‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 18 sur 124 · LES MAYENÇAIS C · texte numérisé non relu

LES MAYENÇAIS C

le refus de Kléher (i). Le Comité de Salut public acceptait les faits accomplis, mais n'enlevait nullement sa confiance à Léchelle qui se retirait pour raisons de santé. On l'autorisait à faire connaître les « traîtres et les intriguants qui compromettaient le salut de la République ». Léchelle ne se lit pas faute d'abonder dans ce sens, d'accuser l'or de Pitt qui avait acheté les Mayençais ; il s'eng-a^eait, aussitôt sa santé rétablie, à donner à la République de nouvelles [)reuves de son dévouement ; mais le conjjé de santé lui fut fatal. A peine rentré à Nantes, où l'attendait la sympathie de Carrier, la seule qui lui fut restée fidèle, Léchelle tomba réellement malade; son aide-de-camp Pinoteau mandait le ii novembre au Comité de Salut public que le g'énéral était à toute extrémité. Il mourait en effet le lendemain. — La mort l'avait pris si vite que des bruits de suicide coururent dans la ville. D'après une lettre particulière de Nantes du 22 brumaire, (f le g^énéral Léchelle, qui commandait en chef l'armée de rOuest et qui est cause de la déroute de Laval, s'est empoisonné hierausoir.il est mort deux heures après (2)». Rien n'est moins prouvé, bien que Philippeaux l'ait répété (3). Léchelle étant delà catég-orie des généraux que le Comité de Salut public respectait, même après la défaite, n'avait pas à craindre l'échafaud réservé aux Custine, aux Beauharnais, aux Biron. Remis de cette maladie qui l'enleva — politiquement elle était oppor-

(U Kléber, têle froide, esprit critique connue on sait, mais bon conseil, le Nestor des généraux comme on l'appelait, refusa plusieurs fois le commandement en chef. 11 avait même hésité, étant adjudant-général, * accepter le brevet de général. Il faut se rappeler qu'à cette époque le titre de général menait souvent à l'échafaud. Plus tard, en attendant l'arrivée de Turreau, il fera donner à Marceau le commandement par intérim qu'il aurait pu garder pour lui. — Voir Savary, Guerre des Vendéens.

(2) Lettre citée par M. Wallon, Représentants en mission, I, p. 11*. — Voir à ce propos l'Histoire de la Révolution de Louis Blanc, tomo X, p. 55. L'historien qui reproche si amèrement aux autres de ne puiser qu'à une source d'informations, commet lui-même la même faute. Il se contente de l'assertion de Clioudieu, qui fait mourir Léchelle « du chagrin de se voir imputer les revers de la République ».

(:<) IMiillippeaux attribue le suicide de Léchelle à la peur du supplice. Compte rendu à la Convention. — Voir Rapport de Clioudieu en rëpotise aux accusations de Philippeaux et Moniteur du 21 pluviôse.

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lune — il eût sans doute été honoré à l'ég-al de Santerre, .^ de Rossignol et de Turreau.

La déroute de l'armée avait jeté l'effroi dans la ville de Nantes dont les murs étaient encore couverts de proclamations du Comité et des représentants (i); la nouvelle surprenait Carrier au milieu de son travail d'approvisionnement. Il n'en crut pas moins devoir suivre les restes de l'armée à Angers, ovi tous les représentants se réunis-, saienl en conseil suprême. Le décret qui rappelait 1( représentants fut enfin appliqué ; quatre d'entre eux res^ taient attachés à l'armée de l'Ouest : ils firent la réparti-] tion entre eux suivant leurs aptitudes (2); à Bourbotte ej L. Turreau incombait la mission de suivre les colonnes; Francastel (3) se donnait Angers.

Carrier a la charge de Nantes, d'où il doit concerte! avec le général Haxo la prise de Noirmoutiers et dem postes occupés par les troupes de Charette (4). Fran-^ castel va l'y suivre et contresignera avec lui les premiers arrêtés qui organisent la Terreur.

Ils arrivent à Nantes au moment de la mort de Léchelle (5). Carrier en rendra compte à la Convention en critiquant un peu tardivement les capacités guerrières du général de son choix. « J'avais trouvé, dit-il, dansLéchelle un patriotisme franc qui me plul infiniment, mais je vous

(1) Adresse du 23, signée de Robespierre. Hérault, Garnot. Billaud- Varenne. Proclamation du 27, signée de Bellegarde, Ruelle. Boursault- Fayau, Gillet, MéauUe, Carrier, donnée i)ar Savary, tome II, p. 290. — Les représentants, dans cette proclamation, annonçaient la destruction des repaires de brigands, mais enjoignaient en même temps de respecter les propriétés des patriotes. On verra plus tard de quelle façon la distinction fut établie.

(2) Rapport de Carrier.

(è) Voir Bercier, la Terreur en Anjou.

(4) Rapport de Carrier.

(5) Léchelle arriva à Nantes déjà malade, d'après une autre tradition recueillie par Dugast-Matifeux. Il descendjt place Graslin, à l'hôtel de France tenu par une dame Miche. Le désespoir qu il avait conçu de sa défaite le rendit mourant après quelques jours, L'ami qui l'assistait ne le croyant pas si proche de sa fin et voulant le réconforter lui dit: Comment Léchelle, toi général en chef, tu n'as pas le cœur d'un simple grenadier!... Si, si, répliqua le moribond, et s'efforrant de se relever un peu, soutenu par le bras de son ami, il voulut encore chauler la Marseillaise, mais il expira au second vers : Le jour de gloire esl arrivé. Dugast-Matifeux, Notes sur la Révolution à Nantes. Bibl. di' Nantes.

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avoue fraternellement que j'aperçus en lui une pénurie de moyens pour proposer ou concevoir des plans d'attaque. Léchelle n'avait aucun talent militaire, mais quel bon républicain, quel bon sans-culotte! » Carrier, sous ce rapport, pourra^se contenter, — comme ses collèg-ues d'ailleurs (i), — car le bon sans-culotte sera renq)lacé par un meilleur encore, l'illustre Rossignol (2), ([ui fera riulérini juscpi'à l'arrivée de Turreau.

Mais voici la fin de la lettre où, sous couleur de pleurer Léchelle, Carrier s'attendrit sur lui-même et le vide qu'il a laissé à l'armée, a II est mort du chagrin que lui ont causé les échecs qu'il avait éprouvés près de Laval. Il voulut me voir avant de mourir. A mon approche de son lit il versa des larmes et me dit : Pourquoi avez-vous quitté l'armée, pourquoi m'avez-vous abandonné (3J? »

Pourquoi m' avez-vous abandonné î Ca.TncY avait trouvé un général pour regretter son absence de l'armée, un général qui, profanant une parole divine, invoquait celui dont les conseils auraient pu le sauver!

(1) Lettre de Turreau et Bourbotte; « Nous ne connaissions guùre que Rossignol qui eût pu ilxer notre attention et nous voyous avec plaisir que le Comité a été d'accord avec nous. »

(2) La nomination de Rossignol fut suivie de l'amalgame des Mayonçais avec les autres troupes. Bouchotte l'avait décidé en principe h l'arrivée de Léchelle. lOn ne manqua pas, après Entrammcs, de rejeter sur l'insubordination des Mayençais les derniers revers subis par les troupes ; Léchelle avait rencontré des échos au Comité de la guerre et ce mauvais amalgame qui fit tant gémir Kléber fut exécuté aussitôt. 11 eut pour résultat les insuccès de Dol et la déroule d'Antrain. L'armée de Mayence, si souvent victorieuse jusque-là, allait se faire écraser sous les nouveaux chefs que leur imposait le ministère. — Voir le compte rendu de Philippeaux. Kleber et Haxo, après Entrammcs, avaient été fort menacés. Louis Turreau leur montra généreusement une lettre du Comité de Salut public» invitant les représentants à se méfier de Kléber et de Haxo comme étant deux royalistes, à les observer de très près et à les mettre hors d'état de nuire ». Savary. tome II, page 314.

(3) Lettre du Comité de Salut public. Brumaire, citée par M. Charsin, la Vendée patriote, tome III. Carrier répéta le fait à la Convention le 3 ventôse. Léchelle, qu'on a dit s'être empoisonné, est mort de chagrin presque dans mes bras. Moniteur, t. XIX, page 537.

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