‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 106 sur 124 · APPEL NOMINAL · texte numérisé non relu

APPEL NOMINAL

scélérats, comme Robin, Fouquet, Lamberty, Le Batteux, C.arrier n'a pas reconnu les droits de Tréhouart. 11 l'accuse sous ce rapport (i).

Thirion fait des réserves. Il vote le décret, mais il invite la Convention à donner aux Représentants du peuple uneg-arantie contre les dénonciateurs; il faut que la moralité de ceux-ci soit parfaitement établie, qu'on examine si ce n'est point avec des intentions contre-révolutionnaires qu'on accuse un Représentant du peuple. Lefiau, plus restrictif encore, écarte lespreuves testimoniales contre un Représentant en mission et n'admet pas qu'un léputé puisse être jug-é autrement que par des pièces Émanant de lui. Néanmoins il vote l'accusation.

Concevrait- on, de la part de Lecointre (de Versailles), [n vote qui ne fût en même temps une accusation contre les comités qu'il a déjà, le 12 fructidor, si fort malmenés? Les crimes de Carrier sont nombreux, dit-il, mais ce sont en même temps ceux des anciens Comités de Salut mblic et de Sûreté générale, dont Carrier a été le com- )lice. Je vote oui. »

Un ancien membre du Comité de Salut public, le trop célèbre Collot-d'Herbois, est appelé après lui. Gêné lans l'expression de son vote contre un pareil, il se retranche derrière les restrictions de Thirion. « Pénétré des lêmes principes que son collègue, persuadé que la Convention, mue par la pure et impassible justice, fixera son attention sur les intentions contre-révolutionnaires des

(1) Rommo,qui, de tous les Représentants, connaît le mieux le dossier le Carri(;r, est peut-être le seul qui le défende réellement en exposant ine série de considérants, en demandant des garanties pour le procès, etc. «Je l'accuse, dit-il, d'avoir défendu de reconnaître Tréhouart, jnais, comme la loi n'a pas encore prononcé sur ce genre de délit, je jemande que la Convention se réserve expressément le droit de statuer lur cet article. Je demande : 1° que la conduite des dénonciateurs de Carrier contre lesquels s'élèvent les plus graves soupçons soit sévèrelent examinée et que ses dénonciateurs soient mis on jugement s'il y

lieu. — C'est un peu tard après l'acquittement de Phelippes et au ^oint où en sont les débats du tribunal révolutionnaire ! — 2" Qu'on )renne des mesures pour éviter toute influence funeste dans ce procès, ■^our cet effet, il faut que l'instruction qui le suivra au tribunal révoutionnaire soit imprimée et distribuée à la Convention; en admettant Be moyen d'éclairer l'opinion il faut qu'on interdise la faculté de jeter îans le public aucun autre écrit sur cette affaire... » {Murmures.)

43o CARRIER A NANTES

accusateurs des Représentants du peuple il vote oui.

On pouvait s'attendre à ce qu'Albitte et Duhem, plus fidèles à leur attitude des Jacobins, votassent contre. Ils ne l'osent pas et apportent unoui enguirlandé de précautions oratoires, c Une guerre épouvantable s'est élevée dans la Vendée, dit Albitte, des moyens terribles devaient être employés, s'ils eussent été nécessaires; mais Carrier n'a pas prouuéla nécessité de ces mesures, je dis donc oui, mais que Carrier ne soit point jugé par ses ennemis. » — L'assentiment de Duhem est un prétexte à attaque contre Fréron et Tallien : « Je dis oui, mais j'adjure la Convention d'ouvrir les yeux sur le précipice affreux dans lequel on veut la précipiter. Il existe une faction dictatoriale de Topinion publique. Je regarde comme les plus grands des conspirateurs ceux qui veulent faire le procès à la Révolution. A leur tète sont Tallien et Fréron {murmures). Je déclare que ni les huées ni les murmures ne n'empêcheront jamais d'émettre librement mon opinion. Constamment attaché aux principes du gouvernement démocratique, je les soutiendrai jusqu'à la mort. »

La vote de Fréron n'était pas douteux. Il ne répond qu'indirectement à Duhem appelé avant lui : « Malgré les injures atroces qui m'ont été prodiguées par ceux qui craignent la franchise de ma plume, pour l'honneur de la Convention nationale, pour l'honneur de l'humanité, pour le triomphe de la justice, je dis oui. »

Bourbotte dit oui avec douleur et tente d'atténuer la responsabilité de Carrier. « La discussion qui a eu lieu n'a point porté la conviction dans mon âme ; cependant, comme je crois que, si la justice est véritablement à l'ordre du jour, un renvoi à un tribunal n'est point un arrêt de mort et que Carrier pourra se justifier et être absous, je vote le décret d'accusation, mais je dois dire que si Carrier a commis des crimes ses intentions furent pures ; ses fautes ont été le fruit de l'erreur et de son ardent amour pour la patrie. »

Après lui, Bô se dit convaincu par les pièces émanant de Carrier bien plus que par les témoignages qui lui pa-

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