LES PRETRES EN PRISON
qui, de par la loi, devaient être déportés. — A qui faut-il attribuer cette invention ?
(]oiirtoi.s(de rAul)e), dans son rapport de nivôse anIII, nous dira que comme Néron avait noyé sa mère Carrier avait voulu noyersa patrie(i); Carrier, sans nul doute, ne se souvenait ni d'Aii;'rip])ine,nid'Anicetus, le conseiller de Néron, mais l'idée de noyer les prêtres était dans rair(2). Se rappelant peut-être l'horrible motion de Planque (3) au xvu'' siècle, plus vraisendjlablement l'idée de Merlin (de Thionville) (4), et la proposition de Le^endre aux Jacobins (5), et plus hardi que Saint-Just (6), qui "avec horreur avait refusé, à Strasbourg-, de jeter lesréfractaires dans le Rhin, Carrier rénovait ce mode de destruction barbare.
Qu'il ait commencé par des prêtres réfractaires, rien là qui doive nous étonner. Ce n'étaient pas de simples suspects, mais des déteims frappés d'une longue suite de persécutions dès le début de la Révolution. Bien avant ([ue les Fouché et les Chaumette n'aient eu l'idée de remplacer le culte catholique, l'un par le « Sommeil », l'autre par la déesse Raison, le départementde la Loire-Inférieure s'était disting-ué entre tous par des rigueurs exceptionnelles
(1) Rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre, page 17. « Alors l'affranchi Anicetus propose une de ses inventions; il démontre à Néron qu'on peut fabriquer un vaisseau construit de manière à ce qu'une partie du bâtiment s'abimant sous l'eau engloutirait sa mère à l'improvisto. » Tacite, Annales, XIV, page 3.
(2) Dugasl Matifeux a émis l'idée que les capitaines négriers.habitués en cas do péril, à jeter à la raer les cargaisons d'esclaves, auraient pu être de quoique chose dans les noyades. Michelet a posé aussi cotte conjecture.
(3) Planque avait proposé, après les terribles ordonnances de Louvois, de noyer en mer les protestants. Ed. Quinet, Révol., t. II, page 192.
(4) Le 13 avril 1792, à l'Assemblée législative, Merlin de Thionville proposait de charger sur des vaisseaux les prêtres non assermentés. Revue de la Révolution du 5 septembre 1887.
v'5) Le 15 mai suivant, le boucher Legendre, futur accusateur de Carrier à la Convention, faisait la motion suivante aux Jacobins : « Qu'on les (les prêtres) réunisse dans les marios-salopes dont on charge les immondices à Brest ; au lieu de les envoyer en pleine rade, envoyonsles en pleine mer et qu'elle les submerge s'il le faut! ». Journal des amis de la Constitution, cité par M. A. Lallié, les Noyades de Nantes, page 13.
(6) Kd. Fleury, Saint-Just et la Terreur, t. II, page 47.
contre les ecclésiastiques non assermentés et attentait à la liberté de plusieurs centaines de citoyens, sans décisions judiciaires, au mépris même de la Constitution (i).
Malgré des réclamations émanant d'un certain nondjre de municipalités du district d'Ancenis, et que sij^-nèrent plus de deux mille habitants de Nantes, la persécution commença réellement pour les prêtres le 5 juin 1792. L'exil ou la détention, A ceux qui consentaient à quitter le royaume on donnait encore des passeports, mais le plus jo-rand nombre, à cause de leur àg-e ou de leurs infirmités, ne pouvant soui^er à s'expatrier, recevaient un premier asile dans la prison de Saint-Clément. Nous ne les suivrons pas, ces cent dix prêtres de Saint-Clément, dans leurs péréï^^rinations sans fin, du premier lieu de détention au Château et à l'Arsenal. Il sera seulement noté en passant que Goullin est l'un des commissaires nommés par le département pour surveiller l'aménagement du Château (2).
Survint la loi du 26 août 92, par laquelle l'Assemblée lég'islative ordonnait l'expulsion du territoire français de tous les ecclésiastiques non assermentés; le Conseil de département, réuni au district et à la municipalité, s'occupait aussitôt de l'exécution de la loi nouvelle et y apportait d'autant plus de dili;^ence que l'opinion publique les pressait (3).
La haine des prêtres ne faisait que s'accroître de jour en jour et les «Amis de la (Constitution demandèrent que la déportation eût lieu dans le plus bref délai et par mer ». Certains membres de la municipalité craignant (pie le peuple n'entrât au Château et ne se fît justice lui-même, on se hâta d'acquiescer à cette demande; le 10 septembre sur les cent soixante-trois prêtres détenus — le nombre avait considérablement augmeuté — quatre- vin y-t-
(1) Arrêta du 7 mars 1792 à l'effet de détenir les prêtres qui ne se présentaient pas aux appels. Arrêté du 22 qui étendait la résolution à tous les ecclésiastiques non assermentés.
(2) M. Lallié, la Perséculion des prêtres noyés, 120.
(3) 0. Mellinet, Commune et milice de Nantes, VII. Guépin, Hist. de Nantes, II.