‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 13 sur 124 · DE RENNES EN VENDÉE · texte numérisé non relu

DE RENNES EN VENDÉE

Lettre d'Hérault-Séchelles. — Carrier est envoyé à Nantes avec les pleins pouvoirs du Comité de Salut public. — Il installe Léchelle, nommé général en chef. — La campagne d'octobre et les généraux sans-culottes. — Conduite de Carrier à Cholet. — Mort de Léchelle.

Carrier était encore à Rennes lorsque lui parvint l'arrêté du Comité de Salut public qui l'investissait de sa toute-puissance.

Le Comité de Salut public, d'après les renseignements qu'il a reçus des représentants du peuple, envoyés près l'armée des côtes de Brest, a arrêté que le citoven Carrier, représentant du peuple dans le département d'Ille-et- Vilaine se rendra sur-lechamp à Nantes pour l'exécution des mesures prises par le décret du 5 août dernier concernant les divers membres des autorités constituées à destituer, et y prendra, conformément aux pouvoirs qui lui sont déleg"ués, toutes les mesures de Salut public (i).

Signé : Barkre, Prieur (de la Marne), Hérault-Séchelles, Carnot, Billaud- Varenne, C.-A. Prieur.

Une lettre particulière d'Hérault de Séchelles devait en môme temps enflammer son courage! « Nous te conjurons d'aller à Nantes sur-le-champ ; nous t'envoyons un arrêté qui te presse de purger cette ville. Il faut sans rémission évacuer, la liberté ne compose pas, nous pourrons être humains quand nous serons assurés du suc -

(t) Lettre du Comité de Salut public, 29 septembre 93. Recueil Aulard. Autre lettre du Comité de Salut public à Carrier: Placé au faite des « opérations et des mouvements, le Comité en trace l'ensemble, il donne l'impulsion, mais il ne peut descendre aux intérêts particuliers lorsque des intérêts généraux l'appellent et l'occupent. Des intrigans l'assiégeront, tu ilois t'y attendre, ils sont faciles à connaître; ils sont marqués du cachet de la bassesse, l'intrigue rampe, le i)atriotisme marche le front levé ». Signé : Carnot, Collot-d'Herbois. Billaud-Varenne, C.-A. Hneur. Arch. Nat. W, 493-479, 2« partie, 37* pièce.

ces. Cours de RennesàiSanles etde Nantes à Rennes (i). » Le Comité avait bien choisi son mandataire, Carrier bouillait d'impatience de se rendre à Nantes. Il était bien l'homme fait non seulementpour exécuter des ordres dans toute leur rig-ueur, mais pour en outrer la note. Il sent sa présence nécessaire pour achever à Nantes une œuvre devant laquelle avaient hésité les représentants en mission, qui tous, excepté Gillet, déployaient un luxe asiatique (2) sans s'occuper nullement de la chose publique et des individus qui la dirigent (3). Carrier n'a cessé de dénoncer et Canclaux et Bejsser, il va triompher de l'arrestation de l'un, de la destitution de l'autre (4). Il avertit le Comité que Nantes est en pleine contrerévolution, qu'il y existe deux sociétés, dont la moins nombreuse, celle de Saint- Vincent, est dans les bons principes, tandis que l'autre conspire ouvertement.

Si bien renseigné qu'il se croit être, ses collègues, dont il fait si triste éloge, ne lui laisseront pas le soin de fixer le sort des sociétés populaires. Avant l'installation du représentant, l'une d'elles aura vécu.

(1) Dans celte même lettre Hérault développait une de ses maximes: o Le caractère de la représentation nationale se développe avec bien plus de force quand les représentants ne séjournent pas dans un endroit; quand ils frappent en passant de grands coups et qu'ils laissent (sauf à la suivre) la responsabilité sur -ceux qui sont chargés d'exécuter. Lettre d'Hérault de Séchelles. Arch. Nat. W, 493, n» 479, 2" partie, pièce 19. Original dans l'armoire de fer.

(2j Généraux sans-culottes et représentants étaient coutumiers du fait. En voici quelques exemples.

Les volontaires rapportaient que» Santerre à Sauraur vivait dans un luxe asiatique ; qu'il a les plus belles voilures, les meilleurs cuisiniers, les plus jolies femmes.» — A. Schmidt. Tableaux de la Révolution, I, p. 23.

Ghasle disait à la Convention en parlant de Berruyer : Jamais général n'a affiché un luxe aussi insolent et l'on ne parlait devant lui qu'en pliant le genou. — Moniteur du 26 avril 93. Séance du 24.

« Ronsin, général ministre, se fait traîner en compagnie de quatre courtisanes dans un char fastueux escorté par oO hussards. » Compterendu de Philippeaux.

Des représentants du peuple voyagent dans des berlines à 6 chevaux, tenant les baigneurs trois heures pour se faire coiffer et tonnant dans les hôtels quand il n'y a pas au moins six bougies sur la table. — Mercier du Rocher. Mémoires manuscrits, \" cahier, p. i87. Bibl.de Nantes.

(3) Lettre de Rennes du 4 octobre. Carrier au Comité.

(4) Beysser avait été suspendu une première fois de ses fonctions en juillet, en raison de son adhésion à la protestation fédéraliste. (Arrêta des représentants Merlin, Gillet et Gavaignac.) De plus, Beysser venéil d'ôtre mis en déroute à Montaigu, 22 septembre.

CORRESPONDANCK DE CARRIER r,3

Poussant toutau noir, Carrier prévient le Comit<'; qu'on le trompe sur le nombre des révoltés : leur armée s'élève à plus de deux cent mille hommes.

Son devoir l'appelle à Nantes, il le sent, et n'était une indisposition qui le retient à Rennes, il volerait déjà dans la ville fédéraliste pour « destituer les autorités constituées», faire toutes les réformes que commande le Salut public.

« Quoique ma présence soit très nécessaire à Rennes, qu'elle le fut à Vitré et dans le Morbihan, dit-il en finissant, j'irai à Nantes demain ou après-demain et reposezvous là, commepartout ailleurs, sur ma fermeté inébranlable à dénoncer, à terrasscrtous les abus, tous les traîtres et les conspirateurs. Ne cessez pas un seul instant de porter vos regards sur la Vendée; dirig-ez-y le plus de forces qu'il vous sera possible. Ce foyer de contre-révolution est plus redoutable que toute la coalition des puissances ennemies. Il ne faut qu'une étincelle pour propager un incendie dans toute la ci-devant Bretagne. Envoyez un général sans-culotte sur lequel on puisse compter, les instants sont plus pressants que vous ne sauriez imaginer (i). »

Carrier est dans la note de Barère sur le chancre politique qu'est la Vendée. Le remède, il l'indique, en cela d'accord avec Ronsin et Bouchotte. En place de généraux ayant l'habitude de la guerre, de Canclaux(2),

(1) Lettre du 4 octobre.

|2) Canclaux, Auberl-Uubayet n'avaient contre eux que d'être nobles et d'avoir montré de rbumanito. Grouchy, qui servait sous leurs ordres, s'était fait un titre d'une blessure pour éviter l'application du décret du 9 septembre qui l'excluait, en qualité d(i noble, de l'armée. Un de ses ordres du jour nous a été conservé, celui du 20 septembre; Léonidas, Laval, Loyauté.

Il est défendu à tout militaire de l'armée d'incendier aucune maison sans ordre des représentants du peuple et des généraux.

Il est défendu d'attenter à la vie des femmes, des enfants et des vieillards.

Il est défendu de ■porter atteinte aux propriétés et de piller. Les propriétés des brigands appartiennent à la République. Ce n'est point aux soldats d'en disposer, etc. Dépôt de la guerre cité par Wallon, Représentants en mission, t. I, p. 457.

On aura l'occasion de comparer ces ordres à ceux de Carrier et de Turreau.

d'Aubert-Diibayet, de Grouchy, qui ont des succès à leur actifet jouissent de la confiancedu soldat, il paraît rationnel d'envoyer un bon sans-culotte.

Barère, dans son rapport (i) sur « l'inexplicable Vendée », avait souligné la jalousie des généraux qui faisait « plus de mal à la France que les trahisons », il avait insisté pour qu'un seul g-énéral commandât en chef l'armée active contre la Vendée et que le Conseil exécutif présentât sans délai un général reconnu pour son audace et son patriotisme, capable d'amener l'armée révolutionnaire d'ici le i6 octobre entre Mortagne et Gholet. Le Comité suivit le conseil de Barère, fit décréter qu'en effet un seul général aurait le commandement, mais les Mayençais étant devenus suspects (2) et Rossignol pour le moment impossible (3), Bouchotte, toujours bien ins-

(1) Rapport de Barère, lu le \^' octobre. Moniteur du 7, 16 du!»' mois de l'an II, tome XVIII. On connaît ce^ discours à effets où revenait sans cesse le « Delenda est Carthago ». Détruisez la Vendée et Lyon ne résistera plus; djtruisez la , Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens... »

(2) On se rappelle qu'on nommait ainsi les officiers et les soldats sortis de Mayence après la capitulation, avec les honneurs de la guerre. Ganclaux avait appelé à lui, au commencement de septembre, ces troupes aguerries qui avaient d'excellents officiers, à leur tète, Aubert Dubayet et en sous-ordre, Kléber et Marceau.

(3) Après la défaite de Coron, où l'armée de Rossignol (45,000 hommes) commandée par Santerre. Turreau et Ronsin fut mise en déroute par quelques milliers de Vendéens, il fallut bien s'en prendre à quelqu'un. Phiiippeaux. dans son Rapport au Comité de Salut public, n'hésita pas à rendre responsables « d'une perfidie caractérisée » Rossignol, et surtout Ronsin qui « dirige et gouverne en maître tous les mouvements militaires » et ne fut pas démenti par les représentants de l'armée de Brest, Reubell, Gillet, Merlin (de Thionville), Gavaignac. — Ce dernier écrivait d'Ancenis: « Quoique je ne me fie plus à aucun général, cependant Canclaux a encore ma confiance. Je ne vois à l'armée que des généraux sans talens et sans expérience, le matin invisibles, le soir intraitables. Avec des généraux comme Ronsin et Rossignol peut-on faire de bonne besogne'? » L'opinion de Reubell n'était pas plus édifiante. A la nouvelle que Rossignol va obtenir la direction de la Guerre de Vendée il écrivait à Barère: « Que Ronsin le désire I Cela n'est pas surprenant, puisque c'est lui qui gouverne Rossignol qui n'est que son mannequin, mais quand il n'y a pas un homme dans l'armée qui ne convienne que Rossignol n'est pas général, que ce n'est qu'un homme de paille que tous les intrigants que l'environnent font mouvoir à leur gré, quand Rossignol lui-même avoue qu'il n'est qu'un orfèvre et qu'il n'a pas la moindre des qualités nécessaires pour un commandement de cette importance, on no peut le lui confier sans ti.ihison ou sans se rendre complice de son ineptie. (Lettre de Reubell ^1 Barère, 13 septembre 93, Nantes, imprimée par ordre de la Convention

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