‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 102 sur 124 · A LA BARRE DE LA CONVENTION · texte numérisé non relu

A LA BARRE DE LA CONVENTION

Justification de Carrier. — Séances orageuses des premiers jours de frimaire. — Discours de Carrier et de Legendre. — Appel nominal sur la mise en accusation de Carrier.

Au début de la séance du i^"" frimaire, le président Legendre demande les ordres de la Convention pour faire amener Carrier. Doit-il paraître à la barre ou être admis à monter à la tribune ? Des cris se font entendre; à la barre, à la barre! Mais Merlin (de Douai) réclame au nom des principes. Carrier, bien que frappé d'un décret d'arrestation, n'est pas encore accusé. Il conserve tous ses droits de Représentant du peuple et en cette qualité il doit être entendu à la tribune. La motion ayant été décrétée, Legendre rappelle à l'Assemblée et aux tribunes leurs devoirs à l'ég-ard de l'accusé. « C'est un jour de deuil lorsqu'une grande assemblée doit prononcer sur un de ses membres. J'invite tous les citoyens présents à la séance à ne donner aucune marque d'improbation ou d'approbation et à se contenir dans un silence absolu et respectueux. »

Carrier entre au milieu du plus grand silence, monte à la tribune et commence lui aussi par réclamer la plus grande attention; toutes les paroles, toutes les observations les plus minutieuses en apparence sont de la plus grande importance dans une affaire de ce genre; le moindre bruit peut lui faire perdre le fil de ses idées... Puis, s'excusant de n'avoir pu préparer un discours, il prévient qu'il se bornerait à de simples observations sur les pièces de la Commission.

DEFENSE DE CARRIER /|i7

Nous ne le suivrons pas pas à pas dans cet examen des pièces, beaucoup trop long et fastidieux pour trouver sa place ici. Bien des faits énumérés dans les liasses sont déjà connus de nous ou seront discutés dans les dél)ats du tribunal. Nous noterons seulement les points principaux ou nouveaux, les discussions auxquelles ils donneront lieu et les observations présentées par les Représentants (i).

Carrier analyse les faits contenus dans le rapport de Romrne; il traite tous ceux qui l'accusent de fanatiques, de scélérats, d'aristocrates, de contre-révolutionnaires; la plupart des déclarations sont suivant lui ou insig-nifiantes ou non authentiques ; il réclame le témoignage des soldats qui ont combattu à ses côtés et qui l'ont toujours vu dans le théâtre de la gloire. C'est à ces braves défenseurs de la patrie qu'il faut demander compte de sa conduite et non à cette tourbe de royalistes qu'on a fait venir de la Vendée pour le perdre ; il a de grands crimes à se reprocher aux yeux de ces scélérats, car il a terminé la guerre de la Vendée et si ce chancre politique dévore encore le sein de la patrie, ce n'est point à lui qu'on doit en imputer lacause.

Il fait la lecture des pièces en déniant tout ce dont on l'accuse, fusillades, noyades, emprisonnements, pillages autorisés, mais n'apporte aucune preuve contraire. Il n'a donné aucun ordre au Comité révolutionnaire, voilà ce qui n'est guère d'accord avec les dépositions des accusés et des témoins.

Il veut se justifier d'avoir fait la guerre aux riches et d'avoir partagé les citoyens en deux classes : il ne connaît en eifet que les patriotes et les contre-révolutionnaires. C'est pour le bien des patriotes qu'il a poursuivi les contre-révolutionnaires.

Carrier a été écouté avec calme ; il est sept heures du soir, il parle encore. Le genre de défense minutieuse qu'il a adopté semble devoir être long. Très fatigué, ila demandé

(1) Moniteur. Séance du 1" frimaire. Réimp., t. XXIII, Courrier universel du 2 frimaire.

une suspension de séance et après cette suspension d'une demi-heure la séance est remise au lendemain.

A la séance du 2 frimaire, divers Représentants énoncent leur avis sur le temps à consacrer à l'affaire de Carrier, susceptible d'occuper de très nombreuses séances.

Cambacérès est d'opinion que la Convention devrait consacrer tous les jours trois heures à entendre la discussion des pièces, de deux à cinq par exemple, mais qu'elle ne saurait se distraire complètement des aff'aires publiques. L'assemblée consultée déclare au contraire qu'elle veut suivre la discussion sans discontinuer.

Lesendre félicite les tribunes du silence observé la veille, il les engage à persévérer en se pénétrant de l'idée que la position d'un accusé est la plus respectable pour l'humanité.

On arrive à la discussion de ces deux ordres monstrueux— dont Phelippes Tronjollj nous a donné les procès-verbaux— où Carrier adresse le 27 frimaire au tribunal criminel vingt-quatre Vendéens dont deux de treize et deux de quatorze ans et le 29 vingt-sept autres parmi lesquels quatre sœurs dont une de dix-sept ans avec injonction de les fusiller sans jugement. Carrier balbutie, hésite. 11 déclare qu'il n'a vu que les copies des deux arrêtés dont on lui parle. Il peut se faire qu'il les ait signés de confiance comme il l'avait fait pour plusieurs autres, mais il affirme qu'ils ne sont écrits ni de sa main ni de celle de son secrétaire, tant il était loin de les avoir délibérés, puisque ces arrêtés comprennent des femmes et des enfants qu'il avait exceptés par un arrêté. A l'appui de son dire il cite des cas où il a envoyé des enfants aux hôpitaux; il s'appuie sur un arrêté de Bourbotte qui ne soustrait à la peine de mort que les enfants de moins de seize ans, tandis que lui et Turreau en fixaient le terme à dixhuit ans. Il cite enfin la loi du 19 mars qui met hors la loi les aristocrates, la proclamation de la Convention du 17 octobre qui indique la fin du mois pour dernier terme de la guerre de Vendée (i). En résumé, il ne se rappelle

{1) Pièces remises à laCommissiondesVingt-et-Qn.Arch.Nati", /oc. es/»

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