LES SUSPECTS
ceux qui avaient soutenu des sièg-cs contre les royalistes et vif»-oureuse?nent repoussé ces derniers, il décoche Tépithète d'aristocrates et de rebelles: impatient sansdoute de faire naîtredes émeutes susceptibles de justifier la séquestration et le pillage, il va semer partout des g-ermes de division, rendre une partie des citoyens suspecte à l'autre afin de les forcer à s'entredécliirer (i). Les Nantais sont riches, habitués au luxe et à cause de cela môme ont peur des conséquences de la 4!;"uerre, — insuffisance de ravitaillement, gène apportée dans leur commerce; — Carrier jouera fie la famine. Il entravera les subsistances sous prétexte d'en dimimier le prix, en réalité peut-être pour amenerune disette à la faveur de laquelle il puisse travestir le « cri du besoin » en a celui de la révolte » et déclarer dors la ville en état de rébellion. Patriotes ou non, les légociants seront sa proie (2) quand il n'aura pas de rebelles sous la main. D'abord il les taxera avec l'aide du Comité révolutionnaire, les livrant aux caprices d'hommes kvides qui pressurent et qui ravagent suivant leurs )esoins. Ne s'en rapportait-il pas ainsi au récent conseil lonné par Saint-Just : « Vous avez àpunirnon seulement les traîtres mais les indifférents... Tout concourt à prouver que vous devez imposer les riches (3) 1 »
On ne s'était pas contenté longtemps de les imposer, [n les traquait comme tout ce qui était suspect et les
(1) Accusation de Dupuis. représentant. Bibl. Nat., L. E. 38, 1038- (053. Convention nationale. Brumaire an III.
(2) « Une justice doit être rendue à Carrier, c'est qu'il a dans un împs écrasé le négociantisme, tonné avec force contre l'esprit morîntile, aristocratique et fédéraliste. »
Lettre de Jullien à Robespierre, 16 pluviôse, papiers de Courtois. *ièces remises à la Commission des 21. Sur le négociantisme à Nantes. troici l'appréciation do Baudry, agent du ministère des affaires étrangèes : « Le peuple, les marins, les demi-bourgeois y sont patriotes, quant
ce qu'on appelle les m(>ssieui's,c'est-!i-dire les riches négociants, les Commissionnaires et les habitués de la Bourse, tous ces messieurs sont )lus empressés à calculer la hausse. la baisse et les résultats du produit ^et qu'à méditer sur les avantages de la déclaration des droits de l'hom- De? » Cité par M. Wallon, Représentants en mission, 1. Le négocianisme, voilà l'ennemi! Ces réflexions sont de tous les temps. Empê- |hera-t-on un pays riche de s'occuper d'autre chose que de politique Bt les gens de commerce ou d'affaires ne seront-ils pas toujours et |ivant tout conservateurs de leurs propres intérêts?
(3) Séance du 10 octobre. Moniteur, réimp., XVIII, 106.
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arrestations se faisaient de jour en jour plus nombreuses.
Carrier se trouvait donc dès le début à l'unisson de h Société populaire et du Comité révolutionnaire. De sî propre autorité, et reconnaissant son impuissance à fair< exécuter par des commissaires de police toutes les arresl tations qu'il projetait (i), le Comité avait songé à U création d'une compagnie d'agents à sa dévotion (2). Leî prisons regorgeaient, on étudiait le moyen de diminuer le' nombre des déteims, le tribunal criminel (3) étant trop en besogne. Le Département avait déjà sommé le représentant Gillet, an nom du Comité, de sauver la ville en prenant imparti décisif {[\) et, le jour où Carrier rentrait à Nantes, des bruits de conspiration étaient répandus dans la ville.
On accusait les prisonniers du BoufFay d'avoir dit « qu'il était inutile de leur tremper la soupe parce qu'il seraient libres le lendemain ».
Le Comité fait annoncer aux prisonniers par un de ses membres qu'ils seront fusillés sur l'heure « s'ils n'avouent qui a pu leur donner des renseignements capables de nourrir l'espoir dont ils se flattent (5) ».
Première idée de fusillade en masse, parti décisi^f pour sauver Nantes qui émane donc du Comité. Sans diminuer la responsabilité de Carrier, on peut admettre en toute justice que le Comité, c'est-à-dire Goullin par instinct cruel. Chaux par cupidité et Bachelier, avec sa lâcheté ordinaire, lui avaient bien préparé le terrain.
Un des premiers actes qu'ils présentaient à sa signature c'était le fonctionnement définitif de cette compagnie révolutionnaire, nécessaire pour assurer l'exécution de
(1) Guépin, Hisl. de Nantes, {. II.
(2) Future compagnie Marat.
(3) Le nouveau tribunal n'était pas encore installé.
(4) liulletin du tribunal révolutionnaire. Déposition de Gicqueau.
(5) Procès-verbal du Gon)ité, 19 oct. 1873. Arcbives du greffe d Nantes, citées par A. Lalliô, le Sans-culotte Goullin, p. 32.
(6) Par lequel Carrier et Francastel approuvèrent et confirmèrent la compagni(3 révolutionnaire telle qu'elle était organisée. Pouvoirs particuliers donnés à Joseph Padialleau. Pièces do la Commission des 21, p. 50.