Minimes, pour 32.000 francs, plus d'autres biens d'église pour 15,000 fr. Il s'est jeté à corps perdu dans la Révolution, est tour à tour président et secrétaire de la Société des Cordelicrs en 1791 et 1792. où il se fait remarquer par sa faconde (Guépin, liisl. de Nantes, II, p. 494). Nous avons dit comment Philippeaux, au moment de partir pour éleetriser le Sud-Ouest, l'avait attaché à sa personne.

Son arrivée avec Philippeaux à Nantes donna lieu à une scène très violente. Un commis de 1 Administration du district, fatigué del'entendre traiter de scélérats des gens considérés qui avaient adhéré aux arrêtés fédéralistes, lui répondit en l'appelant jean-f., etc. Philippeaux prit hautement parti pour son adjoint. Dès lors la rancune de Chaux se chargea d'envenimer les rapports de Philippeaux avec les Administrations. M. A. Lallié, Pierre Chaux; G. Mellinet, Commune et milice de Nantes, VIII, p. 65.

meneurs du club Saint-Vincent, comme Gillel, Goudet, surtout Goullin (i), qui a été son secrétaire et celui de Gillet. On peut penser que ces faméliques ou ces ambitieux convoitaient les places de ceux qu'ils voulaient faire chasser.

Au retour d'une pointe en Vendée, Philippeaux trouve Nantes « en désordre complet (2) » et avec ses collègues

(1) Goullin était né au fort Dauphin, à Saint-Domingue, où son père était négociant et capitaine de milices. Ayant de sa nature une organisation frêle — (c'est lui-même qui le dit dans un mémoire rédigé pendant le procès des 132 Nantais, le 24 fructidor an II. Nantes, fonds Dugast-Malifeux) — malgré son ardent amour pour la Révolution, il refuse de prendre un service militaire quelconque. Avant 89, dira Phelippes Tronjolly, dans son Mémoire de fructidor, Goullin était connu « pour ses talons rouges, ses plumets et sa longue etinnocenle rapière; son libertinage lui avait mérité le nom de roué ». Un peu de bien venu de son père, mort à Nantes en 1785, lui permettait de vivre sans état. Homme de café et joueur de trictrac : voilà Lis occupations qu'on lui connaît (déposition de Caton, maître de poste a Nantes, Bulletin, VI, 362). Avec cela, d'intelligence très ouverte, fort ambitieux, écrivant facilement, discourant autour des tables |de café, regrettant sans doute de se voir rélégué sur un théâtre de province quand tant de médiocrités peuplaient la Convention, cherchant par tous les moyens à se mettre eu avant, à témoigner de son ardeur révolutionnaire.

Un instant, et pour faire tomber les nombreuses accusations d'incivisme portées contre lui, il a pris les fonctions de sergent-major « qui n'exigeaient qu'un travail de jour et de plume et des fonctions analogues à ses goûts et à ses facultés » (Mémoire de Goullin).

En 92 il est commis-greffier de la municipalité; peu de temps après il est appelé aux fonctions de membre du directoire du district de Nantes. (îlette place, peu importante dans une ville où il y avait à la fois des administrations nmnicipales et départementales, il la quitte dès que l'amitié de Fouché, alors en mission, lui en a fait trouver une meilleure. En sa faveur en effet, Fouché et Villers font à la fois un passe-droit et un acte d'arbitraire; ils destituent le sieur Bouhier, dit de la Bregeollière, receveur des droits d'enregistrement, et nomment provisoirement à sa place — dérogeant pour le bien public à une disposition de la loi du 27 mai 1791 qui prescrit d'appeler aux places vacantes les employés ou soumissionnaires de la régie — « le républicain éclairé et pur ■ qui a nom Goullin. La place était de cinq mille livres et aurait pu satisfaire un homme moins ambitieux que Goullin; il la quitte pourtant au moment de l'attaque de Nantes pour suivre Philippeaux à Tours. Il saute de Philippeaux à Gillet, mais, toujours dans l'orbite des représentants, lié avec Chaux qu'il conduit, oracle à la Société Vincent-la-Montagne, Goullin est dès lors lancé. Son activité dévorante et son exaltation révolutionnaire le mèneront au but. M. A. Lallié, le Sans-culotte Goullin, pp. 43 et suivantes.

(2) Cette appréciation désobligeante s'adressait à son collègue Cavaignac, resté à Nantes. Cavaignac, révolutionnaire de demi-caractère, ne semble pas avoir contribué à l'étaWissement de la Terreur. 11 était de ceux qui traitaient leur mission de représentants par le côté théâtral et qui déployaient ce • luxe asiatique » si souvent reproché. Gomme trace de son séjour à Nantes, il a laissé surtout une réquisition adressée au Conseil de département «pour se faire livrer les vins et

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