‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 114 sur 124 · L'EXPIATION · texte numérisé non relu

L'EXPIATION

ment la foule voulut leur témoiç^ner la satisfaction avec laquelle elle les voyait mourir.

(Irandmaison fut exécuté le premier ; inerte, paralysé, il se laissa renverser sur la bascule sans proférer un mot; Pinard, dont la fureur ne pouvait s'apaiser, tenta un dernier effort en gravissant les échelons. Il se renversa sur les aides qui le soutenaient, ensi-ag-ea une lutte avec eux, se défendant de ses pieds et de ses poinçi^s liés comme de ses dents; il était d'une force si peu commune qu'il fallut que quatre des exécuteurs réunissent leurs efforts pour le terrasser et l'emporter sur la bascule.

A son tour, Carrier monta les degrés, froid, calme, impassible, mais déjà touché par la mort. Sa face, d'un teint naturellement olivâtre et bilieux, avait pris la couleur du cadavre; debout encore, il en avait la raideur et l'insensibilité (r).

Au milieu du solennel silence de vingt mille respirations suspendues, on entendit le son aigu d'une clarinette qui jouait le Çà ira ! (2). Carrier se serait retourné brusquement du côté où était parti ce suprême outrage. Les yeux restés menaçants, mais le visage décomposé, se rappelant peut-être dans un éclair les grossièretés dont il saluait sur la galiote les prêtres qui allaient mourir, il proféra une injure tandis que son corps était brusquement renversé en arrière.

Le couperet tomba. Le peuple comme d'ordinaire cria «Vive la République! » et exigea quele bourreau lui montrât la tête du supplicié (3). Carrier était mort avec un courage dont ses ennemis eux-mêmes ont témoigné (4), mais qui n'absout pas sa mémoire (5).

(1) M. H. Wallon. Trib. révoluL, VI. p. 50.

(2) Mémoires des Sanson.N, p. 443; Des Essarts, t. II, p. 177; Mercier, le Nouveau Paris, II, 38.

(3) Des Essarts, id.

(4) Thibaudeau, Mémoires, ch. xii.

(5) Louis Blanc, Révol. française, \l. XI, 290.

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