‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 21 sur 124 · LA COMPAGNIE MARAT · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE MARAT

leurs onires. Mais avant l'arrêté du 7 brumaire (6) cette (•()mpat5"nie, dite d'abord révolutionnaire, puis de Bruttis (i), fonctionnait déjà. « Ses niend)res ensuite préférèrent porter le nom de Marat, cet ami vrai et constant du peuple (2). Aussi avaient-ils, par la commission qu'iîs tenaient des représentants du peuple le droit d'incarcérer eux-mêmes et cela était bien essentiel dans les premiers moments de leur établissement pour que rien ne ralentît leur zèle. En Révolution il vaut mieux que dix patriotes aient à souffrir d'une erreur involontaire que de voir éciiapper un seulconspirateur (3). »

Cette compag-nie se composait de (juarante membres selon quelques-uns, de soixante membres suivantropinion générale. Goullin procéda à leur enrôlement, opinant hautement pour que les plus scélérats y fussent admis et à chaque nomination il demandait : « N'y en a-t-il pas de plus scélérats ? car il nous faut des hommes de cet espèce ]»our mettre les aristocrates à la raison (4). » Ils furent conduits chez Carrier par Goullin et Chaux et le représentant leur promit qu'ils seraient bien payés. Il les envoya ensuite à l'église Saint-Pierre où l'état-major fut nommé à l'élection (5). D'après le procès-verbal (6) de la séance voici le serment qu'ils prononcèrent en adoptant Marat pour leur patron :

(( Je jure que Marat tant avili, tant calomnié par le parti feuillantin, par les crapauds du Marais, par les contrerévolutionnaires en un mot, ne vécut que pour le peuple et qu'il mourut victime de son dévouement pour le même peuple. Je jure que les principes révolutionnaires qu'il osa

(1) M. A. Lallié, Noies sur le Bouffay, p. 68; Berriat Saint-Prix, Justice révolulionnairp, p. 38.

(2.) C. Mcllinet, Commune et Milice de Nantes, t. VIII, p. 403. (Compterendu du Comité révolutionnaire au district).

(3) C. Mellinet, id.

(4) Bulletin du tribunal. Dépositions de Plielippes, VI, 235;Naud, 240. (.^1 Fleury fut élu capitaine, Richard adjudant, Hené Naud quarlier-

mailre, Durassier, secrétaire. Presque tous les noms de ces hommes de bien sontcitésdansr//îstoire de la Ville de IS/antes de Lescadieu et Laurant,t- H. p. 76.

(6) Procès-verbal signé de Bachelier, Grandmaison et Goullin. Bulle- ''II, VI, 36S, déposition de Bouvier.

professer et dans ses écrits et à la tribune furent, sont et seront toujours les miens... Je jure que les sociétés po])u laires sont les vraies colonnes de la liberté et de l'ég-alité. Je jure de dénoncer 'et de poursuivre même de tous mes moyens les calonniiateurs de ces sociétés bienfaisantes. Je jure mort aux royalistes, aux fanatiques, aux nniscadins, aux Feuillantins, aux modérés, de quelque masque, de quelque couleur qu'ils se revêtent. Je jure de ne reconnaître pour parents, pour frères, pour amis'que les seuls vrais patriotes, que les défenseurs ardents de la République ! »

Ou fit plus tard courir le bruit que ce serment avait été prêté à l'une des séances de la Société populaire. Celle-ci protesta hautement — les Mar,ats étaient pourtant presque tous sortis de son sein — et prétendit n'avoir eu aucune relation avec eux. « Leurs œuvres sont à eux et ce serait en vain qu'ils voudraient compromettre dans leurs déclarations une masse d'hummoi purs et vertueux qui n'ont appris qu'en frémissant d'horreur les crimes qui se dévoilent aujourd'hui (i). » Goullin ne manquera pas d<' rejeter les crimes de la compagnie Maiat (2) sur Carrier, seul responsable, mais en somme l'inçi^érence de Carrier se borna à accorder à chaque membre de ladite compagnie dix livres par jour et il subordonna complètement ses opérations à la surveillance du Comité (3).

Devant ces pi'odromes d'inf[uisition et en face de la crainte très justifiée de voir appliquer dans un bref délai laloi des suspects, les habitants de Nantes s'iiupiiétèrent. Beaucoup souiii-èrentiSe jug-eant menacés dans leur liberté

(1) Bulletin, VI, 331. M. Lallir, le Sans-culotte Goullin. p. 34.

(2) Les « Marats », comme on l(^ verra, oporaienl à Nantes mi^mo,. Pour la banlieue, il y avait un corps auxiliaire dit les Hussards américains, composé de nègres et d'hommes de couleur, recrutés par le, citoyen Helint et placés sous l'autorité du commandant militaire. Berriat Saint-i'rix, p. 42. M. A. Lallié, Notes sur le lioufjay, pp. ^iO et 7ii.

11 fut question de ces Américains au procès au sujet du 7» ciief d'ac cusation. Un témoin dit : « Les Américains avaient emmené el insulté des femmes. Ce sont nos esclaves, disaient-ils. Nous les avons gagnées à la sueur de nos corps... On ne nous les arrachera qu'à notrr corps défendant. » Bulletin, Vif. supplément.

(3) Pièces remises à la Commission des 21. Treizième liasse, !" et 2« pièces.

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