LES GÉNÉRAUX
pire, s'en rapportait aux conseils de Carrier, de Vincent et de Ronsin. L'ancien orfèvre Ronsin avait rebondi sur ses talons ; se sentant soutenu par les représentants de la Rochelle (i)ct à Paris par la Commune, il se hâtait de prendre le commandement de l'armée révolutionnaire et par ses intrigues faisait rappeler Auhert Dubayet, Mieckowski, (îrouchy. Rossignol était transféré de l'armée de la Rochelle à celle des côtes de Brest et au lieu de Canclaux (2), qu'on s'attendait à voir prendre le commandement de l'armée de la Rochelle devenue armée de l'Ouest, le ministre nommait Léchelle (3), dont la nullité
du 8 vendémiaire an III). Voir Sa.vary, Guerre des Vendéens, t. II, p. 188, et lo rapport de Santerre. Savary, t. II, p. 161.
(1) Fayau, Bellegarde, Choudieu.
(2) Canclaux reçut sa lettre de rappel sur le champ de bataille de Tiffauges, où il venait d'être victorieux, 4 octobre. Sa disgrâce suivit donc de quelques jours celle d'Auberl-Dubayet. Ces changements inconsidérés étaient gros de conséquences; on se demande comment Garnot, qui n'est pas encore parti pour l'armée du Nord (il vient de signer la lettre à Carrier), a pu les laisser s'exécuter.
Mercier du Rocher raconte sur les conséquences de ce rappel un fait assez curieux. S'il s'est trompé — sa probité ordinaire en est garante, il l'a l'ait de bonne foi. « Les Mayençais qui auraient pu envahir Mortagne sur-le-champ s'arrêtèrent au milieu de leur triomphe en attendant un autre général en chef. Quelques officier." vendéens encore existants ont assuré que les Mayençais, furieux de se voir enlever leurs généraux, envoyèrent au cKevalier des Essarts, alors posté à Saint- Fulgent, une députation de 8 grenadiers avec l'offre de passerions au service des royalistes moyennant une paye régulière. » Au conseil supérieur de Chàtillon, Beauvollier proposa de i)Ourvoir aux fonds nécessaires en convertissant en monnaie les vases et argenterie d'église trouvés à Fontenay. Cette proposition fut repoussée comme sacrilège par le curé deCholet. le prieur de Saint-Laurent et d'autres conseillers vendéens. L'intendant général et les autres officiers qui appuyaient la proposition n'osèrent insister dans la crainte que leur avis ne parvînt à la connaissance des Vendéens et n'excitât leur fanatisme et leur indignation. Ces mêmes vases sacrés, auxquels on n'osa pas toucher, devinrent ensuite la proie des ennemis ». (Mém. inédits et inachevés de Mercier du Rocher. Manuscrit de Nantes, copie d'Alph. de Beauchamp, annotée par Benjamin Fillon. 9« cahier, p. 90.
Si le fait est viai, on peut conclure avec Mercier que la face de la guerre eût été changée. Barantea répété ce fait que l'armée de Mayence voulait se vendre {Ihst. de la Convention). Grille, Vendée en 93, l'a combattu, t. III, p. 86.
(3) Léchelle, ancien maître d'armes à Saintes, commandant du 1" bataillon de Charente, avait fait partie de la garnison de Valenciennes qui sortit avec les honneurs de la guerre. Vincent le découvrit àLaoa sur les indications de Ronsin et le fit nommer général de brigade avec commandement à la Rochelle. C'est là que Bouchotte vint lo chercher en raison de « sou patriotisme et de sa capacité militaire » pour en faire un général en chef. Léchelle prit pour chef d'é^at-major le comédien Robert, ancien aide-de-camp du général Fabre-Fônds, qui était promu
et l'ignorance étaient indiscutables, mais les sentiments révolutionnaires avérés.
Carrier est arrivé avec son plan tout fait : « briser les autorités constituées, dissoudre le club fédéraliste, en ui mot danser rondement la Carmagnole». Pourquoi faut-il que l'arrivée des représentants Prieur (de la Côte-d'Or) et Hentz et du nouveau général en chef quil a demandé le forcent d'abord à se rendre à l'armée? Il a eu le temps cependant de se rendre compte que les prisons de Nantes sont remplies de gens arrêtés comme champions de la Vendée, il a soin d'indiquer ses intentions à leur égard : « Au lieu de m'amuser à leur faire leur procès, je les enverrai à l'endroit de leur résidence pour les y faire fusiller. Ces exemples terribles intimideront les malveillants (i). »
Ce à quoi le Comité répondra sans tarder :
« En continuant comme vous faites de purger le corps politique de toutes mauvaises humeurs qui y circulent, vous accélérez l'heureuse époque où la liberté, assise sur les ruines du despotisme, fera goûter au peuple français le vrai bonheur (2). »
Avant de « purger le corps politique », suivant l'élégante expression de Barère, Carrier se rend à l'armée pour « introniser » son nouveau chef.
Il annonce au comité son arrivée à Montaigu, le 9, il exprime son regret d'avoir été obligé de quitter Nantes sans terminer (il ne faisait que d'y arriver) ses opérations révolutionnaires, « car il jouissait dans ces contrées de la confiance de toute la sans-culotterie et son seul nom inspirait un salutaire effroi à tous les contre-révolutionnaires, à tous les fédéralistes ». Il a laissé les fonctions proconsulaires à Méaulle et aux autres représentants, mais il a peur qu'on n'emploie pas « cet appareil ' révolutionnaire terrible pour les malveillants, triom-
général de division le 3 octobre. Ce Robert deviendra l'ami et le con- I seiller deTurreau.— Savary, Guerre des Vendéens, etc., t. Jl., pp. 201 et H suiv. — Chassin, la Vendée patriote, i. III, p. 17l. \\
(i) Arch. nationales, AF II, pièce 95. Midi. '
(2) Id,, pièce 94.