‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 111 sur 124 · FIN DU PROCES · texte numérisé non relu

FIN DU PROCES

Dernière partie des débats. — Plaidoyers des défenseurs. — Dis cours de Carrier. — Verdict du Tribunal. — Condamnation de Carrier, de Pinard et de Grandmaison. — Acquittement de tous les autres accusés.

Carrier essaye de justifier les mesures employées en Vendée. — « L'opinion est changée [i), dit-il avec beaucoup de vérité cette fois, la mienne ne changera jamais. Le calme politique de la France ne m'étonne pas, mais comment juger ce qui s'est passé i) y a un an ? Aujourd'hui qu'on est dans le calme, ces horreurs font frémir, mais rappelez-vous les tortures que les rebelles ont fait éprouver à nos braves défenseurs. Dans une guerre civile, on use malheureusement de représailles. Cependant lorsqu'on annonçait que quatre mille cinq cents brigands avaient été précipités à Fontenay, on applaudissait. C'était l'opinion d'alors. A cette époque, on était persuadé qu'on ne pouvait être patriote sans être exalté. Le gouvernement était instruit de ces mesures : pourquoi ne s'y opposaiton pas ? A présent tout retombe sur ma tête ; on ne peut me reprocher que des excès... On m'accuse maladroitement d'avoir été payé par Pitt et Cobourg, et c'est moi qui ait fait arrêter les parents de Pitt (2)... Ma femme{Z) et moi nous n'avons que 10.000 livres de capital,

(1) GoUot d'Herbois avait parlé de même en revenant de Lyon. « Les Jacobins n étaient plus à la hauteur... il ne les reconnaît plus. »

(2) Dans son discours à la Convention, Carrier a rappelé qu'au moment d'une descente projetée d'Anglais et d'émigrés réunis à Jersey il avait fait arrêter le neveu de Pitt, le frère de Granville.

(3) On se demande pourquoi Carrier fait intervenir sa femme dont à rsantes il ne prenait guère souci. Sa pauvreté actuelle pouvait être vraie, mais que d argent extorqué il avait eu dans les mains !

PROCÈS DE CARRIER /,r,Q

j'ai cependant eu des millions dans les mains et il ne me reste plus que trente et une livres... On m'accuse d'avoir voulu éterniser la guerre de Vendée ! Je désire qu'elle finisse par la voie de la douceur, mais il n'y a pas d'exeni- [)le que les g-uerres civiles aient été ainsi terminées. Mon intention fut toujours de respecter les communes paisibles, mais mon projet était de réduire Charette. Alors, pour le service de la patrie, j'aurais dispersé sur des bâtiments tous ceux qui auraient porté les armes contre la République; et je lègue ce projet à ma patrie...

«Les décrets ordonnaient d'incendier et d'exterminer^ Je déclare que j'ai instruit de mes opérations la Convention et notamment le Comité. Je revins à la Convention, j'y fus bien reçu et un an après on m'attaque !La Terreur a sauvé la France, mais elle devait cesser il y a un an. Les circonstances ayant changé, les mesures ne devaient plus être les mêmes. »

Real, défenseur, prend la parole pour dire: «Je dois à Carrier, je dois aux jurés un fait qui jettera de la clarté sur ce qui vient d'être dit. Il est évident que le gouvernement d'alors connaissait le plan de destruction. » — Real cite à l'appui de son assertion le mémoire de Lequinio, fourni au Comité de Salut public, et dans lequel ce Représentant cherche à combattre ce plan (i).

Carrier. — « Oui ce plan existait pour tous les brigands qui avaient passé la Loire. Levasseur proposa une amnistie, elle fut rejetée... Peut-être un jour, rendra-t-on justice à ces malheureux qui sont à côté de moi. Je dirai tout pour qu'ils ne soient pas atteints... J'observe, en finissant, qu'il a été accordé une amnistie aux brigands qui rentreraient dans le devoir et qu'on se propose d'en accorder une aux malheureux patriotes égarés ou qui ont obéi. Il me semble que la même indulgence devrait être accordée aux victimes qui sont à côté de moi ; elles ont pu se tromper ; elles ont pu partager cette erreur avec beaucoup d'autres. »

Cet appel à laclémence pourrait paraître singulier dans la bouche de Carrier, si, sous l'hypocrite compassion té-

/,-o CARRIER A NANTES

moignée à des sous-ordres qui l'ont chargé et ont exin;-é son interrogatoire, on n'entendait percer un cri de pitié pour lui-même. Malgré les témoignages à décharge de la fin des débats, celui de Letoublon, gendarme, celui de Crosnier, inspecteur des relais militaires, ceux plus importants des représentants Bô, Hentz, Francastel, qui dépeignent Carrier comme un bon patriote, mais sont eux-mêmes sujets à caution, l'attitude des jurés ne s'est pas modifiée. Carrier se sent non plus menacé, mais perdu. A l'ouverture de la séance du 28, il demande la parole et présente sa défense.

«Comme, par des conseils funestes et des ménagements inutiles, j'ai pu, dans plusieurs circonstances, avoir caché la vérité, comme il existe une multitude de faits que je ne me suis pas rappelés et que je ne me rappelle pas encore, je prie le tribunal de me faire des questions. Je ne tairai rien... Il est vrai que par des conseils, par desordres supérieurs ou égaux aux miens, j'ai quelquefois été obligé de frapper ceux que la loi désignait, mais je n'ai jamais participé aux détails des exécutions. Si les Nantais étaient vrais, ils diraient que plus d'une fois ils m'ont vu pleurer sans en connaître les motifs des ordres que j'ai reçus. Plusieurs de ces ordres sont égarés, je livrerai ceux qui me restent et je donnerai des preuves de 'ma franchise.

« Celui qui a paru donner le plus d'impulsion à tous ces mouvements, c'est Lalloué ; il se disait l'ami et l'envoyé de Robespierre et à cette époque Robespierre était estimé'

« Quant au dîner sur la galiote, un jour j'avais mal à la tête; plusieurs personnes étaient chez moi. On m'engagea pour me dissiper à aller dîner sur cette galiote. Nousnous y rendîmes tous, mais sans mauvaise intention et je ne me rappelle pas ce qui y fut dit.

Outre les décrets, j'avais des ordres de ne faire aucun quartier aux brigands qui avaient passé la Loire. Lalloué vint à Nantes, je ne prétends pas l'inculper, mais il me dit qu'il avait une mission de Robespierre et que dans peu |leIgouvernement m'enverrait un commissaire. //

PROCÈS DE CARRIEK /,7i

m'ajouta qu'il entrait dans le plan du e;^ouvernemont d'alors de ne pas plus laisser subsister de prêtres que de brigands. A cette époque je donnai l'ordre qu'on connaît à Lamberty; il m'en fit donner un autre pour retirer la î^arde qui était sur la galiote des [)rètres, et ils furent noyés, mais je n'ai jamais commandé de noyer des femmes. Les ag-ents ont passé leurs pouvoirs. C'était Lalloué qui était à la tête de ces expéditions.

« J'ai égaré beaucoup de pièces ; si ^e les trouve, je les donnerai; si elles sont perdues, il est inutile d'en parler. Je suis dévoué; ma vie n'est rien, mais je déclare, pour ma mémoire, que mon cœur n'a Jamais participé à aucune exécution. »

Carrier rappelle les circonstances terribles dans lesquelles ils'est trouvé, les dénonciations de conspirations, les propositions faites de fusiller ou de jug-er en masse les prisonniers de Nantes, l'état de cette ville et de la Vendée.

On lui adresse plusieurs interpellations sur son apparition le i6 frimaire au greffe du Comité, où les ordres furent donnés, en sa présence, à Colas et à Affilé, de préparer les bateaux à'soupape, sur ce qui a précédé et accompagné la noyade du 24 au 25; sur l'ordre d'une prétendue translation à Belle-Ile, signée par lui postérieurement à la noyade et pour la couvrir. Carrier donne des réponses vagues. « On m'a demandé, ajoute-t-il, les preuves que le gouvernement avait connu les mesures dont il est question; je les avais ces preuves, il m'en restait encore quelques-unes il n'y a pas longtemps, je n'ai pas voulu les conserver, j'ai voulu tout ensevelir avec moi (i) »...

Le 26, le substitut de l'accusateur public prend la parole :

Petit se révolte contre le reproche tant de fois articulé que le procès de Carrier et du Comité est celui des brigands contre les républicains, du royalisme contre le

(1) Procès de Carrier. — Bulletin, VII" partie.

natriolisme (i). « C'est en vain, dit-il, que certains individus veulent persuader au peuple que c'est faire le procès aux patriotes que de poursuivre la réparation de tous les actes arbitraires commis par la Vendée. Punir les brigandages, les atrocités les plus révoltantes, les violations faites aux lois, ce n'est pas détruire la Révolution, c'est la consolider. » Il entre ensuite dans l'examen des faits, retraçant brièvement les crimes qu'il reproche à chacun; faisant le lot des différents accusés, il ne craint pas d'aller à l'encontre du courant de l'opinion publique qui reportait sur Carrier la responsabilité de tous ces attentats et démontre la part qui revient aux membres du Comité révolutionnaire; leur ingérence dans les noyades, leur pensée hypocrite soumise à Carrier de masquer la première de ces noyades sous les dehors d'une déportation; leur soumission aux ordres du Représentant alors qu'ils étaient de taille à lui résister; à l'appui de cette thèse il cite l'exemple de Boivin, qui, commandant temporaire de Nantes, avait résisté à Carrier et refusé de laisser fusiller les détenus en masse. Il leur eût étê'facile de ramener Carrier à un autre système moins féroce s'ils n'eussent eux-mêmes partagé ses passions, disposant de leur plein gré et suivant leur désir de lucre ou de vengeance personnelle de la vie et des biens de leurs concitoyens. Ils ont mérité la mort pour le mal qu'ils ont fait volontairement en dehors de celui qu'ils ont laissé faire par faiblesse ou par lâcheté.

Reste le lot de Carrier et il est encore assez chargé pour appeler sur la tète de l'accusé les rigueurs de la loi: pouvoirs donnés à Fouquet et à Lamberty et à la Compagnie Marat; ordre écrit pour les 5i prisonniers exécutés sans jugement, séances des i^ et i5 frimaire où furent résolues les exterminations en masse, noyades dont l'accusateur public fixe le chiffre à 28, lettre au général Haxo, massacre de femmes et d'enfants, etc.

Le réquisitoire fut bref, pondéré et précis dans la forme,

(1) Bulletin VII, p. 75.

il n'en eut que plus de relentissement et rendait assez difficile le rôle des défenseurs officieux.

Tronson-Ducoudray, Kéal, Villenave, Gaillard et Villain (celui-ci nommé à la dernière heure conseil de Carrier) parlèrent tour à tour.

Tronson-Ducoudray d'abord. La défense a ceci de particulier que, tout en prenant les intérêts de deux comparses secondaires, Proust et Vie — qui du reste furent acquittés facilement, — elle est un réquisitoire violent contre les principaux accusés, notamment Carrier. Le ministère pul)lic ne pouvait désirer d'adjuvant plus précieux. Le rôle de Tronson dans l'affaire des 94 Nantais (i ) lui a donné le droit de refuser la défense de Carrier et celle des misérables qui avant comme après lui ont fait le malheur de Nantes. S'il a pris en mains la cause de Proust (2) et de Vicq (3), qu'il jugeait innocents, c'est pour mieux s'attaquer à ceux qu'il considérait comme des assassins. Et en effet Goullin et Chaux, les clients de Real, pas plus que Carrier, n'échappent à sa virulente diatribe (4) et Tronson s'attirera de Real le reproche mérité de charger le Comité tout entier mi lieu de palher les fautes de quelques-uns d'entre eux.

Il n'apas l'intention, dit-il, de charger outre mesure (il n'y manque pas pourtant) les malheureux appelés devant le tribunal ; la cause particuhère qu'il avait en mains lui en conférait pourtant le droit et Proust lui en avait donné mandat. Mais à quoi bon les nommer, puisqu'on pouvait s'en dispenser ? Il a réfuté, avec force il est vrai, les atroces maximes présentées dans les débats par Goullin et surtout par Carrier, celle-ci par exemple que, dans la Vendée, il fallait tout exterminer : thèse abominable que Carrier avait soutenue avec feu en s'adressant au

(1) Défense de Plielippes Tronjolly.

(2) Plaidoiries do Tronson-Ducoudray.

(3) Prousl jouissait à Nantes d'une certaine estime; on Tappslait le 6on ang'e du Comité.

(4) Villenave certifia aussi que Proust avait rendu des services à ses concitoyens et rappela qu'il s était rendu coupable de très peu d'assiduité aux séances du Comité (dénonciations de Cliaux et de Goullin).

peuplée! avec l'air d'un homme persuadé. Fallait-il encore se taire sur cela ?

Après avoir demandé à la Vérité, fille du Ciel, de descendre dans le sanctuaire du tribunal et de lui venir en aide avec la Liberté sa compagne, Tronson-Ducoudray s'attaque à la tyrannie de Robespierre, qui engendrait des sous-ordres exécrables ; il félicite la ville de Nantes d'avoir dénoncé courageusement à la PVance les crimes qui l'ont opprimée, d'avoir foudroyé par l'opinion du peuple les hommes de sang- qui la menaçaient encore.

Raconter par le menu les crimes de Carrier et de ses complices, ce n'est pas, quoi qu'on en ait dit, s'apitoyer sur les brigands ni faire le procès à la Révolution. D'autres l'ont fait avant lui, mais il ne peut passer sous silence certains faits :

« Douze colonnes s'avancent le fer et la flamme à la main dans un pays où les rebelles ont mis bas les armes. On pille, on brûle, on assassine...

« Des cultivateurs paisibles, inoffensifs, sont rencontrés, on les saisit, et avant de les massacrer on creuse leurs fosses sous leurs yeux ; leurs femmes, leurs filles sont en proie aux outrages du soldat. Cinquante, cent monstres assouvissent tour à tour sur une seule leur infâme brutalité... Après le viol, le massacre... Dès habitants hospitaliers les accueillent, leur présentent des rafraîchissements, ils les acceptent et fusillent ensuite ces malheureux l'un après l'autre. »

Puis ce fait déjà relaté dans mainte déposition : des municipalités entières venant, écharpe en tète, se mettre à la discrétion des généraux, massacrées par l'ordre d'un Grignon ou d'un Turreau.

Tronson-Ducoudray embrasse dans son réquisitoire tous les épisodes de la Vendée, les tristes menées de généraux qui ne savent que piller et incendier, aussi bien que les drames de Nantes. Il a suivi les colonnes infernales dans leurs rapines sauvages, il nous fait assister aux chavirades de la Loire sur les bateaux de mort. De là à faire le tableau de la Terreur générale il n'y

a qu'un pas ; ce lahleau, où il s'abandonne à une rh(^torique pompeuse, doit servir à prouver que les erreurs des accusés ne sont qu'une conséquence nécessaire de la Terreur. Mais, n'en a-t-il pas trop dit et en attaquant la Terreur ne fait-il pas le procès du Gouvernement révolutionnaire et du tribunal, instrument judiciaire 'de ce gouvernement ? Un scrupule lui vient qui l'incite à donner la formule de ce que doit être, selon lui, la définition du g-ouvernement révolutionnaire : « Un rég-ime ferme, capable de briser les résistances et pourvu des moyens de les prévenir; terrible pour les conspirateurs, effrayant pour les g^ens tièdes et apathiques, encourageant pour les patriotes, juste par-dessus tout, juste envers tous, n'exig-eant le sacrifice de l'intérêt particulier que là où l'intérêt général le commande. C'était en un mot un g-laive qui devait menacer plutôt que frapper, qu'il fallait toujours tenir levé, mais dont l'éclat seul souvent devait suffire pour intimider (i). » Cette guillotine morale satisfait sa conscience et remplace avantageusement l'autre. N'empêche qu'il tient à se défendre de faire le procès de la Révolution, « il a voulu seulement démasquer ceux qui s'identifient tellement avec cette Révolution qu'ils veulent se confondre avec elle-même».

Après ces considérations très générales, qui l'ont éloigné de ses clients Proust et Vie, il demandait l'acquittement de ces deux accusés que les passions du moment ont fait dévoyer des vrais sentiments révolutionnaires (s*,).

La tâche de Real était autrement malaisée, car il avait assumé le rôle de défendre deux des plus compromis : Chaux et Goullin. Aussi, avec son habileté accoutumée, chercha-t-il à faire de la sensibilité, recueillant dans le passé de ces criminels des traits d'humanité qui militaient en leur faveur. Par ses formules philanthropiques et son éloquence insinuante il arriva à émouvoir l'auditoire, à le retourner complètement, à le tromper sur ses

(1) Moniteur du 26 frimaire, séance du 25. Tronson-Ducoudray. Plaidoiries.

(2) Bulletin VU, p. 88.

vrais sentiments. Plusieurs accusés, et Goiillin avec lui, versent des larmes; ému lui-même de l'attendrissement qu'il a communiqué aux autres sur le sort d'un homme si intéressant, il « s'emballe » au point de dire : « Sa tête fut exaltée, son cœur est celui d'un patriote pur et celui d'un homme de bien!... (i). » Ces mots ne font pas éclater l'auditoire; on a oublié le noyeur, le meneur féroce du Comité, on ne se souvient que du patriote éclairé! Un des accusés. Gallon, se lève en sanglotant et veut parler ; l'émotion lui coupe la parole et il ne peut dire que ces mots en bégayant: h C'est mon ami, c'est un honnête homme; c'est mon ami, je le connais depuis neuf ans; il a élevé mes enfants; tuez-moi, mais sauvez-le (2)! » — Gallon répète plusieurs fois ces mots, puis, suffoqué par les larmes, est obligé de sortir. — L'émotion est à son comble, la séance est un instant interrompue ; profitant du désarroi et jouissant du triomphe que son talent d'avocat a procuré aune si mauvaise cause, Real s'adresse aux jurés en montrant les accusés : « Sont-ce là des hommes féroces (3) ! »

Carrier est resté impassible devant cette scène. L'attendrissement ne s'est pas étendu jusqu'à lui; sa dernière partie va se jouer en ce moment, il s'apprête à se défendre avec courage.

(1) Moniteur. Réimpression, XXII, 709.

(2) Louis Blanc, Révolution française, t. XI, p. 281. Bûchez et Roux, Hist. parlement., t. XXXIV, p. 214.

(3) Dans l'introduction à ses plaidoiries, id., Tronson-Ducoudray accuse Real d'avoir fait du sentiment et de s'être abandonné aune partialité bizarre pour GouUin. « Real a eu peur, en laissant condamner certains accusés qui se disaient avant tout fédéralistes, de se prononcer contre le 31 mai où il avait été partie active. Ceci, d'après la théorie suivante : Il y a eu à Nantes une première erreur sur cette journée du 31 mai; pas mal de Nantais ont été accusés de fédéralisme ; les assassins ont voulu prouver qu'ils avaient été entraînés par leur horreur pour les fédéralistes et que les Nantais, en les dénonçant, faisaient le |)rocès du 31 mai. Je préfère penser que Real avait la tête en mauvais ordre. Par exemple il disait dans son plaidoyer, à propos de la séance où l'on a délibéré si on ferait périr les prisonniers on masse : « Les propositions furent délirantes comme les têtes, grandes comme le danger, tranchantes parce que dans les grandes occasions il faut trancher. Real, furieux de mon plaidoyer, a cru devoir, en l'honneur de Goullin, accuser mon cœur et mon patriotisme; il a prétendu que je voulais maltruiter mes clients. »

PROCKS UE CARRIER /,77

A minuit (26 frimaire), Carrier prend la parole et ne la quitte qu'à quatre heures et demie du matin. Il [)eut parler presque sans discontinuer, on ne l'interrompt [)Ius, son sort est décidé.

Il rappelle, à dater de juillet 93, les missions qu'il a remplies dans les départements de l'Eure, du Calvados, de la Loire-Inférieure et la conduite qu'il y a tenue; il répète tout ce qu'il a dit à la Convention et dans le cours de l'instruction. Il se défend mal, ne pouvant apporter la preuve que des ordres supérieurs le guidaient. Sa faconde d'illettré violent et impétueux s'affaiblissait à mesure que le cercle se refermait sur lui, l'enserrant comme dans un étau. Quelque indigne de pitié que fût l'homme, on ne peut s'empêcher de remarquer que tout conspirait contre lui et on sent d'avance qu'aucune circonstance atténuante ne lui sera accordée. Les membres du Comité révolutionnaire l'ont accablé pour sauver leurs têtes, le jury, disposé àl'indulgence pour des Goullin,des Chaux, des Robin, qui ne valent guère mieux que lui, fait peser sur lui toutes les responsabilités.

Ne pouvant plus répondre aux interpellations, à bout d'arguments. Carrier termine sa défense à quatre heures et demie par ces mots : «Fatigué, exténué, je m'en rapporte à la justice des jurés. Ma moralité est décrite dans une adresse de mon département... Je demande tout ce qui peut être accordé pour mes co-accusés, je demande que si la justice nationale doit peser sur quelqu'un, elle pèse sur moi seul (i)! »

Hypocrite, c'est possible, sa péroraison ne manque pas d'une certaine dignité. Cet homme, qui fut lâche et qui jusque-là avait rejeté ses crimes sur les autres, ne descend plus à implorer. Lui qui a insulté aux mourants innocents, qui a bavé sur Robespierre conduit à l'échafaud, sentant déjà le couperet sur ses épaules, se montrera supérieur à lui-même en voulant bien mourir.

La défense de Villain, en l'état où étaient les esprits, ne pouvait apporter de modification au verdict à rendre.

(1) Monileur du 8 nivôse.

Ce défenseur malgré lui ne chercha point du reste à réfuter les détails de l'accusation. Restant dans les considérations générales, il se borna à essayer de pallier la responsabilité de Carrier en parlant des difficultés très réelles des circonstances politiques, des malheurs trop vrais de la guerre de Vendée. Si Carrier y avait une grosse part, on ne pouvait l'accuser de toutes les atrocités commises.

Le président ayant résumé les débats posa les questions et à cinq heures du matin les jurés se retirèrent dans leur chambre pour délibérer. A leur rentrée le président prononça le jugement suivant :

Vu la déclaration du jury, poitant qu'il est constant qu'il existe dans la Loire-Inférieure et particulièrement à Nantes des manœuvres et intelligences contre la sûreté du peuple et la liberté des citoyens, en ordonnant et commettant des actes arbitraires, en ordonnant d'exécuter sans jugement de brigands parmi lesquels il y avait des femmes et des enfants; en disposant de la vie des citoyens qui n'étaient point brigands, en faisant cruellement périr par des noyades et fusillades des prêtres sujets à la déportation et des citoyens contre lesquels il n'y avait aucune preuve de délit ou qui expiaient, par une détention momentanée, une faute légère; en s'emparant des fortunes et des propriétés, en comprimant par la terreur tous les citoyens; en armant les citoyens les uns contre les autres, en abusant des pouvoirs délégués par le peuple (la déclaration du jury fut unanime sur tous ces points à l'exception de celui qui porte : en armant les citoyens les uns contre les autres).

I. — Que Jean-Baptiste Carrier, Représentant du peuple, s'est rendu auteur ou complice d'aucuns de ces faits, qu'il a cherché à avilir la Représentation nationale :

i" En donnant les 27 et 29 frimaire l'ordre à Phelippes Tronjolly, président du tribunal criminel du département de la Loire- Inférieure, de faire exécuter sur-le-champ et sans jugement des brigands parmi lesquels étaient des enfants et des femmes;

2° En faisant noyer et fusiller un grand nombre de brigands qui avaient déposé leurs armes à la faveur d'une amnistie;

3° En faisant subir le même soit à 80 et quelques cavaliers qui s'étaient volontairement rendus et promettaient de livrer leurs chefs, si on leur accordait la vie.

4° En ordonnant ou tolérant des noyades d'hommes, de femmes et d'enfants ;

5" Eu donnant des pouvoirs illimités à Lamberty, qui s'en servait pour noyer lioinines, femmes et enfants (i) ;

G" En défendant de reconnaître l'autorité de Tréhouart, Représentant du peuple, envoyé en mission dans le département du Morbihan, parce qu'il avait fait arrêter le nommé Le Bateux, à qui il avait conféré des pouvoirs absolus, dont il abusait pour lever des taxes arbitraires et condamner à mort les citoyens qu'il lui plaisait de désigner ;

7° En donnant l'ordre au jo;"énéral Haxo de faire exterminer tous les habitants de la Vendée et d'incendier toutes leurs habitations ;

8" En donnant à chacun des membres de la compagnie Marat dos pouvoirs illimités djnt ils abusaient pour attenter à la liberté des citoyens.

II. — Que Moreau Grandmaison est auteur ou complice de ces manœuvres et intellig-ences, en signant Tordre du i5 frimaire de fusiller, celui donné à Affilé, charpentier, celui du 24 frimaire, en assistant à la noyade, en mutilant les victimes qu'il a conduites à la mort, etc.

III. — Que Pinard est auteur ou complice de ces manœuvres et inlellig^ences, en exécutant les ordres les plus arbitraires, en tuant et massacrant impitoyablement femmes et enfants, en volant 48oo livres à la famille Labauche, en incendiant tout dans les contrées qu'il parcourait et de l'avoir fait avec des intentions criminelles et contre, révolutionnaires.

Le Tribunal condamne les trois sus-nommés à la peine de mort et déclare leurs biens acquis et confisqués au profit delà République.

Par le même jugement, les autres accusés, dont la majeure partie étaient membres du Comité révolutionnaire de Nantes, furent acquittés.

Le Tribunal, vu les déclarations du Jury (3), considérant :

(1) Edition défmive, les mariages républicains ayant été écarléSi Voir suprà.

(2) Archives W., 493, 479. Procès-verbal d'audience.

48o CARRIER A NANTES

IV. — Que Goullin s'est rendu auteur ou complice de ces manœuvres et intellig-ences, en donnant et signant Tordredu i5frimaire, pour faire fusiller cent trente-deux prisonniers pris au Bouffay ; en signant, donnant des ordres à Affilé, pour construire des bateaux à soupape, qui ont servi aux différentes noyades, en signant un ordre de déportation de cent cinquante-cinq individus qui ont été noyés la nuit du 24 frimaire ; en assistant à l'extraction des prisonniers et en les conduisant au bateau avec lequel ils ont été engloutis ; en imprimant la terreur par des actes arbitraires ; en abusant de ses pouvoirs pour faire incarcérer sans examen des citoyens paisibles; en levant des taxes arbitraires, et traitant avec dérision les malheureux qu'il faisait injustement incarcérer, etc.

V. — Que Chaux s'est rendu auteurou complice de ces manœuvres ou intellig-ences, en signant, le i5 pluviôse, un ordre donné à Forget de faire transférer à la galiote tous les mauvais sujets qu'il jugera susceptibles de sortir de la 'maison d'arrêt des Saintes-Claires; en exigeant des taxes vexatoires ; en comprimant l'énergie des citoyens; en ordonnant et signant des arrestations arbitraires et illégales et en Violant les droits de propriété; mais qu'il n'est pas constant que ledit Chaux ait exigé des taxes vexatoires, imprimé la terreur et signé les arrestations arbitraires et illégales; violé les droits de propriété, en abusant de ses fonctions.

VI. — Que Bachelier est auteur ou complice, etc., en signant les ordres donnés à Affilé, en participant aux autres opérations du Comité; en signant des arrestations arbitraires, en imposant des taxes vexatoires, en s'appropriant les pièces d'argenterie prises chez des citoyens arrêtés comme suspects.

VII. — Que Perrochaux est auteur ou complice, etc., en signant l'ordre du 1 5 pluviôse, en assistant à toutes les délibérations du Comité, en y donnant son adhésion, en imprimant la terreur par des actes et incarcérations arbitraires, en opprimant les patriotes, et en échangeant

pour des assignats Targ-ent trouvé chez les particuliers qu'on arrêtait.

VIII. — Que Mainçuet est auteur ou complice, etc., en signant l'ordre du i5 frimaire, en coopérante la noyade du 24 frimaire, en signant ou donnant des ordres arbitraires, en imprimant la terreur, en levant des taxes vexatoires, en changeant des assignats pour de l'argenterie enlevée chez des citoyens arrêtés comme suspects.

IX. — Que Lévêque est auteur ou complice, etc., en signant l'arrêté de déportation du 24 frimaire, en donnant des ordres arbitraires, en imprimant la terreur, et en exigeant des taxes vexatoires, en partageant les opérations du Comité.

X. — Que L. Naud est auteur ou complice, etc., en signant les trois ordres donnés à Affilé, celui du 24 frimaire et celui du i5 pluviôse, en signant des arrestations arbitraires, etc.

XI. — Que Bollogniel s'est rendu auteur ou complice, etc., en signant les ordres donnés à Affilé, l'arrêté de déportation du 24 frimaire et l'ordre du i5 pluviôse, en ordonnant et signant des actes arbitraires, etc.

XII. — QueDurassierest auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres arbitraires du Comité, en appelant et désignant les victimes qui ont été conduites à la noyade du 24 frimaire, etc.

XIII. — Que Jolly est auteur ou complice, en exécutant les ordres arbitraires du Comité, en liant les victimes destinées aux noyades, fusillades, etc.

XIV. — Que R. Naud est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres du Comité et en assistant, sur la gabare, à la noyade du 24 frimaire.

XV. — Que Ghartier est auteur ou complice, etc., en exécutant et obéissant aux actes arbitraires du Comité, en conduisant du Bouffay jusqu'au port les personnes qui ont été noyées la nuit du 24 frimaire, etc.

XVI. — Que Ducon est auteur ou complice, etc., en liant les prisonniers du Bouffay, en les conduisant à la gabare, en assistant à la noyade, etc.

XVII. — Que Coron est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres du Comité, en coopérant à l'extraction et à la conduite des détenus jusqu'au port.

XVIII. — Que Boursj est auteur ou complice, en exécutant les ordres du Comité, en assistant sur la gabare a la noyade du 24 frimaire.

XIX. — Que Boulay est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres du Comité, en assistant sur la gabare à la noyade du 24 frimaire.

XX. — Que Gauthier est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres arbitraires du Comité, en assistant sur la gabare à la noyade du 24 frimaire et à plusieurs autres noyades.

XXI. — Que Guillet est auteur ou complice, etc., en signant l'ordre à Affilé, en signant la déportation du 24 frimaire, en ordonnant des actes arbitraires, en imprimant la terreur, et en abusant de ses pouvoirs.

XXII. — Que Crespin est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres du Comité, en assistant sur la gabare à la noyade du 24 frimaire.

XXIII. — Que Richard est auteur ou complice, etc., en exécutant les ordres du Comité, en préparant une noyade de prêtres, se disputant avec Lamberty l'avantage de la faire, se saisissant de leurs dépouilles qu'il emporta chez lui, et qu'il ne rendit que vingt-quatre heures après, sans au préalable en avoir rendu un compte fidèle.

XXIV. — Que Foucaud est auteur ou complice, etc., en coopérant et assistant à plusieurs noyades, et donnant des ordres à des militaires pour ^assister à une noyade faite à Paimbœuf.

■^^V- — Que 0' Sullivan est auteur ou complice, etc., en coopérant à différentes noyades, en exerçant des cruautés inouïes envers les victimes qu'il livrait aux flots. ^

-^^^I- — Que Robin est auteur ou complice, etc., en assistant et coopérant aux noyades.

■^^II' — Qu'il est constant que Lefèvre a ordonné et

fait exécuter une noyade d'hommes, de femmes et d'enfants, et a commis des actes arbitraires.

XXVIII. — Qu'il est constant que Macé a exécuté des ordres arbitraires, en faisant une noyade à Paimbœuf.

XXIX. — Qu'il est constant que d'Héron a commis des assassinats d'enfants, porté publiquement à son chapeau une oreille d'homme qu'il avait tué, et tué deux enfants qui gardaient paisiblement leurs troupeaux.

XXX. — Qu'il est constant que Forget a pris part à tout ce qui s'est passé à Nantes, et a proposé de faire juger en masse les prisonniers, et coopéré aux listes faites la nuit du i5 frimaire, pour fusiller les prisonniers.

XXXI. — Que Proust est auteur ou complice, en signant les ordres donnés à Affilé; en donnant des ordres arbitraires et en comprimant les citoyens par la terreur.

Tous convaincus, etc., mais ne l'ayant pas fait avec des intentions criminelles et contre-révolutionnaires, le tribunal les a acquittés et mis en liberté.

XXXII. — Gallon, non convaincu d'avoir exécuté les ordres qui lui étaient donnés par le Comité.

XXXIII. — Vie, non convaincu d'avoir exécuté les actes arbitraires du Comité, de s'être trouvé présent à l'extraction des prisonniers du Bouffay, etc., ont été également acquittés et mis en liberté .

On a fait rentrer les trois accusés condamnés à mort. Ils reparaissent escortés de leurs gendarmes ; dans un silence glacial, Dobsent leur lit la déclaration du jury et, après requête de l'accusateur public, le jugement de condamnation est prononcé. Carrier s'écrie : « Je meurs victime et innocent I mon dernier vœu est pour la République et le salut de mes concitoyens ! »

Vie et Gallon, reconnus non coupables, sont aussitôt remis en liberté; on leur adjoint Forget, le concierge du Bouffay, et Proust, le second client de Tronson-Ducoudray. Mais les autres? Goullin, Chaux, Bachelier, Jolly,

Robin, O' Sullivan, Perrochaux, etc., au nombre de 27, sont convaincus d'assassinats, de noyades, d'exactions, d'actes arbitraires, mais comme ils ont commis ces crimes sans intention contre-révolutionnaire ils sont acquittés!

Avant de renvoyer dans la société ces hommes destinés à en faire l'ornement, Dobsent leur adressa l'allocution suivante :

« Allez jouir des embrassements de vos familles et de vos amis et, après l'effusion des premiers sentiments, employez cette liberté qui va vous être restituée après la pénible épreuve que vous venez d'essuyer, livrez-vous tout entiers au service de la République ; que votre attachement pour elle fasse oublier les moments d'erreur où sans doute un zèle mal dirigé vous avait entraînés et souvenez-vous surtout que des républicains doivent savoir oublier toute haine particulière, tout désir de vengeance, toute passion, pour ne s'occuper, en s'unissant étroitement, que de concourir uniquement au bonheur de la patrie. Vous êtes libres 1 »

Dobsent lut ensuite la sentence d'acquit (i).

Des applaudissements frénétiques se firent entendre et la séance fut levée.

L'impatience avec laquelle tout Paris attendait le résultat du procès qui avait occupé soixante séances et passionné l'opinion ne se peut exprimer, disent les auteurs contemporains. Les salles et les cours du palais, toutes les rues adjacentes fourmillaient d'une foule anxieuse qui appréhendait que Carrier n'échappât à la mort (2). Sa condamnation fut donc une satisfaction donnée à l'opinion publique et l'on supporta avec indifférence cet acquittement invraisemblable d'accusés de participation aux noyades, de massacres, de pillages, de rafhnements dans la cruauté. Du moment où il avait été déclaré que leur intention (3) n'était pas contre-révolu-

(1) Archives W., 493-479. Procès- verbal d'audience.

(2) Des Essarts. Procès /"ameMx, 1794. Nouv. série, pp. 176-177.

(3) Dans la réorganisation provisoire du Tribunal révolutionnaire (23 thermidor), à l'enconlre de la juridiction établie par la loi du 22 prairial, la question intentionnelle avait été admise.

tionnaire, personne ne se demanda alors comment le jury avait pu faire cette distinction, personne ne se révolta contre l'acquittement d'un Goullin, d'un Chaux, d'un Jolly, d'un d'Héron.

De cet acquittement des membres du Comité révolutionnaire, Louis Blanc, dans une de ses plus belles pages (i), a tracé le tableau attendri. Il s'est laissé gagner par l'émotion que l'adroite plaidoirie de Real a communiquée à l'auditoire et il se montre d'une stupéfiante indulgence pour Goullin et ses compagnons. Après avoir affirmé qu'au cours du procès il fut donné des preuves irrécusables de la probité sans tache de Bachelier et deThumanité de Chaux, il veut faire croire aussi à l'humanité et àThonncteté de Goullin sur lafoi deGallon. Michelet se rapproche-t-il de la vérité lorsqu'il assure que ce qui saisit le jury et fit « qu'il condamna Goullin à vivre », ce fut le dernier mot dont celui-ci donna lecture dans la nuit du 25 frimaire an III au moment où les jurés se retiraient pour délibérer sur son sort (2) :

« Ce n'est par pour moi que je prends la parole. Pendant le cours entier de la procédure, je fus constamment vrai. Je tâchai même d'être grand sur la sellette comme on me reproche de l'avoir été dans le fauteuil du Comité. Mais je n'ai rempli que la moitié de mon devoir. L'heure de la liberté et de la mort va sonner et ce n'est pas à l'instant du péril que Goullin reculera. Enfiévré de patriotisme, poussé jusqu'au délire par l'exemple de Carrier, je fus plus coupable à moi seul que le Comité tout entier. C'est moi qui fis passer dans l'âme de mes collègues cette chaleur brûlante dont j'étais consumé. C'est leur excès de confiance dans mon désintéressement, mon républicanisme, mes vertus, j'ose le dire, qui les a perdus. Je suis, avec les intentions les plus pures, le bourreau de mes camarades. S'il faut des victimes au peuple, je m'offre.

(1) Louis Blanc, Révolution française, tome XI, pages 281 et suivantes.

(2) Golloction Dugast-Matifeux. Manuscrit produit déjà par Michelet, dévolution, t. Yll, p. 91.

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Indulç^ence pour euxl... Que le glaive de la loi s'appesantisse sur moi seuil Que j'emporte dans la tombe la consolation de sauver la vie à des frères, à des patriotes. Mon nom, si la loi le proscrit, vivra du moins dans la mémoire de ceux pour lesquels je me dévouai. Puisse mon sauj»- consolider la République! Puisse-t-il imprimer une leçon terrible aux fonctionnaires audacieux qui seraient tentés de méconnaître les lois et d'outrepasser leurs pouvoirs ! »

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