‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 118 sur 124 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Sa tombe attend encore les tleiirs qu'il lui croyait dues tandis que les victimes des carrières de Gig-ant ont été récemment honorées d'un monument expiatoire.

Goullin n'eut pas l'audace de revenir à Nantes où son nom était abhorré (i). Pendant longtemps on perdit sa trace et les traditions les plus divergentes ont été répandues sur les dernières années du farouche créole. Les uns, comme Nogaret (2), l'ont fait se suicider pour échapper aux remords, les autres, comme le comte Théobald Walsh, l'ont dit tué à Angers par un gentilhomme dont il avait fait guillotiner les parents (3). La vérité semble se retrouver dans une note de M. Dugast-Matifeux (4).

Goullin erra çà et là sous un nom d'emprunt, cherchant des moyens d'existence. D'abord précepteur dans le Haut-Poitou chez un monsieur du Theil.il fut obligé de quitter l'enseignement et fut recueilli dans un hameau de la Haute-Vienne (5) par un nommé Desbordes (6), prêtre marié. Il mourut dans les bras de celui-ci le 24 prairial an V (12 juin 1797), à VAge d'environ 4o ans. Il est inscrit dans l'acte de décès sous son véritable nom qu'il révéla en mourant.

Ainsi de ces trois hommes qui avaient poursuivi les prêtres de leur haine implacable, l'un était mort dans une dévotion étroite, le second s'était vu soigner par un curé

1817. A 24 ans de distance, c'était l'anniversaire de la signature par le Cotuité révolutionnaire de l'arrêté du 6 frimaire qui réglait le voyage des 132 Nantais, auquel Chaux avait pris la plus grande part. — M. A. Lallié, Pierre Chaux.

(1) Une famille honorable de Nantes, qui porte le nom de Goullin, a fait établir en 1865, de façon péremptoire, qu'elle n'avait aucun lieu de parenté avec J.-J. Goullin.

(2) Histoire de la guerre civile en France, t. 111, p. 312, cité par M. Lallié, le Sans-cuLoUe Goullin,^. 159.

(3) Revue de France. Mes souvenirs de trois quarts de siècle, comte Théobald Walsh.

(4) Communiquée à M. Lallié.

(oj Le Repaire, commune de Bussiére Poitevine, Arrondissement de Bellac.

(6) Ce Desbordes, à l'époque de la Terreur, était commissaire du Directoire du département de la Haute-Vienne; chargé d'une enquête à Kochechouart sur les mauvais traitements infligés par un geôlier à des |)risonniéres, il s'éprit de l'une d'elles, lille noble, qui consentit à l'épouser pour sauver sa famille. — Rochechouart, par l'abbé Dulery. Limoges,1855. Cité par M. Lallié. Sans-culolle Goullin, p. 160.

de campagne, le troisième n'avait trouvé de refuge que chez un ancien prêtre l

Malgré leurs remords, en dépit même de leur repentir, ces hommes, qui avaient échappé au sort de Carrier et de deux de ses complices immédiats, méritent la flétrissure de l'histoire. Goullin surtout a sa place marquée à côté de Fouquet et de Lamberty, et le verdict d'acquittement du tribunal de Paris ne saurait laver la longue traînée de sang que le Comité révolutionnaire de Nantes a laissée après lui.

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