APPENDICES
{page 5j)
Au (juartier général de Montaùjii, le 1 1 octobre ijq3, l'an II de la République françoise une et indivisible.
Je suis arrivé à Montaig-u, mon cher ami, avec Léchelle, g-énéral ea chef, le 9 à 6 heures du soir en vertu de la mission dont m'ont investi mes colièg-ues Hentz et Prieur (de la Gôted'Or) à Nantes. Quels regrets n'ais-je pas de n'avoir pas eu le temps de continuer mes opérations révolutionnaires dans cette ville et de les finir dans toute la ci-devant Bretag-ne. En franc républicain, je dois déclarer que je jouissois dans ces contrées de la confiance de toute la Sans-culotterie et que mon seul nom inspirait un salutaire effroi à tous les contre-révolutionnaires, à tous les fédéralistes. Déjà toutes les communes de la Bretagne et surtout les principales villes m'avoient envoyé des députations de deux espèces, des patriotes pour demander la punition des fédéralistes et des émissaires de ceux-ci pour réclamer l'indulgence nationale. Déjà Nantes redoutoit de voir partir de mes mains les éclats de la foudre révolutionnaire; les g-rands conspirateurs prirent nuitamment la fuite le jour de mon arrivée malg-ré mes ordres donnés au commandant temporaire qu'on m'a désig-né comme un excellent sans-culotte, de ne laisser sortir personne sans sa permission. Le soin d'exercer les fonctions révolutionnaires à Nantes a été délég-ué à MéauUe qui s'y trouvoit momentanément et à mes autres collègues; ils le rempliront assurément bien, mais je sens tellement la nécessité de comprimer vig-oureusement toutes les idées fédéralistes, d'en étouffer les g-ermes et de s'assurer des partisans perfides de ces mesures liberticides que je crains
5oo CARRIER A NANTES
toujours qu'on n'cmploje pas cet appaix'il révolutionnaire, terrible pour les malveillants, triomphant pour les patriotes, et qui seul doit opérer l'affermissement de la liberté nationale; — mais puisque mes collèg-ues envoyés par le Comité de Salut public ont jug-é à propos de me conférer une autre mission, je la remplirai avec ce zèle et cette fermeté que tu me connois.
Arrivé à Montaig^u, j'y ai trouvé mes collèg-ues Merlin et Turreau, nous avons sur-le-champ rassemblé tous les g"énéraux de l'armée pour combiner un plan d'attaque sur Mortag-ne. Le ministre de la g-uerre en fera part au Comité de Salut public, le g-énéral en chef lui fait un détail des mouvements que nous devons faire, nous attendons à tout instant l'arrivée de l'ordonnance que nous avons envoyé aux armées des Sables et de Luçon, que nous croyons réunies à Châtillon. Dès que nous en aurons des nouvelles, nous préparerons notre marche sur Mortag-ne. En attendant le retour de l'ordonnance, nous fîmes partir la nuit même de notre arrivée quatre mille hommes pour attaquer Charette, qui formait un rassemblement de forces à Lég-é pour intercepter notre communication avec Nantes ; à l'approche de nos troupes il s'est enfui avec son rasblement peu considérable ; nos troupes sont rentrées au camp. Hier et aujourd'hui plusieurs communes se sont rendues vers nous pour promettre fidélité à la République, il y en a une qui a apporté ses armes, nous retenons tous les individus qui se sont rendus ici et ce soir nous combinerons avec les g-énéraux et mes collèg-ues Merlin et Turreau, qui sont partis hier soir pour Nantes et qui doivent revenir aujourd'hui, les mesures à prendre dans un cas qui me paraît assez embarrassant sous tous les rapports. L'incendie des maisons, des moulins et surtout l'enlèvement des bestiaux concourent sing-ulièrement à ce retour à la sincérité duquel je n'ajoute nulle foi quoique lesi-ebelles ayent fait marcher plusieurs communes contre leur gré.
J'ai installé le lendemain de mon arrivée le g-énéral en chef, j'ai lu à tous les bataillons la proclamation rédig-ée par mes collèg-ues Hentz et Prieur, je les ai tous harang-ués ainsi que Merlin et Turreau, nul bataillon ne nous a exprimé de regrets sur la retraite de Canclaux, quelques-uns en ont témoig-nésur celle de Dubayet, mais de concert avec mes deux collèg-ues nous leur avons dit qu'ils n'étaient pas les soldats d'un homme, mais bien de la République, qu'un individu n est nen, que la République est tout, qu'ils sont une portion
APPENDICES 5oi
de ce tout, que c'est l'imag-e de la patrie, — ensang-lantée, déchirée à l'extérieur et dans l'intérieur par la caste nobiliaire — qui doit fixer constamment leurs reg-ards, que, des exnobles commandant les troupes révoltées de la Vendée, la République ne devoit pas compter avec confiance que Dubayet ex-noble fut dans la bonne résolution de les combattre, de les exterminer, nous leur avons rappelé la vie militaire de tous les ci-devant nobles qui avoient combattu à la tête de nos armées et qui en avoient sijçnalé le commencement par des victoires et fini par des trahisons. Ces paroles ont calmé les leg-rets et nous avons eu la douce satisfaction d'entendre partout les cris réitérés de vive la République, vivent les sansruloites.he nouveau jo-énéral,qui a parlé à tous les bataillons, a été fort bien accueilli.
L'armée est très bien disposée pour .le campement, les principes et la bravoure, tous les soldats ne demandent qu'à voler au combat, qu'il me tarde de recevoir les nouvelles que nous attendons pour les y suivre!
Merlin connoit très bien les lieux, il a des connaissances sur la tactique militaire, il ne demande qu'à combattre, il se bat comme un brave grenadier, il a la confiance de toute l'armée, c'est lui qui le premier a ouvert l'avis de marcher contre Charette, Turreau m'en a donné le témoig-nag-e le plus flatteur, il le croit très nécessaire à l'armée; je n'ai rien vu, rien entendu contre lui qui puisse aiithoriser aucune espèce de soupçon; on m'a rendu compte des mouvements de l'échec éprouvé par l'armée, Reysser me paroît seul coupable ; au surplus je prendrai tous les renscig-nements nécessaires, rien n'échappera à l'avenir à ma vig-ilance et sois bien sûr que, ne connaissant que ma patrie, ne voulant que la liberté, la prospérité et la fin très prompte d'une g-uerre qui la désole, il n'y aura pas d'abus, pas la plus petite espèce d'incivisme, pas la moindre tergiversation que je ne dénonce, que je ne punisse, tu peux en être le garant pour moi auprès du Comité du Salut public, de la Convention et de la France entière.
Salut, fraternité, amitiés.
Carrier
Bibiiolhèqno /le Nantes, Manuscrits, 2G72.
5o2 CARRIER A NANTES
{page 76) Etat de services de Phelippes TronjoIIy François-Anne-Louis Phelippes do Goatg-oureden de Trôn-
Ex-administrateur (pendant près de 10 ans procureur du roi, syndic de la ville de Rennes, indiqué par le peuple pour maire après l'expiration de son syndicat, administrateur du collèg-e et de la navigation intérieure en Bretag-ne; depuis la Révolution nommé par le peuple administrateur du département de la Loire-Inférieure, électeur deux fois et président de delà section),
Ex-commandant de la milice bourg-eoise,
Ex-mag-istrat (juge honoraire en la monnaye, premier avocat du roi, président du parquet du présidial, procureur du roi et de police à Rennes, et depuis la Révolution commissaire du roi à Paimbœuf, jug-e à Nantes, réélu par le peuple président du tribunal criminel (i).
On connaît sa résistance aux ordres de Carrier qui voulait faire guillotiner des brigands sans jugement (27 et 29 frimaire), sa lutte contre le Comité révolutionnaire. Durant le procès des 9^ Nantais, il dirigea pour ainsi dire les débats et par sa suite de dénonciations comme par ses attaques violentes il contribua puissamment à amener Carrier sur le banc des accusés.
Incarcéré après le décret de prairial, par ordre des représentants Bô et Bourbotte, et ce à la suite du Comité révolutionnaire de Nantes que lui-même avait dénoncé en fïoréal.
Acquitté le 27 fructidor an II il reste dans l'ombre après le procès de Carrier, .son œuvre, revient à Rennes après avoir séjourné à Nantes ; lutte ici, en qualité de président du tribunal criminel, contre le Directoire et la faction du 18 fructidor, puis à Rennes est nommé défenseur, est traité avec honneurs (son fils cadet Julien-Yves, né en 1788, reçut alors le prénom de Rennes), enfin est recommandé par le préfet et les conseillers de préfecture d'IUe-et-Vilaine à la bienveillance du gouvernement (ler fructidor an XI).
(1) Extrait des registres des arrêtés de la mairie de Rennes, 14 prairial an XU do la République, an le' de l'Empire.
APPENDICES rm^
{paffe i3j) Grignon
Les anecdotes sur Grig-non abondent. Fils d'un boucher, il resta assommeur. Rossignol savait à qui il s'adressait quand il lui disait dans son lang-ag-e élégant : « Ah, çà, Grignon, te v'ia chef de brigade. Tu vas passer la Loire. Tue tout ce que tu rencontreras, hommes, femmes et enfants. C'est comme cela qu'on fait une révolution. » Ceci est attesté par Danican [les Brigands démasqués). ^o^s\^x\o\, dans ses notes publiées récemment par M. Barrucand (Plon-Nourrit, 189G), le dément en disant qu'à cette époque il n'avait pas vu Grignon à Angers. [Vie véritable du citoyen Jean Rossignol, p. 294.)
A son arrivée en Vendée, Grignon adresse cette harangue à ses soldats ; « Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé; je vous donne l'ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d'être brûlé et de passer au fil de la bayonnette tout ce que vous rencontrerez d'habitants sur votre passage. Je sais qu'il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c'est égal nous devons tout sacrifier (i) !» Et en fait, nulle distinction. Des vieillards sont fusillés qui avaient un certificat de civisme ; une municipalité venue en écharpe au devant de Grignon est conduite après le dîner dans le cimetière et y est poignardée (par suite d'une erreur de nom que Grignon ne laissa pas le temps d'expliquer) (2), Aux Essarts on fusilla des jeunes gens qui allaient partir pour la réquisition, faisaient leur service de la garde nationale et le faisaient bien (3).
Le maire de Saint-Amand, Boucrel, eut particulièrement à souffrir des vexations de Grignon. Ayant échappé à la mort il se vengea par une dénonciation en règle. « Grignon vint chez moi avec des hussards et quoique je fusse en garde nationale et en môme temps président de la Commission municipale de 4 communes, président du Comité de surveillance du canton et commissaire pacificateur du district, il me fit désarmer, me demanda d'un air atroce qui j'étais; il fît lier ma garde, ne
(1) Lequinio, Mémoire sur la guerre de Vendée, p. 66.
(2) Id., pp. 136-137.
(3) Dénonciation de Boucret, maire de Sainl-Amand.
5o4 CARRIER A NANTES
daig-na pas lire la lettre du g-énéral Baro, répondît qu'il ne reconnaissait ni commission militaire, ni proclamation des Représentants et Généraux de l'armée de l'Ouest... et sur une voix qui cria : Et le maire aussi est suspect, par ordre de Grignon on m'arracha mon habit pour me fusiller. A la fin on me relâcha, mais on g-arda loo livres en assig-nats et une bourse d'or qui m'avait été confiée. »
A la Floutière, toute une série d'horreurs furent commises. Le maire Chapelain, en patriote prudent, a proposé à Grig-non une liste de grands coupables (i). Grig-non répond que c'est parfaitement inutile. Il fait ég-org-er les hommes sans discernement, puis les soldats pillent le villag-e, violentent les femmes, enfin mettent le feu aux maisons. Un patriote et sa servante sont coupés en morceaux, une femme de 70 ans est livrée aux outragées de 3o hommes... Grig-non ne cache du reste pas ses intentions. Il dit à Chapelain qu'en entrant dans la Vendée il avait juré d'ég-org-er tout ce qu'il rencontrerait, que la mort d'un patriote dans le cas était peu de chose et d'ailleurs qu'un patriote n'était pas censé habiter ce local. — Un jour on lui parle d'une métairie oii il y avait de l'arg-ent; il dit : «On est très maladroit de tuer d'abord. Il faudrait d'abord exig-er le portefeuille, puis l'arg-ent sous peine de la vie et quand on aurait le tout, on tuerait tout de même (2). » Grig-non ayant voulu aller à Pouzaug-e prend Chapelain pour g-uide. a II y avoit de jolies prisonnières au château; après dîné Grig-non et l'état-major allèrent prendre le café de Cylhère avec elles... et des soldats qui avoient été secondairement sans doute de la partie crioienten sortant, d'une manière dont je ne puis rendre l'énergie, qu'ils avoient joui de quatre filles. Elles furent ensuite fusillées sauf une qu'on élarg-it(3). »
Grig-non se trouve en face de la municipalité et de la g-ai'de nationale de Bompère — 4oo hommes sous les armes. — Il se demande s'il va les faire charger, mais il n'a que 3o hommes de cavalerie ; il réfléchit, sa colère d'énergumène tombe et il se contente de faire désarmer les hommes qui sont de bons patriotes. Il incendie les villages, et ses soldats préoccupés de
(1) Dénonciation de Boucret.
(2) Dénonciation de Chapelain. Pièces dénonciatives déposées par Lequinio au Comité de Salut public.
(3) Dénonciation de Chapelain. Déposée par Lequinio au Comité de Salut public, produite in extenso dans Une mission en Vendée (¥.. Lockroy. 1893). p. 342.
AI'PENDICES
rapines et marchant en désordre, sont surpris et écrasés à Saiiit-Fulg-ent.
[page i3y)
Lequinio
Qu'on ne croicpasqueLcquinio, malg-ré son mémoire nourri (lo dénonciations et enrichi d'anecdotes terrifiantes sur les généraux républicains, ait beaucoup à enviera ceux-ci, à Carrier même. Il s'intitulait lui-même le destructeur des préjugés et annonçait à la Convention (i) qu'il avait vaincu un préjug-é (le plus en instituant solennellement une charg-e de bourreau et en faisant manger le promu à la môme table que la Représentation. On peut mettre en parallèle la fameuse lettre (le Carrier au général Haxo (24 frimaire) (2) et celle que F^oquinip adressait à la même date à la Convention. Il a fait fusiller 4 à 5oo brigands à Fontenay-le- Peuple, après une prétendue conspiration dans les prisons (l'éternel prétexte). Il n'est pas sans crainte sur l'impression que va faire sa communication, aussi l'enguirlande-t-il de précautions oratoires. Puis ayant tout lâché et théorisé : ft Je dois vous dire quesans des mesures pareilles vous n'en finirez jamais avec la guerre de Vendée... C'est le modérantisme des généraux et des a iministrateurs qui l'entretient. J'ai écrit partout qu'il ne fallait plus faire de prisonniers (c'est également le parti qu'a pris Westermann), et s'il m'est permis de le dire je voudrais qu'on a loptât la môme mesure dans toutes les armées. Je crois qu'un pareil décret serait le salut de l'armée. » Ne se rencontre-t-il pas encore avec Carrier quand il dit (1) qu'il a tué les brigands de Fontenay- le-Peuple par humanité (3)? Un instant il est saisi, non de remords, mais de scrupules. Il fait amende honorable aux Jacobins où règne alors Robespierre parce que « à cause de quelques lardons contre l'Etre suprême (4) »,il y avait risque pour lui d'être guillotiné, et ce terroriste intermittent s'excuse encore auprès des anti-terroristes pour ses révo-
(1) Moniteur du 24 brumaire an II.
(2) Voir cette lettre chapitre XIV.
(3) Rapport (le Faurès, vice-président de la Commission de Fontenaylo- Pou pie.
(4) Du srjslème de dépopulation : Gracchus Babeuf.
5o6 CARRIP:R a NANTES
Intionnade.t de Fontenay quolqu'au reste « étant rentré en luimême et ayant sondé sa conscience elle l'acquitte pleinement (i) »• Lequinio et Carrier s'entendaient (2) bien pour appliquer la maxime de Robespierre : « Rig-ueur c'est humanité », « Sévérité c'est justice », maxime au reste qui faisait partie du vade-mecum de tout Représentant en mission, que les circulaires du Comité du Salut public se charg-eaient de tenir présente à leur mémoire, mais que tous ne comprenaient pas de la môme façon (3).
Le 3 frimaire an III, Lequinio faisait placarder (4) à Paris le récit des incidents de la prison de Fontenay en réponse à ce qui s'était dit la veille à la Convention. Il s'appuie sur le résultat conquis par la menace pour expliquer sa détermination : « Le nombre des brig-ands dans les prisons, en cas d'attaque, devenait un noyau terrible et la malveillance de quelques citadins fanatiques suffisait pour leur ouvrir les portes... Tous ces prisonniers étaient brig-ands. Ce qu'il y a de certain, c'est que la ville n'a point été investie, que les prisonniers n'ont point été fusillés, que mon ordre n'a fait périr personne et qu'il a peut-être sauvé des milliers de patriotes. On ne peut donc m'accuser de barbarie, pas môme de rig"ueur déplacée à l'ég-ard de ces malheureux brig-ands! » Dans ce même placard Lequinio a soin de faire remarquer sa conduite à l'égard des paysans vendéens ramassés par les troupes de Luçon, dirigées sur Rochefort. Ceux-là n'étaient pas traduits au tribunal révolutionnaire ni aux commissions militaires, mais travaillaient aux fortifications de la Rochelle.
(l) Mémoire de Lequinio, p. 98,
^2) Lequinio fait pourtant des distinctions : « Il ne faut point faire de prisonniers dès que l'on trouve des hommes ou les armes à la main ou en attroupement de guerre quoique sans armes, « dit-il page 96. Mais l)!us loin, p. 106, il est partisan de « rigueurs contre les brigands de profession caractérisés plus haut », mais en môme temps « de mesures d'indulgence, d'instruction et de persuasion envers ce peuple fanatique et trompé ». Philanthrope à sa façon, Lequinio. « humble serviteur des Comités du gouvernement, met sa philanthropie en réserve pour être féroce à leur gré et pour faire aussi le petit Carrier ». (Vie et crimes de Carrier, etc., par Babeuf, p. 140). « Il démontre incontestablement, ajoute Babeuf, ironiquement, qu'il n'y a point de contradiction entre sa théorie d'un catéchisme moral qui aurait suffi pour convertir à la liberté sans effusion de sang toute la population de Vendée et son système pratique de tuer, faire tuer et conseiller de faire tuer 400.000 hommes s'il le faut. »
(3) « Le glaive de la loi qui vous est confié ne doit pas rester oisif... Purgez votre âme de toute faiblesse... L'échelle des peines est graduée sur la nature des délits et sur l'intérêt que la Société a à les réprimer >•
(4) Grande affiche sur papier rouge à 3 colonnes. Bib. nationale LB»'1480. ri©
APPENDICES 5o7
Mercier du Rocher raconte ainsi la scène des prisons où Lequinio joua un rôlebarhare : « Des prisonniers pris les armes à la main — individus tirés de leurs maisons, car pour les autres on ne se donnait pas la peine de les conduire à Fontenay et on les fusillait surplace — s'étaient révollrs et avaient cherché à s'enfuir ; la femme du geôlier avait été maltraitée. Lequinio quitte un banquet civique célébré au temple de la Raison et se rend à la prison. Avec beaucoup de sang'-froid il écoute le récit de la geôlière, fait chercher chez lui des pistolets — car ceux qu'on lui apporte ne lui conviennent pas, — (( les charge, les amorce, en donne un à l'officier d'infanterie qui l'accompagne, se fait porter la lumière par le garçon de la geôle, descend dans la première cour, se fait ouvrir la porte où était Cantel, habitant de Mouilleron, qu'on lui avait désigné comme un des plus mutins, l'appelle et lui brûle la cervelle. Il passe dans la seconde cour et ordonne à l'officier qu'il avait armé d'un de ses pistolets de tuer un prisonnier qu'il lui désigne. Le malheureux militaire, étonné d'un ordre aussi barbare qu'il fallait cependant exécuter, détourne les yeux, lâche le coup, tue la victime et se retire, plein d'horreur et la tristesse sur le visage. » Mercier du Rocher ajoute qu'en arrivant à la Société populaire Lequinio est couvert de sang... Il monte à la tribune « verse des larmes de crocodile » sur la cruelle nécessité à laquelle il vient d'être réduit et sort de la Société pour créer une commission militaire destinée à fusiller les hommes pris dans la Vendée (i). »
Ceci se passait le 19 frimaire. Gomme, le 2.5. un gros de rebelles avaient reparu aux Herbiers, Lequinio, revenu à Rochefort, envoie un bataillon de secours sous le commandement d'Esprit Baudry et intime l'ordre aux autorités de la ville de fusiller « tous les prisonniers brigands sans forme de procès >) si l'ennemi apparaissait sous les murs de la ville.
C'est cet ordre — qui ne fut du reste pas exécuté — qu'il explique dans sa lettre lue à la Convention le 29 frimaire (2).
(IJ Manuscrit, copie de M. Benjamin Fillon. Bib. de Nantes.
(2) Cotte lettre devait permettre à Carrier, à Hentz et à Francastel de se défendre des excès dont ils étaient accusés, o Nous avons adouci lo système qui nous avait précédés, » dit Hentz dans son riipport justificatif.
5o8 CARRIER A NANTES
[page i3y) Huche ou Huchet
Dénoncé au Comité du Salut public et arrêté. — Dénonciation faite par le Comité révolutionnaire de Fontenaj-Ie-Peuple contre Huchet, général à Luçon, faisant un usag-e despotique de son autorité, prévenu de correspondre avec les rebelles, qui a dit à une fille qu'il la violerait sur un cadavre,' puis qu'il a fait assassiner. — Il est défendu parHentzet Francastel, soutenu par Robespierre et renvoyé à l'armée avec un g-rade supérieur :
(f Que je fus oblig-é de signer malgré mon opposition, » dit Garnot. Séance du 8 vendémiaire an III. Moniteur du ii,
« Je crois que tu apprendras avec plaisir la nomination de Huche au g'rade de g-énéral de division, écrivait le g-énéral Guillaume à Turrcau. »
Son aide-de-camp Goy de la Martinière, moins heureux que lui, a été condamné à mort et exécuté le jour même avant que Hentz et Francastel n'aient eu le temps d'arriver, pour avoir fait massacrer des femmes enceintes, des enfants à la mamelle, assouvi ses passions brutales sur des jeunes filles innocentes qu'il faisait ensuite assassiner pour la plupart, avoir fait ég-org-er deux familles composées de 2 mères et 5 enfants, d'avoir fait fusiller un homrhe après avoir exigé et reçu une contribution de 2^0 livres en numéraire et après lui avoir promis de lui sauver la vie. (Berriat Saint-Prix, 268; — IM. Wallon, Représentants en mission, I, pp. 268 et 277.)
Le 24 germinal, Jullicn (de Paris) écrit au Comité de Salut public, de Bordeaux, où il est en mission, où il s'est montré tout autre qu'en Vendée. Il s'attaque aux disciples de Vincent et d'Hébert qui ont voulu assassiner l'esprit public, qui s'intitulaient révolutionnaires lorsqu'ils n'étaient qu'oppresseurs et tyrans. « Ils ressemblaient à ces généraux qui, dans la Vendée, jaloux de grossir l'armée de Charette, qu'ils étaient chargés de combattre, incendiaient jusqu'aux communes patriotes afin de réduire les hommes les mieux intentionnés pour la République à ne voir de salut pour eux que loin des troupes républicaines. Tel était ce général Huche, le protégé de Ronsin, qui vient d'être mis en état d'arrestation. Nous ne finirons la guerre de Vendée que lorsque nous
APPENDICES :,o(j
serons débarnisscs de beaucoup d'hornines qui suivent la conduite de Iluché. » (Lockroy, Une mission en Vendée, p. 280.)
Huchet se montrait souvent en état d'ivresse à la tôte des troupes. La preuve en est fournie par cette lettre de Grig-non à Turreau.
« 3 mars 94. — Je suis oblig-é de te prévenir malgré moi, mais c'est pour le bien de la République, que le général Huche a paru à la tête de la colonne étant pris de vin et m'a tenu des propos qui ne conviennent pas à un général devant la troupe... Je te prie d'envoyer un général divisionnaire pour prendre le commandement, je lui obéirai bien volontiers. Nous avons besoin d'un homme qui ait des connaissances militaires. » (Savary, t. III, p. 268.)
Huche n'était pas qu'un ivrogne. De tous les lieutenants de Turreau c'est celui qui a massacré le plus de femmes, d'enfants et de vieillards, et par cela même donné aux paysans le courage du désespoir. (Voir Savary, t. III, p. 820. Dénonciation contre les généraux de l'armée de l'Ouest, Turreau, Huche, Duquesnoy et Cordelier (Nantes, 6 germinal). Rapport du Comité de surveillance de Fontcnay-le-Peuple du 24 juillet 94^ M. Wallon, Représentants en mission, I, p. 476, et l'enquête du Comité de surveillance de la commune de Luçon se terminant par l'arrestation provisoire de Huche, M. Chassin, la Vendée patriote, t. IV^ pp. 424 et suivantes.)
{page i3j) Turreau
Turreau eut aussi bonne fortune que Huche. D'abord gouverneur de Belle-Isle il fut destitué le 8 vendémiaire au III, mis en prison en môme temps que Grignon, puis oublié jusqu'au i3 vendémiaire an IV. Il aurait pu alors profiter de l'amnistie; il préféra demander des juges et fut acquitté. Il reprit du service, se distingua pendant les guerres du Directoire et du Consulat dans le Valais et en Piémont. En i8o4 il est grand officier de la Légion d'honneur et baron. Il entre ensuite dans la carrière diplomatique et reste plusieurs années aux Etat-Unis en qualité de ministre plénipotentiaire. Rentré en France en 181 1, il fait la campagne de i8i3 et commande
5io CARRIER A NA^fTES
à Wurtzbourg- jusqu'après le traité. La Restauration le fait chevalier de Saint-Louis ; pendant les Cent jours il fait réimprimer SCS Mémoires sur la Vendée avec un avertissement où il parle da séjour momentané des Bourbons en France ; après Waterloo, il est charg-é par le g-ouvernement provisoire de défendre la rive gauche de la Seine et suit les débris de l'armée derrière la Loire. Depuis lors il reste étranger eux affaires dans sa terre de Couches. Cependant le g-ouvernement de la Restauration eut la singulière idée de le désig-ner pour accompagner le duc d'Ang-oulôme dans le voyage que fit ce prince en Vendée. (Baguenier- Desormeaux, Documents sur Noirmoutiers.) On peatsG rendre compte des sentiments qu'éprouvèrent les populations de l'Ouest en le retrouvant lieutenant-g"énéral dans l'escorte du prince royal. Il mourut le i5 décembre 1816.
(M, Wallon, Représentants en mission, I, p. 277; — M. Chassin, la Vendée patriote, IV, p. G35 ; — de Beauchamp, Biographie universelle, éd. 1827, t. XLVII, p. 107.)
{page 433) Carrier et Morice
Pendant que s'achevait à la Convention lappel nominal, une scène curieuse se passait au Comité de Salut public. Un des employés de ce Comité, Jean-Gabriel-Philippe Morice, nous a laissé à ce sujet des notes intéressantes.
Morice se livrait au dépouillement des papiers amoncelés sur sa table et « d'où s'échappaient les cris de la conscience publique si long-temps étouffée », lorsqu'un inconnu qui se disait membre de la Convention se présenta. Apercevant le il/onfVeMr, l'inconnu demanda s'il contenait le récit de la séance de la veille où la Convention s'était occupée de l'affaire de Carrier; sur la réponse affirmative de Morice, il prit le journal avec empressement.
Pendant qu'il en faisait la lecture, un huissier entra, apportant de nouvelles pièces renvoyées à l'examen du Comité de lég-islation. L'huissier dit à Morice que la Convention achevait en ce moment l'appel nominal sur la question de savoir si Carrier serait décrété d'accusation.
L'inconnu paraissait toujours absorbé par la lecture du jour-