‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 107 sur 124 · APPEL NOMINAL · texte numérisé non relu

APPEL NOMINAL

raissent suspects. Clauzel se prononce avec regret contre un de ses collèg-ues, mais dans les actes et dans les discours de Carrier il y a une tendance contre-révolutionnaire. Il rappellera seulement — ne voulant pas faire le récit des horreurs de Nantes — la conduite de Carrier au club des Cordeliers, où il fut le premier à violer la Déclaration des Droits de l'Homme et à prêcher l'insurrection contre la Convention. « Vous l'avez vu, ajoute-t-il, à cette tribune cherchant à associera ses crimes tous les Représentants envoyés en Vendée, voulant justifier ses attentats parles décrets de la Convention nationale, comme si la Convention avait jamais ordonné des crimes ! w

Bernard (de Saintes) a été aussi en mission et n'est pas de ceux qui semblent avoir soif du sang- d'un Représentant. Il se range à l'opinion de ceux qui disent oui si les mots sans jugement se trouvent dans l'ordre donné par Carrier de faire exécuter plusieurs individus.

Pour Maignet, Carrier a employé des mesures de répression atroces, mais il n'est pas seul coupable, ayant été entouré de généraux perfides et la conduite de ces complices doit être examinée. Oubliant ses propres /jeccddilles (i), Maignet n'hésite pas à dire oui. 11 en est de môme pour Bodin, qui ne peut pardonnera Carrier sa lettre incendiaire au général Haxo, lettre qui eut pour résultat de faire insurger des habitants paisibles et attachés à la République. De l'avis de L. Couturier, Carrier est un fou; il a été l'agent féroce d'un gouvernement sanguinaire, pour cette raison il doit être décrété d'accusation. (( Partout où est le crime, il faut le poursuivre, dit Noël Lecointre;il faut venger l'humanité; je prononce oui. » — « C'est en vain, dit l'ancien maratisteBentabolle, devenu modéré, qu'on voudrait faire croire qu'on cherche à intenter le procès à la Révolution, parce qu'on veut punir des crimes qu'aucun gouvernement sur la terre ne saurait avouer. Les crimes de Carrier n'en paraissent malheureusement que trop prouvés, je vote pour le décret d'accusation. »

(1) L'incendie de Bedoin, prairial an II.

Le vote de Jullien (de la Drôme) peut se deviner. Il prononce son oui avec orgueil paternel : « Mon opinion sur Carrier est formée depuis longtemps; sa conduite a été barbare, tjrannique et par conséquent contre-révolutionnaire. Mon fils m'avait appris à le connaître (m Mrm^zre.ç). Mon fils a écrit aussi à Robespierre et à Barère. Je dois rendre cette justice aux membres qui composaient alors le Comité qu'ils ont frémi d'horreur en entendant le récit des atrocités commises par Carrier et qu'ils ont dit qu'il fallait rappeler Carrier, ce qui a été exécuté. Mon fils en a été la cause. »

Le vote des députés de la Vendée a son intérêt. Les deux Goupilleau (de Montaig-u et de Fontenay) et Musset étaient en mission, Girard- Villars était malade, Morisson, Garos, Fayau disent oui sans motiver, Gandin (des Sables) motive sa principale accusation contre Carrier sur l'injonction faite au général Haxo de priver de subsistances la Vendée : « Je l'accuse d'avoir ignoré qu'un quart au moins du département de la Vendée n'avait jamais été révolté et s'était défendu courageusement contre les brigands (la partie la plus riche du département, Fontenay, les Sables, Luçon).On a cherché par tous les moyens à faire révolter les restes précieux d'une des nourrices de la France. On a même commencé de les brûler, ces faits seront prouvés quand il s'agira de punir les généraux Turreau, Huche et autres dévastateurs contre-révolutionnaires. J'ai donc la plus forte présomption que Carrier a servi les complots de ces hommes perfides. «

Maignen : « Je demande que la Convention nationale recherche scrupuleusement les complices de Carrier. Mes relations continuelles dans le malheureux pays de la Vendée me donnent lieu de croire qu'il en existe principalement parmi les généraux de l'Ouest qui ont commandé l'exécution des ordres les plus barbares et ont cherché à prolongerune guerre cruelle. »

Avec Tallien nous terminerons la liste des oui motivés. « Étant impliqué dans la discussion qui a eu lieu, si je n'étais point Représentant du peuple, j'aurais pu me dis-

DECRET D'ARRESTATION il.

penser de voter, mais comme le peuple m'a cliargé d'être l'interprète de son vœu, comme je provoque sur ma conduite et mes opinions un vote aussi sévère, je dis que Carrier doit être décrété d'accusation. »

Le vote rendu, le président Legendre déclara que la Convention avait porté l'acte d'accusation contre Carrier et que ce Représentant du peuple serait à l'instant conduit à la Conciergerie et désarmé (i).

(1) Carrier espéra jusqu'au dernier inoineut. Pendunl que se lermiiiail l'appel nominal, il se fj;lissa, rapporte le policier Morice, jusqu'au Coinilé de Législation dans le bul diiuplorer Canibacérès et ses collci,'ues. Voir Appendices, noie vu.

Page 1