‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 16 sur 124 · IGNORANCE DE LÉCHELLE · texte numérisé non relu

IGNORANCE DE LÉCHELLE

les efforts fait pour la corrompre (ij, maisdans les mains de Léclielleje protéine de r4arrier, que serait-elle devenue si les représentants, bien inspirés cette fois, n'étaient tombés d'accord au bout de quelques jours pour laisser à Kléber — qui avait déjà commandé provisoirement — la conduite des opérations.

Dès le commencement, Léchelle donnait des preuves d'une i^-norance absolue, demandant sérieusement « ce queVétait que Noirmoutiers (2) » d'une insouciante lég-èreté, quand, à Kléber qui lui montrait sur la carte le plan de campagne à exécuter — le plan de Ganclaux — il répondait : « Oui, ce plan est fort de mon goût, mais c'est sur le terrain qu'il faut se montrer ! Il faut marcher en ordre, majestueusement et en masse (3) ! »

En attendant, les débuts assez peu heureux de la campagne (Charette s'était emparé de Noirmoutiers, Ghalbos avait dû évacuer Chatillon) ne laissaient pas de décourager les représentants |)ersuadés jusque-là « qu'il suffisait de la division des Mayençais et d'un général en chef comme Léchelle pour terminer la guerre en quinze jours ». Choudieu (4) ne cesse d'accuser « la lâcheté et l'impéritie des généraux », il ajoutait même « des représentants (5) » ; ses collègues Bellegarde et Fayaune mettaient pas en doute que /'or de Pitt et de Cobourg n'eût oassc par là ,C\\o\\d\(i\x encore, réclamait contre Ganclaux, accusait Tuncq qui avait laissé battre Lecomte à Ghantonay, accusait surtout son contradicteur habituel Phi-

(t) Bouchotte écrivait à Léchelle le 14 octobre : « Surveillez l'armée de Mayence, tâchez d'ea former sans affectation des têtes de colonne dans différentes divisions. Il faut détruire l'esprit de corps et qu'il n'y ait d'autre émulation que de servir la patrie. » — Savary, II, 238.

(2) Savary, II, 237.

(3) Savary. II, 261.

(4) Choudieu demandait qu'on rappelât les représentants, en exécution du décret du 13 octobre, et qu'on examinât la conduite de chacun d'eux.

(5) Après V épuration des généraux, la Convention avait renouvelé en partie les représentants. «Cinq commissaires suffiront, dit Barére dans son rapport du 13, et sur la proposition du Comité devront être seuls maintenus: Carrier. Bourbotte, Pinct, Louis Turreau, Francastel. Les autres, c'est-à-dire Reubell, Cavaignac, Philippeaux, Ruelle. Choudieu, Merlin, Gillet, etc. .étaient bientôt rappelés. — Moniteur du U octobre. Séance du 13, t. XVIII, p. 120.

6o CARRIER A NANTES

lippeaux, qui avait dénoncé les sans-culottes Ronsin, Rossignol et Santerre (i). Dans ce désarroi des généraux et cette rivalité de représentants, comment assurer un plan suivi ?

La marche sur Beaupréau et Cholet, qu'obtenait l'intelligente obstination de Kléber, — c'était du reste l'ancien plan de Canclaux, — devaitchanger le théâtre de la guerre, car, écrasés dans les deux combats de Cholet, les Vendéens, suivant le premier plan de Bonchamp (2), repassaient la Loire, emportant avec eux trois de leurs chefs mourants; Lescure, blessé à la Tremblaje, Bonchamp et le généralissime d'Elbée (3). Cette lutte de deux jours entre les « mouchoirs rouges » (4) et les troupes républicaines fut héroïque ; les Vendéens combattirent en vieilles troupes aguerries. Au lieu de s'égailler, de s'éparpiller comme c'était leur habitude, ils marchèrent contre les canons de Dambarrère en colonnes serrées, et les divisions de Mayence et de Luçon, beaucoup moins fortes en hommes (5) que la « grande armée catholique et royale », eurent grand'peine à se frayer un passage. L'entrée dans la ville de Cholet ne fut pas — chose extraordinaire, et quoi qu'en ait dit ma-

(1) M. Wallon, le-i Représentants en mission, I, p. 169. Lettres de Saumur, 13 octobre, d'après le dépôt de la guerre et rapport de Choudieu et Richard, p. 17. Savary, t. li, pp. 2i60 et suivantes.

L'or de Pitt dont on parle toujours, ici Fayau et Bellegarde, plus tard Léchelle, reste un point de doute. Choudieu et Richard disent que jamais Pitt n'a fait passer le moindre secours aux rebelles de la Vendée, qu'il ne leur a jamais envoyé que des promesses. Rapport, p. 17. Les Anglais n'ayant pas d'intérêt à soutenir les Vendéens, Pitt serait resté ainsi dans les traditions de son pays.

(2) Bonchamp avait toujours été d'avis de porter la guerre sur la rive droite. M"» de la Rochejaquelein, Mémoires, p. 273.

(3) D'Elbée survécut à ses blessures, fut transporté à Noirmoutiers que détenait Gharettc, et y fut fusillé après la reprise de l'île, le 20 nivôse.

(4| On appelait ainsi les Vendéens à cause des mouchoirs rouges, fabriqués à Cholet, qu'ils portaient sur leurs tètes.

(5) L'armée républicaine comptait une vingtaine de mille hommes, 17.000 d'après Carrier (rapport à la Convention), 45.000 d'après M""" de la Rochejaquelein, 22.000 d'après Savary qui teul est en étal de donner un chiffre exact. Les royalistes, moins les 4.000 hommes de Talmont détachés à Varades, pouvaient avoir de 30 à 40.000 hommes, M. de Beauchamp répète ce dire contre lequel Savary s'inscrit en faux, t. II, p. 271.

CARRIER AU FEU Ci

(lame de la Rochejaqueleiii (i) — l'occasion de pillages et d'incendies, mais l'on peut être saisi d'un doute, quand on entend Carrier affirmer que les autres représentants et lui « tinrent aux habitants de Cholet le langage de la plus douce fraternité (2) ». Tenons-nous en à ceci. Savary ne parle pas d'excès, bien que les chasseurs de Westermann — le pillard par excellence — eussent été chargés de la poursuite jusqu'à Beaupréau et l'on doit supposer que les 3o.ooo rations de pain, le moulin à poudre et les munitions de toute espèce, abandonnés par les Vendéens, suffirent à contenter les vainqueurs (3) (17 et 18 octobre).

Kléber, Beaupuy, Marceau avaient eu les honneurs de la journée. Dans son rapport, Kléber signale la bravoure du représentant Merlin, « toujours en avant, » mettant pied à terre dès qu'on avait pris une pièce à l'ennemi et la pointant contre les rebelles, mais il ne saurait en dire autant de tout le monde. — « S'il n'est pas fait mention du général Léchelle et de son acolyte Ronsin, c'est que personne ne peut assurer les y avoir vus (4). » — Toujours hors de portée du canon, Léchelle s'est tenu loin de l'action, à mi-côte du chemin de Boisgroleau et se plaignait de la sohtude où on le laissait (5). Dembarrère lui répondit : « Allez au feu, vous y trouverez bonne compagnie, w

Si Léchelle a témoigné de son instinct de conservation— nous le verrons tout à l'heure affirmer sa lâcheté — Carrier, pour son coup d'essai, a fait mieux. Il a soin de faire connaître qu'avec son collègue Turreau il était à l'aile droite, qu'ensuite ils revinrent au centre, où se portaient les brigands, qu'il eut un cheval tué sous lui, qu'en ayant pris un autre il parvint à rallier trois mille

(1) M""» de la Rochejaquelein. Mémoire^, p. 276, 1" édition.

(-') Rapport de Cai'riei'.

(3) Rapport de Cartier. Rapport de Beaupuy au général en chef. — Savary, t. H, p. 275. Rapport de Léchelle, p. 277.

i4) Rapport de Kléber. — Savary, II, 2t)7.

(•■1) Rapport de Kléber. — Savarv. tome II, p. 267. Grille, lu Vendée en <J3, toaie II, p. 292.

fuyards (i) ; malheureusement pour lui, des témoins ont parlé de sa conduite en avant de cette division MuUer, qui, arrivant en renfort, fut prise de frayeur et jeta le désordre dans la ville de Cholet. Loin d'er^pècher la panique, Carrier suivit le mouvement, puis, faisant volte face, s'enfuit en abandonnant son cheval(2). Prieur (de la Marne), Merlin (de Thionville) et Saint-Just se comportaient autrement sur les champs de bataille ! Quoi qu'il en fiit,les journées de Cholet étaient un g-rand succès (3), si on avait su empocher le passage du fleuve. Dans son rapport, Léchelle ne manquait pas de s'attribuer tout l'honneur — qui revenait de droit aux Mayençais. Il rentrait à Nantes avec les représentants, sans se préoccuper de la marche de l'armée vendéenne, qu'il croyait désemparée ; par sa négligence, il laissait passer la Loire aux brigands qu'il aurait pu noyer jusqu'au dernier dans le fleuve(4). Ce qu'il ne savait pasen écrivant le 19, il l'apprend le 20 en arrivant à Nantes : les Républicains n'ont pas tenu à Varades contre le petit corps d'armée de Talmont et de D'Autichamp (5) ; le passage de la Loire était dès lors assuré (6).

De Saint-Florent, après avoir, sur l'ordre de Bonchamp mourant, rendu cinq mille prisonniers à la liberté (7), les

(1). Rapport de Carrier à la Convention.

(2) Savary, tome II, p. 265. Lescadieu et Laurant, t. II, p. 13, M. Chassin, la Vendée patriote, t. III. Mémoires de M™" de Bonchamp. « La division de Muller .s'enfuit jusqu'à Angers. »Westermann, Campagne de Vendée, page 20.

(3) Rapport de Léchelle. Savary, p. 277. Grille, op. cit., 295.

(4) Rapport de Philippeaux, p. 19.

(5) Rapport de Beaupuis, Savary, page 283. M™" do la Rochejaquolein. Mémoires, p. 279. Duchatellier, Ilist. de la Révolution en Breta gne, III, p. 182.

(6) Westermann avait demandé des secours pour pouvoir se porter à Saint-Florent et pousser l'ennemi dans la Loire. Léchelle ne rejoint qu'à 7 heures du soir et pendant toute la journée l'ennemi avait passé tranquillement la rivière. Westermann, Campagne de Vendée, p. 18.

Sur ce point lutte de plume entre Philippeaux et Ghoudieu. Philippeaux ayant dit ; « L'état major laissa passer la Loire aux brigands qu'on pouvait noyer, dans le fleuve », Ghoudieu reproche à Philippeaux de n'avoir pas été présent et par conséquent d'être mal renseigné. Il avoue pourtant que si les postes qui occupaient Varades et Ancenis eussent opposé de la résistance, on aurait pu les noyer dans le fleuve,

Réponse de Philippeaux, publiée par sa veuve, p. 66. Pierre Ghoudieu à la Convention.

(7) Savary, p. 278. Voir sur cet émouvant épisode les détails donnés

Page 1