EPILOGUE
D'Angers, le i5 prairial, Bachelier envoya une procuration à sa femme et en vue de la prochaine instance il fit impi'imer son Mémoire pour les acquittés \^\ ). Nulle trace pourtant d'une reprise d'instance contre GouUin et ses co-accusés. Il est à croire que Goullin recouvra la liberté en même temps que Bachelier (2), le 17 frimaire an IV (18 décembre lygS).
On possède quelques détails sur les derniers jours des trois principaux membres du Comité : Bachelier, Chaux et GouHin.
Bachelier revint à Nantes, où il vécut très âgé. Bien que les jurés l'aient félicité d'avoir appuyé l'adresse de la Société populaire quand elle dénonça Carrier, bien que l'opportuniste Real, qui croyait sentir un homme à ménager pour l'avenir, se soit écrié à la fin de sa plaidoirie « qu'il serait fier de lui offrir son amitié w, il ne semble pas que ses concitoyens se soient empressés d'oublier son passé et son incontestable solidarité avec Carrier et son état-major. « Cet homme vit encore, écrit Guépin en 1889. Ses dernières années ont été abreuvées d'amertume; personne dans le quartier qu'il habite ne veut lui parler; il vit seul, lisant des psaumes et récitant des prières du matin jusqu'au soir(3). wDugast-Matifeux, son historiographe et son confrère en théophilantfiropie (4), nous a légué beaucoup plus de détails. Cet auteur témoigne une grande sympathie au nonagénaire Bachelier, vivant très modestement chez un jardinier d'une rente de onze cents francs, manifestant des sentiments d'une religion élevée qu'il accordait parfaitement avec ses opinions démocratiques. « Il parlait de l'Évangile, dit Dugasl, comme synonyme de liberté et d'affranchissement et
dit que la seatence est désormais du domaine de l'histoire, qu'elle n'est plus du ressort de la législation et des tribunaux, qu'il n'y a d'appel qu'à la postérité.
(1) M. Lallié, Le Sans-culoLle Goullin, p. 158.
\i) M. de la Sicotièro, le Palriole cl Héron.
(3) Guépin, Hist. de Nantes, p. 49o. — Bachelier mourut le 10 août
(4) Dugast-Matifeux passait pour le dernier théophilanthrope. Il fut décoré pour cefaitquand un monument futélevéà La Keveillère-Lepeaux.
trouvait dans les premiers mots de la prière enseignée par le Christ : Pater noster qui es in cœlis, la plus admirable formule de fraternité des hommes (i). » Voilà l'homme qui, président du Comité, laissa s'accomplir les noyades et la fusillade de l'Eperonnière!
Le l)anqueroutier Chaux, que nous avons vu secrétaire de Philippeaux, puis émule de GoulHn au Comité révolutionnaire, s'était fait les plus grandes illusions sur son rôle à Nantes. Parce que, yoar hasard, il n'avait pas assisté aux délibérations des i4-i5 frimaire (2), il s'était déclaré au procès non responsable des mesures prises par le Comité et avait montré une attitude sotte et vaniteuse. Comme le Représentent Bô lui rappelait qu'il avait signé Socrate Chaux un mémoire qui eût été plus justement signé le scélérat Chaux, il répondit théâtralement : « Il viendra peut-être un jour où, au lieu de la ciguë qu'on veut me faire avaler, le peuple me rendra assez de justice pour couvrir ma tombe de fleurs (3). »
Chaux, « fort de sa conscience (4), » revintà Nantes où il paraît avoir fait de bonnes spéculations sur les biens nationaux. Il se retira dans une de ses propriétés, la Roche, commune de Doulon. Il y vivait très retiré, semblant avoir renoncé à une renommée glorieuse et... faisant élever son fils au séminaire sous le nom de Ghampeau (5) . Couvert d'ulcères, abandonné de tous excepté d'un nommé Barbet, fils de son fermier, et du curé de Doulon, il mourut le 26 novembre 1817 (6).
(1) Notice sur Bachelier, 1849. — Dugast ne manque pas de rapprocher les théories tardives de Bachelier de la célèbre homélie de Pie VII alors cardinal Chiaromonti, disant au peuple de son diocèse d'Imola : « Si, miei cari Iratelli siate buoni christiani et sarete oltimi democratici! « (Soyez de bons chrétiens, mes chers frères, et vous serez d'excellents démocrates.)
(2) On se rappelle que Chaux était alors à sa terre de la Barossicre. Chaux d'ailleurs dirigea le départ des 132 Nantais et prit part à toutes les vexations et arrestations arbitraires. C'était de plus le plus grand voleur de la bande.
(3) Dans son Mémoire imprimé rempli de fatras, il parle des sentiments et de la nature en homme nourri par Jean-Jacques.
(4) Il avait dit au procès : « Fort de ma conscience, je puis me livrer à toute la sécurité de l'innocence. » Procès du Comité. Séance du 28 vendémiaire.
(5) M. A. Lallié, Pieire Chaux. Revue de Bretagne et de Vendée, 1881.
(6) L'acte de décès porte le nom de Chaux de Ghampeau, 26 novembre