‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 32 sur 124 · NOYADE DU BOUFFAY · texte numérisé non relu

NOYADE DU BOUFFAY

24 frimaire. — La liste de Goullin. — Cruauté de Grandmaison.

Pour la noyade des détenus du Bouffaj, on possède beaucoup plus de détails que pour les autres. Là, pas de mystère comme pour les premières. On n'a pas choisi pour la baignade des prisonniers de l'entrepôt ou desgaliotes, prisonniers presque anonymes, mais ceux de la prison rég-ulière du Bouffay ; l'expédition n'est pas secrète, mais organisée à l'avance, et Carrier, qui la dirige, a soin d'y compromettre le plus de monde possible. Grâce à ces nombreux témoignages qui surgirent quand le Comité révolutionnaire fut en prison, on peut reconstituer cette monstrueuse hécatombe et rendre à chacun la part de responsabilité qui lui revient. Tout le monde en est de celle-là, et le Comité, et la compagnieMarat, excepté Lamberty.

Le soir du 24 frimaire (i4 décembre), les membres de la compagnie Marat convoqués au lieu ordinaire de leurs réunions, rue Tournefort, sont exacts auxrendez-vous. Ils sont conduits au Comité révolutionnaire où Goullin, Bachelier, Grandmaison et autres leur ordonnent de se transj)orter au Bouffay pour en extraire des prisonniers à l'effet de les transporter à Belle-Ile en mer (i).

(1) Bulletin, VI, 349. Déposition de Pinatcl.

■ Une maladie pestilentielle s'était déclarée dans les prisons, dit Carrier dans son Rapport. J'autorisai le transfert à Belle-lsle des prison- Ti jers, attendu, disait mon arrêté, l'encombrement des prisons de Nantes et rinsalui)rité d(! l'air. Est-ce de ma faute s'ils ne sont pas arrivés à destination malgré mon vœu formel, mon écrit?» Rapport, 4 vendémiaire. Avant de partir d<i Nantes dansun diner à Richebourg, Carrier réyulariia l'ordre de translation par une approbation antidatée.

Par cet euphéniisme on pensait abuser quekjues subalternes, mais les membres du Comité révolutionnaire qui avaient été prévenus la veille de la noyade ne pouvaient ignorer de quoi il s'agissait (i). Un des Marats est chargé d'aller quérir Lamberly ; l'ayant rencontré il lui fait part de son message. Par deux fois Lamberty refuse de se rendre au Comité, alléguant qu'il n'a pas d'ordre de Carrier. Les membres du Comité se réunissent sur la place et Goullin interpelle vivement Lamberty qui s'est décidé à paraître : « C'est bien étonnant que tu fasses des difficultés ; c'est ordinairement toi qui est chargé de ces expéditions (2). » Grandmaison, Mainguet se rendent alors avec Goullin chez Carrier.

Bernard Laquèze, geôlier du Bouffay,a reçu à 8 heures la visite d'un particulier qui porte deux paquets de corde sur le bras, le frappe à l'épaule etle prévient « que dans la nuit la loi le déchargera de cent cinquante prisonniers ». La compagnie Marat arrive peu après et comme Bernard Laquèze objecte qu'il faut un ordre on lui exhibe celui-ci:

« Au nom du Comité révolutionnaire. Le concierge des prisons du Bouftay délivrera aux mains des camarades de la compagnie Marat les cent cinquante-cinq prisonniers dénommés dans la liste qu'ils présenteront. Nantes, le 24 frimaire an IL

Signé ; Goullin, Guillet, Levéque.

Et en bas :

Cette liste est arrêtée et signée des membres du Comité révolutionnaire Goullin, Louis Naud, Chevalier. (3) »

Comment cette liste avait-elle été dressée? Goullin le confessera pendant les débats : « C'est de Hubert (4), de la femme du concierge du Bouffay, de Goudet, l'accusateur public, et du greffier Coiquaud que j'ai pris les notes et renseignements pour la liste rédigée dans la séance de la nuit du 1 4 frimaire; l'exécution, par ordre de Carrier, a

(1) Bulletin VI, 315. Dépos. de Bollogoiol.

(2) Place de la Préfecturo actuelle.

ci) Lamberty, qui, d'après cette phrase de Goullin, a déjà fait d'autres noyades que celles de brumaire, s'abstient de celle-ci sans doute parce que les exécuteurs sont trop. Il préfère opérer seul.

(4) Hubert détenu comme voleur avait dénoncé la conspiration de prisons, espérant en profiter.

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