LA TERREUR EN ACTION
DisposilioTiR de Carrier en arrivant à Nantes. — Le Comité révolutionnaire et la fausse conspiration du BoufFay. — Consécration par Carrier et Francaslel de la compag'nic Marat. — Reconstitution de la juridiction criminelle. — Le tribunal révolutionnaire de Plielippes-TronjoUy et la Commission Lenoir. — La liste des suspects. — Le départ et le voyage des 182 Nantais.
On sait dans quelles dispositions Carrier s'installait à Nantes. Ses instincts sanguinaires, qui perçaient pendant sa mission en Normandie et en Bretag-ne, s'étaient réveillés plus vivaces au spectacle de la guerre civile.
Il a reçu la mission de terminer la guerre de Vendée, en punissant les rebelles ; il croit atteindre son but en terrorisant la ville. Nantes pour lui c'est le centre de la Vendée, le foyer de la contre-révolution, c'est là qu'il faut sévir.
Que trouvait-il en réalité en face de lui? Des habitants en majorité hostiles aux Vendéens — à cause du siège de juin — bien qu'ayant conservé avec eux des relations commerciales (i) ; d'anciens fédéralistes rentrés dans le giron républicain, des modérés, des égoïstes, si l'on veut, qui ne cherchaient qu'à sauvegarder leurs intérêts, mais nullement des contre-révolutionnaires. Carrier semble se plaindre de cet état de choses ; à peine arrivé il fulmine contre les feuillants, les fédéralistes, les accapareurs. A
(1) « Il est un fait certain. 'Cette bourgeoisie riche « engraissée» par la traite s'était d abord enthousiasmée pour les principes de 1789; ensuite elle s'indigna contre ceux qui ruinaient les colonies. Sans être royalistes, les Nantais trafiquaient sans hésitation avec le parti ennemi. On lit un grief aux Nantais de connaître les proclamations do Gharette. Elles s'imprimaient en elîet chez l'éditeur de (krrier. Cet ardent patriote empochait impartialement les guinées et les bons du roi venus du camp deCharette comme les assignats de Carrier. » Michelet, Révolution franc., livre XVI, ch. 11.