‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 17 sur 124 · LES REPRESENTANTS ET KLEBER · texte numérisé non relu

LES REPRESENTANTS ET KLEBER

Vendéens se dirig-eaient vers le nord, conduits par la Ilochejaquelein. leur nouveau général en chef. Maîtres d'Ancenis sans difficulté, ils pointaient déjà surChàteau- Gontier et Laval, tandis que généraux et représentants hésitaient encore sur le parti à prendre. « Poursuivre les brigands sans relâche et sans les perdre de vue, » tel sera l'ordre de Léchelle; mais on leur a donné du champ et la poursuite, fort mal organisée, aboutira à une déroute que Kléber, obligé d'obéir à Léchelle, ne parviendra pas à enq:)écher.

Les représentants s'étaient trop hâtés de chanter victoire. Du découragement ils étaient passés à l'optimisme en apprenant la résolution désespérée des royalistes, et Bourbotte, Ghoudieu, L. Turreau, Francastel, sans attendre le résultat de ce changement dans le théâtre de la guerre, se croyaient en droit d'écrire à la Convention: ÈK Nous pouvons dire qu'il n'existe plus de Vendée encore )ien que tous les rebelles ne soient pas exterminés (i)! » [erlin, dans son enthousiasme, s'écriait: « Faites une >roclamation, montrez Lyon rasé, la Vendée en cendres ïi le sang des traîtres inondant le pays (a)! » Ce qui fait lire à Kléber: « Merlin et ses collègues, toujours outrés ians leurs aperçus, ou peut-être par des motifs de poliique, écrivirent alors au Comité de Salut public et à la Convention : Vive la république ! la guerre de la Vendée ^st finie... Hélas! elle n'avait fait que changer de théâtre (3) ! »

L'effet cependant fut produit et après la lecture de tous :es rapports dégoûtants de mensonge, suivant l'exprès ïion de Kléber, Barère faisait signer une proclamation )arle Comité et, renchérissant sur le tout, jetait son cri le triomphe: La Vendée n'est plus (4)!

fehapitre XIX. Léchelle se vante d'avoir délivré les prisonniers (letlrc lu 19). Carrier, son émule en mensonge, répète cette assertion dans son Rapport.

(1) Lettre du 21 octobre, Angers, lue à la Convention le 24 (3 bruaaire).

(2) Savary, t. H, 287.

(3) Id., p. 280.

(4) Séance du 23 octobre. Moniteur du 25. Savary, p. 285. Plus de

— A Nantes, on est loin de partag-er les illusions des représentants ; on s'attend au contraire à voir les brig-ands attaquer la ville et les représentants ont fait appel à la g-arde nationale.

« J'ai trouvé, dit Carrier, dans son rapport au Comité du 19, les patriotes dans la joie et les contre-révolutionnaires dans la consternation(i).»Il ne doute pas qu'au passage de la Loire, après les combats livrés sous ses yeux, le fleuve ne l'ait débarrassé d'une partie de ses ennemis. — « Je tâcherai, écrit-il en terminant, de rester ici quelques jours; je vais faire en sorte aujourd'hui de faire fusiller les grands coupables, ceux qu'on a trouvés nantis des instruments de rébeUion. Tout ira, mais, foutre, il faut des exemples terribles et la poursuite des brigands que nos troupes et nos généraux désirent aussi ardemment que nous (2). »

Il ne semble pas qu'à cette date il ait eu le temps de mettre en pratique son dessin de répression. Il croyait encore sa présence nécessaire à l'armée (3) et il a accompagné Léchelle jusqu'à Ancenis. Il trouve là l'armée démo-

Vendée, s'écriera Philippeaux.il ea existait deux au lieu d'une, depuis qu'on avait laissé prendre Noirmoutiers, Machecoul, et l'île Boin par l'armée de Gharette et que le surplus des rebelles se trouvait seulement transféré d'un pays affame par la dévastation et l'incendie dans une contrée fertile. Lettre au Comité, 16 frimaire.

C'était le mot d'ordre général. Dans le rapport d'un Hébertiste, Momoro, on lit : « On annonce la prise de Mortagne et de Cholct. Il ne restait aux brigands que ces deux repaires. Ils sont détruits. La Vendée va bientôt n'être plus. » Et un peu p'.us loin : « Nous venons de détruire la Vendée. » Rapport de Momoro, commissaire nati(mal, membre du directoire du département de Paris, envoyé par le Conseil exécutif dans les départements de l'Ouest en proie à la fureur des rebelles. Paris, 22"" jour du 1"' mois de la 2"" année.

« La Vendée est détruite écrit Jullien, de^ Vannes (22 octobre), les rebelles dispersés, les chefs ou tués en combattant ou immolés de leurs propres mains. Il n'y a plus que quelques prêtres dans les campagnes, mais nous avons des républicains à leurs trousses et le fanatisme aura la honte du fédéralisme... Votre collègue Prieur (delà Marne) arrive à l'instant de Brest, il croyait trouver la Vendée. Elle n'est plus! ça ira! » — Papiers trouvés chez Robespierre. Courtois, p. 245. Décidément Kléber avait raison dédire que les rapports étaient dégoûtants de mensonge.

(1^ M. Wallon, les Représentants en mission, I, p. 171.

12) Revue rétrospective, t. V, p. 107,1836.

(3) Rapport de Carrier à la Convention.

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lalisée et pleine de défiance pour son cliel", des défenseurs accablés de falit^ue, sans souliers, sans viande, sans pain, sans eau-de-vie ; « cette péiuirie déciiiranti; n le rap[)elle à Nantes où il s'attelle à une nouvelle besojy;-ue, réquisitionnant cuirs et draps, or^çanisant des ateliers de chaussures et d'habillement (i). Une justice à rendre à Carrier — et les témoit(nai!^es sont unanimes à ce sujet (2), — c'est qiu; dans ce rôle d'intendant militaire il a rendu de réels services à l'armée. Plûl au ciel qu'il ne se fût occupé de la guerre qu'à ce point de vue utilitaire!

L'armée vendéenne, marchant à ç^randes journées, ne tardait pas à atteindre Candé, Château-Gonthier et Laval. Sur cette dernière ville, siège de la principauté de Talmont, s'étayait toute espérance. L'armée de Léchelle suivait péniblement, Beaupuy et Westermann n'arrivaient que le 20 à Chàteau-Gonthier avec des troupes harassées; malgré cela l'imprudent Westermaun se mit dans le cas (Tètrc obligé de livrer bataille ; forcé de battre en retraite il se réfugiait à Château-Gonthier, après avoir perdu beaucoup de monde (3).

Ce premier échec devait, le lendemain, se changer en désastre parl'ineptiedu plan de Léchelle. Il força l'armée, forte d'environ 20.000 hommes, à s'avancer en fde sur une seule colonne dont rien ne g-arantissait les flancs. La Rochejaquelein, profilant de cette manœuvre inouïe que ni Kléber ni les autres g-énéraux ne purent empêcher, fit charg-er avec tant de vig-ueur que la tête de colonne fut ébranlée et que la panique s'empara de toute l'armée, l ne batterie d'artillerie, enlevée aux bleus et dirigée aussitôt contre eux, fit le reste. La division Chalbos a fléchi, le gros des troupes s'enfuit en débandade, le général Bloss est tué, Beaupuy grièvement blessé. Kléber et un lot de Mayençais d'un côté, L. Turreau et Merlin

(1) Rapport de Carrier.

(2) Goupilleau, son ennemi, qui a signalé les fureurs absurdes de Carrier, lui rend lui-niêniu ce témoignage. Nous aurons â noter encore la prévoyance deCirrier à l'épocjuc du second passage de la Loire, où il ût saisir tous les bâtiments et empêcha les Vendéens de traverser le ileuve.

(3) Savary, Guerre des Vendéens, t. II, p. 297.

de l'autre sont impuissants à rallier les fuyards (i). Le triste Lôchelle a du reste donné l'exemple de la fuite. En se retirant à Château-Gonthier, tandis que quelques bataillons de Kléber se battaient encore à Entrammes, il s'écriait : Qu'ai-je fait pour commander à de tels lâches? — Un soldat Mayençais blessé lui répliqua : Qu'avonsnous fait pour être commandés par un tel j... f. .. (2)? » Le lendemain au Lion d'Angers, quand Léchelle voulut parcourir les rang-s avec Kléber, il n'y eut qu'un cri : (( A bas Léchelle ! » — Puis « Vive Dubayet, qu'on nous le rende! vive Kléber (3) ! » — Léchelle (4) s'arrêta, n'osant continuer, et alla se plaindre aux représentants. Ceux-ci se décidèrent à agir. Bien qu'abandonné de tous (5), Léchelle aurait désiré « oublier cette infortune et song-er à la réparer par de nouveaux efforts (6) », les représentants ne lui en laissèrent pas le loisir et le remplaçaient par Chalbos, le plus ancien divisionnaire, après

(1) Savary, Id., 299 et suivantes.

(2) Id., p. 306. Notes de Kléber.

(3) « Je voulus parler aux soldats, ajoute Kléber; et leur faire sentir qu'en eux-mêmes dans leur p(;u de fermeté se trouvait en grande partie la cause de la défaite honteuse qu'ils venaient d'éprouver ; mais lorsque je me vis au milieu de ces braves gens, qui jusqu'ici n'avaient connu que des victoires et qui tant de fois s'étaient couverts de gloire, lorsque je les vis se presser autour de moi, dévorés de douleur et de honte, les sanglots étouffèrent ma voix, je ne pus proférer un seul mot, je me retirai. » Id., p. 307.

(4) Louis Blanc ne manque pas de défendre Léchelle comme il a défendu Rossignol et rejette la faute sur les Mayençais, l'esprit frondeur de Kléber, etc. Kléber avait certainement le sens de la critique très développé, mais il obé'issail quand même. — Louis Blanc, qui épouse la querelle des généraux de Saumur, appelle ces tristes dissentiments dont le résultat était le désordre et la défaite, « la lutte de l'élément purement militaire contre l'élément démocratique ». II aurait peut-être mieux valu que les talents militaires ne fussent pas aux ordres de fantoches comme Léchelle et Rossignol, dont l'unique vertu était d'avoir des sentiments révolutionnaires. On verra ce que purent faire les mêmes troupes quand Kléber et Marceau les commandaient. — Voir L. Blanc, tome X, pages 48 et suivantes.

(.^) Westermann disait hautement au milieu de la route : « Non jo n'obéirai point à un lâche. Je suis un insubordonné... Je demande un congé ou ma démission. » — Les Représentants lui permirent d'aller à Niort. Kléber, toujours prudent, manifestait peu et contenait sa rage, soutenu au reste par la confiance du soldat. En revanche il écrivait f Ses précieuses notes ont fait la lumière sur cette phase de la guerre ou régna la sans-culotlerie.

(t>) Letlre de Boucholte, 31 octobre. Lettre de Léchelle au ministrr — Savary, II, 312, op. c.

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