‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 12 sur 124 · LE NOUVEAU COMITE · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU COMITE

tro ? On (Mitrevoit le sci \ ice de (l('']ation, la comjiag'nio des Marais et dans le lointain une galiote-prison (jiii pourra servir de tombeau.

Le terrain une fois préparé par Goullin et Chaux, le faible Philippeaux et ses coUèg-ues concèdent tout ce qu'on leur demande. Accompag-né de Méaulle, Philippeaux vient annoncer au conseil de département (10 octobre, iQ'^jour du I*"" mois de l'an II) que ses fonctions ont cessé, qu'il est remplacé par une commission départementale dont le président sera l'évéque Minée. A la même heure, Gillet et Ruelle se présentent à la municipalité, déclarant que les officiers municipaux et les notables, compromis par l'acte du 5 juillet, seront remplacés [par des citoyens d'un patriotisme plus sûr. Le nouveau maire est un peintre-vitrier du nom de Renard, illettré [mais sans-culotte avéré. Toujonrs sur l'indication de Goullin et de Chaux, la plupart des membres du Comité de surveillance sont déversés dans les administrations et un nouveau comité, qui prend le nom de révolutionnaire, est constitué le lendemain 1 1, par arrêté de Gillet et Ruelle. « L'ancien comité était le refuge des malveillants au lieu d'en être la terreur, dira plus tard Philip- Ipeaux. Nous lui avons substitué un comité de surveilpance formé de sans-culottes, vig-oureux révolutionnai- [res, mais à la fois sages et prudents qui ont justifié fnotre confiance et celle de la Société populaire en faisant )rompte justice des conspirateurs et des gens sus- Èpects (i). ))

Ceux que l'aveugle Philippeaux appelle des sages et [des prudents (2), ce sont Bachelier, BoUogniel, Cheval- |//er, Grandmaison, Guillet, Lévêque, Mainguet, Naud, [Perrochaud, Proust aîné et Richelot, enfin Chaux et i Goullin. De l'ancien comité il ne subsistait donc que [Bacheher, indiqué par Goullin comme praticien et plumi- [tif habile. Goudet lui-même avait été écarté, mais envoyé

(1) Philippeaux, Compte rendu à la Convention. Ventôse an II.

(2) A l'exception des trois indiqués en italiques, tous ces hommes [.marqueront dans l'histoire de la terreur de Nantes.

au tribunal criminel comme accusateur public, en remplacement de Villenave, détenu depuis quelques jours { i ). Les autres membres étaient bien choisis : c'était une série de nullités (-2) qui ne pouvaient entraver l'esprit de domination de Goullin.

A Bachelier est dévolue la présidence. Goullin est nommé secrétaire le même jour. Bachelier était une plume, on l'a déjà dit, et représentait une certaine surface (3). Le créole habile, l'ancien roué à talons rouges

(1) Villfinave (un des 132 Nantais conduits à Paris) était emprisonné aux Saintes-Glaires depuis le 10 septembre.

(2) Exception doit être faite pour Grand-Maison. Il ne fut pas un passif et ne subit la domination de personne. II opérait pour son compte et devait se distinguer par des raffinements de cruauté.

(3) Dans l'histoire du Comité révolutionnaire de Nantes, le nom de Bachelier semble toujours accolé à celui de Goullin et de Chaux. Explicable par certains côtés, cette juxtaposition avec deux des plus scélérats de la bande est erronée pour d'autres. Bachelier est coupable surtout par lâcheté, s'il rédige des ordres atroces, inconsciemment, — il n'est pas le seul à qui on a pu faire ce reproche, — c'est qu'il est nère de famille. Or on sait que de tout temps l'état de père de famille, c està-dire la question du pain, a été la raison invoquée par les hommes sans caractère pour justifier leurs vilenies et leurs actes arbitraires.

Les débuts de Bachelier ne faisaient nullement prévoir, cet acheminement progressif à la perte du sens moral excusée par les nécessités de la vie. Il est issu d'une ancienne famille de bourgeoisie et fils d'un procureur au siège présidial du comté de Nantes qui s'intitulait sieur du Pré-Clos, comme le prouve son tombeau au cimetière Saint-Nicolas (Fournier, Histoire lapidaire de Nantes). Bachelier se destinait d'abord à l'état ecclésiastique et avait même reçu la tonsure lorsque, par suite de la mort de son frère, il rentra dans la vie séculière, se maria et en même temps qu'homme de loi devint notaire dans le fief des évêques appelé fief des Requaires (Dugast Matifeux, Notice sur Bachelier, p. 12). Demi-prêtre et officier ministériel de l'épiscopat, rien qui présageât jusque là un révolutionnaire exalté. Jusqu'en 89, Bachelier ne manifeste rien dans ses actes qui sente la haine contre les privilèges et les castes qui en jouissent. Mais le branle-bas donné, comme les autres il aspire à jouer un rôle. A la société des Amis de la Constitution établie aux Capucins de la Fosse, il se signale par des théories qui ne manquent pas de hardiesse, car elles ne tendent rien moins qu'au socialisme, mot alors aussi inconnu que l'ensemble d'idées qu'il représente. Lui, bourgeois du Tiers, il se place carrément parmi ceux qui ne voulaient pas borner à un petit nombre l'unité sociale et restreindre à la seule bourgeoisie les conquêtes de la Révolution.

En 93 il oscille de « Feuillants » à « Cordeliers », de « Fédéralistes » à « Montagnards ». C'est ainsi que s'appelèrent tour à tour le» deux camps fractionnés des Amis de la Constitution; Girondin en juillet il a signé l'arrêté du 5, mais il ne tarde pas à abjurer son erreur et se montre des plus empressés au club Saint-Vincent. On l'a vu passer de là au Comité de surveillance et être maintenu au nouveau Comité révolutionnaire. On songe d'autant moins à lui reprocher son passé fédéraliste — aufond, fédéraliste était devenu synonyme de suspect, suivant le bon plaisir des faiseurs de liste, et bien d'autres moins compro-

BACHELIER ET CHALfX 4q

qu'était (jouIHii, avait compris que, pour enchaîner un caractère aussi faible que Bachelier, il était nécessaire (le le couvrir de fleurs. (îoullin n'en g-ardait pas moins la prédominance et la présidence effective. Avec Chaux (i), l'homme d'action sans scrupules, et Bachelier (2), le président décoratif (3), qui rédigeait sans trêve et signait tout ce qu'on voulait, Goullin, tôte du triumvirat, avait tout le comité dans la main.

mis que lui avaient été exclus des administrations — que le premier acte de Bachelier, en s'asseyant au fauteuil présidentiel, est de prêter serment de « poursuivre les fédéralistes et autres ennemis de la République ».

Dés lors la girouette ne tournera plus. La père de famille pense à sa place, oublie ses théories humanitaires et socialistes et courbe l'échiné devant le dominant Goullin, plus tard devant le tout-puissant Carrier. Faux par faiblesse, a dit de luiMichelet, cruel par lâcheté, ajouteronsnous. Nous allons le voir à l'œuvre, sinon acteur principal, complice, puisqu'il laisse tout faire, et nous ne songerons guère ni à l'innocenter complètement, comme feront plus tard les jurés parce qu'il eut le tardif courage d'appuyerles dénonciations delà Société populaire contre Carrier, ni à nous attendrir sur son humble sort, comme le fait son historiographe Dugast-Matifeux, parce que, à l'imitation de l'Incorruptible, il vivait en commensal chez un jardinier qui l'avait recueilli dans sa vieillesse.

On verra parle procès que son honnêteté en 93 n'était que fort relative et que l'auréole des cheveux blancs du nonagénaire théophilanthrope ne doit pas absoudre l'ancien président du Comité révolutionnaire. En revanche, nous accorderons qu'il ne s'est pas mêlé directement (les exécutions et que les circonstances atténuantes lui étaient dues. — Voir la notice de Dugast-Matifeux, op. cit., Guépin, Hist.de Nantes, le Sans-culotte Goullin et le Fédéralisme dans la Loire-Inférieure, par M. A. Lallio.

(1) « Je me dévouai, de nouveau, dira Chaux, aux poignards de l'aristocratie et des factions en acceptant d'être membre d'une administration détestée ! Jour et nuit furent employés à remplir ma tâche. »

(2) Dans son mémoire justificatif. Bachelier expose qu^en acceptant d'être membre d'un comité révolutionnaire il allait s'exposer à la haine et aux poignards de V aristocratie. Le devoir l'emporta, dit-il, je me crus trop heureux, quelque persécution qui dût m'atteindre, d'être appelé à souffrir pour la liberté. — Mémoire pour les acquittés. Fonds Dugast-Matifeux. Nantes.

On remarquera que « les poignards de l'aristocratie » hantaient également Chaux et Bachelier.

(3) « Je no l'ai présidé que rarement, » dit Bachelier, « c'est Goullin qui en était le dominateur. » — Bulletin, VI, 279. — Ceci ne paraît pas discutable. Ce qui n'est pas exact, c'est une autre assertion de Bacnelier : « Un des chefs d'accusation qu'on peut porter contre Carrier, c'est d'avoir placé dans le comité un homme qui l'influençait, le despotisait, le tenait sous la verge de fer du représentant. » Ce dernier n'avait pas eu à choisir Goullin, déjà maître du Comité avant son arrivée. — GouUin dira devant le tribunal : « J'avoue de bonne foi que c'est moi qui conduisais presque tous les travaux du Comité. » — Bulletin, VI, 360.

5o CARRIER A NANTES

En possession de l'autorité de par la faiblesse des représentants, le comité ne perdit pas un instant pour émoig-ner de ses intentions (i).

Le premier point était de couper les griffes à tout ce qui pouvait s'opposer à sa mission régénératrice. Il fallait donc ou épurer les sociétés populaires, ou amener à composition celle qui n'était plus au diapason.

Pour mieux épurer, on détruisit. Le comité, le jour même de son installation, obtenait des représentants la suppression du club de la Halle. La fermeture en était ordonnée par Gillet, Méaulle, Philippeaux, et le comité faisait aussitôt exécuter la mesure. Le lendemain, les chambres de lecture étaient également fermées.

C'était le commencement de la Terreur. Carrier arrivait à point pour la développer (2).

(1) Dès l'installation du Comité, les habitants de Nantes prévoyaient rostracisme dont ils seraient victimes. Minée a beau dire que ces patriotes étaient bien famés dans la société populaire, cette référence a moins de poids que le témoignage d'Alexis Mosneron, qui déclare que « les citoyens estimables, en voyant le Comité ne se former que d'hommes immoraux et réprouvés par l'opinion publique, avaient prévu d'avance tous les maux dont Nantes futdcpuis accablée». Bulletin, VII. p. 50.

(2) La Terreur commença effectivement le 18 octobre pour ne cesser qu'à l'arrivée du représentant Bô. — Déposition de Renard. Bull., VII, 6

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