SPOLIATIONS
ï)c février en juillet, lien de notable dans la vie des déteinis des Carmélites ; les administrations ont d'autres préoccupations : la levée des trois cent mille hommes, l'insurrection du 10 mars, la montée rapide du fédéralisme qui va les eng-lober et les perdre, enfin la marche des Vendéens sur Nantes (i).
En juillet, la municipalité ayant besoin du couvent des Carmélites pour y lon^erdes soldats dont les casernements avaient été détruits pendant l'attaque de Nantes n'hésita pas à délog-er les prêtres, et une prison flottante, le navire « la Thérèse » , une de ces galiotes affectées au commerce avec la Hollande qui depuis quelque temps servaient de lieu de détention, reçut, dans la nuit du 5 au 6 juillet, 98 prêtres et deux infirmiers. Une nouvelle ère de vexations s'ouvrait pour eux. La prison de Saint-Clément avec ses grands jardins, même les étroits dortoirs des Carmélites, leur eussent semblé doux en comparaison de ce bateau malpropre, mal aéré. Par nég'lii^ence ou par tout autre motif on n'a pas laissé aux prêtres leurs effets privés au départ des Carmélites; sur la g'aliote, on s'empare des objets du culte, chasubles, calices et patènes d'étain — les autres leur ont déjà été enlevés — et on ne permet à chacun d'eux qu'une soutane (2).
Ces spoliations étaient faites par ordre du général Beysser. Elles furent portées à la connaissance de la Municipalité, et le District, qui avait à se plaindre du sansg^êne avec lequel l'Administration militaire désaffectait les bâtiments nationaux pour en faire des casernements, consentit à faire prendre des renseignements sur la dilapidation des effets des prêtres. La confusion de pouvoirs qui existait alors dans les administrations, — on peut le voir par cette ingérence invraisemblable de Beysser (3), —
(1) Ducha-teWier, la Révolution en Bretagne, t. III et V, p. 293, appendice n" 37.
(2) M. A. Lallié, op. cit., 139. Procès-verbal, 7 juillet. Arch. raunicip.
(3) Beysser avait montré du sang-froid le 29 juin en sachant profiter des fautes des royalistes. Il contribua ainsi à la victoire de Canclaux. I)*un courage personnel à toute épreuve et très dur aux rebelles il fut néanmoins destitué en octobre, sur la dénonciation de Carrier comiao ayant pris part au fédéralisme. II ne tarda pas à être décrété d'accu-
lie permit sans doute pas de donner suite à cet arrêté d'information. Les Administrateurs avaient du reste à se défendre eux-mêmes contre les sociétés populaires, l'une de-tout temps montagnarde, l'autre toute prête — si on l'eût laissée vivre — à abdiquer ses errements girondins (i).
Par mesure de salubrité publique, le Conseil de département dut pourtant s'occuper de faire sortir rapidement les prêtres de la galiote « la Thérèse » en raison des miasmes putrides et pestilentiels qui s'y étaient déclarés. « Il est décidé que les malheureux vieillards vont être conduits aux Petits-Capucins et les mêmes commissaires sont chargés d'aviser aux moyens de cette translation. Difficultés de prime abord; le local très exigu ne peut sans aménagement intérieur contenir tous les prêtres. Quinze malades octogénaires y sont d'abord seuls amenés; mais la Municipalité s'effraye des bruits qui courent; elle reconnaît que la « réclusion des prêtres sur la galiote donne journellement lieu à des propos absurdes et mensongers qui excitent des murmures en répandant le bruit parmi les citoyens qu'on ne les retient à bord de ce navire que pour les faire périr ». De plus, chose à considérer, la Commune paie des frais de location pour ce navire.
Bref, la maison des Petits-Capucins est déblayée de
sation, bien que tlans sa haine des prêtres et des brigands il eut donné quelques gages à la République. Après les deux fournées des Hébertistes et des Dantoniens il monta à l'écliaiaud le 24 germinal en compagnie de Lucile Desmoulins et delà veuve d'Hébert.
La légende veut que Bcysser soit un de ceux qui ont porté des culottes de peau humaine en Vendée.
(1) La lutte politi(jue se terminait à peine puisque c'est le 21 juillet que la ville avait fait sa soumission. Gillet, Gavaignac, Merlin s'étaient montrés assez diplomates, car Nantes leur avait fermé ses portes et la rupture avec les représentants avait été imminente. Ils se contentèrent d'écrire d'Ancenis aux corps administratifs: «Ah! abdiquez les funestes principes qui ont dicté votre arrêt du 5! » Puis, la soumission faite, ils sollicitèrent rindulgenc(^ du Comité pour les administrateurs mais en demandant leur rappel. « Le choc qui a eu lieu entre les corps administratifs et nous a été trop violent pour ne pas laisser après lui beaucoup d'aigreur et dans le fait nous ne sentons que trop qu'il nous est impossible d'opérer dorénavant aucun bien ». Les Nan4,ais devaient payer cruellement celte indulgence du début pour leurs égarements séparatistes. Nous avons vu ailleurs Philippeaux à l'œuvre. Duchatellier, op. cit.. V, 292; Wallon, Repr. en mission, I, 480.