‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 11 sur 124 · GOULLIN · texte numérisé non relu

GOULLIN

Gillct et Ruelle signe, le 29 septembre, un arrêté qui instituait un comité de surveillance en remplacement d'un comité de salut public qui fonctionnait depuis août et (( ne répondait pas à l'attente des représentants du peuple (i) ». On sait les pouvoirs que la loi reconnaissait à ces comités : surveillance de tous les g^ens suspects, recherche des intrig-ues, arrestation ou incarcération des conspirateurs, droit d'apposer les scellés, de réquisitionner l'appui des commandants de la force publique. Ceux-ci étaient tenus de mettre leurs mandats à exécution surle-champ, sous peine de destitution.

Ce comité (2) ne semble avoir satisfait ni les représentants, ni les patriotes désireux de se porter en avant et déjouer enfin un rôle officiel. Goullin,fort de son autorité sur la Société populaire, a fait écarter du club Vincent des patriotes ardents, mais trop fermes pour se laisser dirig-er par lui (3). Il se sent assez puissant pour faire chasser des administrations tout ce qui de près ou de loin se rapprochait de la nuance g-irondinc et pour obtenir des représentants une nouvelle transformation du comité qui lui permît à lui et à ses amis d'y entrer par la grande porte. Goullin, en effet, se lassait de son rôle officieux et de ses fonctions de notable de la municipalité. Fonctions modestes en apparence, mais qui ne l'empêchent pas au reste, du haut de sa sans-culotterie prépondérante, de parler ferme au comité de surveillance, celui du 29 septembre, qu'il accusera au procès d'avoir proposé avant lui des mesures de destruction (4)! »

Il ne reste aucune trace des délibérations de ce comité

les liqueurs que les émigrés avaient abandonnés dans leurs caves ». Arch. départ. Registre du Conseil de département, 9 septembre 93. Cité par M. A. Laliié, le Fédéralisme dans la Loire-Inférieure, p. 68.

(1) Arch. Nat. A. F. II, carton, 115.

(2) Composé des citoyens Badcl, Colas, Goiquand aîné, Joullain, Caussirant, Guillet, Bertrand, Kermen, Goudet, hache Lier. On souligne les trois derniers qui, à des titres divers, prennentune place importante dans l'histoire de la Terreur à Nantes.

(3) Guépin. Hist. de Nantes, II, p. 453.

(4) D'après les notes manuscrites de Villenave sur les débats du procès (Collection G. Bord;. Citées par M. A. Laliié, le Sans-ciiloUe Goullin, p. 22.

/iC) CARRIEK A NANTES

transitoire, mais, en dehors du procès-verbal de l'arrêté des représentants que nous ont conservé les Archives, la lettre suivante de Goullin lui donne son certificat de vie.

« Cette lettre, dira Babeuf, annonce l'homme le mieux préparé, le plus effervescemment endoctriné^ SlU fanatisme de la législation du i^"" octobre (i). » — a On s'est trop plu à le croire atroce, ajoutera le mêmelibelliste(2), il n'était qu'entraîné hors des bornes par un délire civique qui tenait à cette idolâtrie que trop de Français avaient pour le Sénat. » — Goullin, en effet, ne paraît-il pas illuminé par le rôle qu'il a à remplirpour le salut de la Patrie lorsque, adressant des pièces de la part des représentants « aux intrépides montagnards composant le comité de surveillance de Nantes », il s'écrie (3) :

« Examinez (4) et surtout agissez roide et vite; frappez en vrais révolutionnaires ou je vous réprouve; le carreau populaire vous est dévolu, sachez en user, ou

vous êtes, ou pour mieux dire nous sommes f Vous

manquez, me disiez-vous hier, de bras exécuteurs, parlez, demandez et vous obtiendrez tout : force armée, commissaires, courriers, commis, valets, espions, or môme s'il en était besoin. Pour le salut du peuple rien ne vous manquera... Adieu à tous, je vous aime tous et vous aimerai toujours, » Et en post-scriptum : « Songez au navire (5) ou à des maisons propres à former des prisons d'arrêt, des dépôts sûrs !

C'est tout un programme que cette lettre et quoique encore dans la coulisse, Goullin ne parle-t-il pas en maî-

(1) Vie et crimes de Carrier, par Caïus Gracchus Babeuf.

(2) Journal des atrocités de Carrier et nombreux collaborateurs, par Babeuf.

^3) La lettre est du 5 octobre.

(4) Pièces remises à la Commission des 21.

(5) Il s'agit ici du bateau qui servait de prison provisoire. Qui sait s'il n'y avait pas déjà là une arriére-pensée? Au procès, Goullin s'explique ainsi : « le 20 juin, les brigands avaient tiré sur le peuple et comme on craignait qu'ils ne vinssent incendier à coups de canon les moulins de la Sécherie, on avait proposé de placer un navire pour y mettre en face de ces moulins, les prêtres leurs bons amis. » Compte rendu du procès. Lcscadieu et Laurant, Hist. de Nantes, t. II, p. 79.

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