LA VENDEE EN FEU
Relations de Carrier avec lesg énéraux. — Lettres à Haxo et à Dufour. — Pilla<jes et massacres. — Représailles vendéennes. — Un mot des colonnes infernales. — Turi'eau et ses émules. — Rapports de Phelippeaux et de Lequinio.
Carrier ne suivait plus que de loin les opérations militaires, mais n'en donnait pas moins des ordres aux (généraux. Le 23 frimaire, il adressait de Nantes au général Haxo un ordre d'incendie et une lettre restée fameuse qui fournit au procès le g*' chef d'accusation. La lettre est un programme de famine à l'adresse de la Vendée. « Il entre dans nos j)rojets, — et ce sont les ordres de la Convention Nationale, — d'enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout en un mot, de ce maudit pays, ' de livrer aux flammes tous les bâtiments qui y existent encore, d'en exterminer les habitants, car je vais inces- | samment t'en faire passer l'ordre. Ils voudraient encore ' affamer les patriotes après les avoir fait périr par milliers? Oppose-toi de toutes tes forces à ce que la Vendée prenne ou garde un seul grain (i). »
L'ordre était court mais explicite. Carrier, représentant du peuple, au général Haxo :
« Il vous est ordonné d'incendier toutes les maisons des rebelles, d'en massacrer tous les habitants et d'en enlever toutes les subsistances (2). »
La lettre fut lue à la Convention, le ï**'' frimaire an 111, Carrier répliqua audacieusement qu'elle était conforme aux décrets de l'Assemblée qui portent de livrer aux flammes les bois et les maisons et d'exterminer les habi-
(d) Archives, W, 493, 479,11' partie, pièce 18. Original dans l'armoirr de fer.
(2) Bulletin, Vile partie, page 39, n» 10.
HAXO ET DUFOUR i3i
taiits de la Vendée, c'est-à-dire les brigands, avant le i'"" octobre. 11 ajoutait : le nom de Haxo est honorablement inscrit au Panthéon (i).
Ouand, au procès (2), Carrier a[)porta le môme système de défense en face de l'ordre lu devant le tribunal, lecture fut donnée du décret du i^"" août relatif aux mesures à prendre contre les rebelles de la Vendée; le président fit observer que le décret était absolument contraire à l'ordre
^^Carrier (3).
^H^uoi qu'en ait dit le président Dobsent, le décret n'était pas contraire aux ordres de Carrier, mais il était restrictif
«mut aux femmes et aux vieillards et ne condamnait pas ■eu les habitations. Carrier ne trouva pas suffisantes ces esures terribles, il y ajouta l'incendie des maisons et le Issacre de tous les habitants, fême esprit dans la lettre que Carrier adressa au gé~ al Dufour le 19 nivôse (4).
Continue, camarade, à servir la République et d'exécuter les ordres que je te donnerai. Qui peut être à l'abri des délations dans les circonstances où nous nous trouvons? Je te rendrai justice. Brûle, brûle toujours, c'est le vœu de la Convention, mais prends bien soin de sauver les bâtiments qui renferment des subsistances et du fcMirraye. » — Remarquons cette date, 19 nivôse, bien
I) (Juelqui's jours après la prisa de Noirmoutiers, Haxo, blessé,
lait tue pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi. Une polémique
iifi;agea en 1892 dans V Intermédiaire pour savoir si Haxo, comme lo
i.ipporto la tradition vendéenne, s'était tué, ou succomba à ses bles-
-ires en disant: « Est-ce malheureux de mourir par les mains d'un
i is de Ijrigands comme cela. » Le général Jung, dans son livre sur
Dubois-Grancé, conclut ainsi: « Du reste le maréchal Vaillant, parent de
" ixo par son mariage, racontait cet incident dans le sens du récit dé-
lli' fait par les Vendéens eux-mêmes. Il le considérait comme le
il exact. J'ai fait de mènie. »
-) Bulletin, Vil" partie, n" 10. — Décret du l*' août. Moniteur. i) Art. 6. — M II sera envoyé par le ministre de la guerre des matières :nbustibles, pour incendier les bois, les taillis et les genêts. » \rt. 7. — « Les forêts seront abattues, les repaires de rebelles seront Uuits, les récoltes seront coupées par les compagnies d'ouvriers pour '• portées sur les derriènis de l'armée et les bestiaux seront saisis. » \.vi 8. — « Lesfemmes, les enfants et les vieillards seront conduits us l'intérieur. Il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté avec is les égards dus à l'Humanité. »
i) Archives Nationales. \V, 493-479, II« partie, pièce 13.
i32 CARRIER A NANTES
après la déroute de Saveiiay,qui aurait dûiimr la g-uerre. Il sera exposé plus tard comment le plan d'extermination de Turreau (i) d'un coté et les ordres stimulants de Carrier de l'autre la rallumèrent en un clin d'oeil.
Cet appel à l'incendie fut au tribunal de Paris l'objet d'un débat violent. Comme dans la lettre à Haxo, la Convention y était trop ouvertement mise en jeu pour qu'on ne sommât pas Carrier de s'expliquer. Sur la lettre à Dufour, Carrier répondit sans hésiter (2) : « J'avais reçu les ordres les plus positifs de la Convention, on m'avait môme envoyé des matières inflammables pour consumer les repaires de brig-ands (3). » Pour la lettre à Haxo, beaucoup plus compromettante (4), Carrier s'abrita der-
(1) Turreau ne se mil en mouvement que fin nivôse," sa promenade militaire ayant été retardée », ainsi qu'il l'écrivit à Bouchotte, mais dès le 5 il avait écrit ses intentions au Comité pour savoir si son projet de traverser la Vendée sur douze colonnes pour l'anéantissement total des rebelles est approuvé. Savary, Guerre des Vendéens, tome III, page 40.
(2) Bulletin VII, 61.
(3) On s'occupait déjà à cette époque de pyrotechnie. Rossignol avait bien demandé un chimiste pour faire sauter Rennes ! Santcrre,des mines à force, des fusées empoisonnantes, pour faire sauter l'ennemi ou l'asphyxier. Savary, tome II, page 51. Souvenirs de la Comtesse de la Bouère, p. 154.
Westermann demandait six livres d'arsenic dans une voiture d'eau de vie (Dépôt de la guerre», cité par M. Wallon. Reptésentantx, t. I.
(4) D'autres ordres de Carrier pourraient être cités. Au général Hector Legros il enjoint de ne faire aucun prisonnier, de fusiller femmes et enfants, Bull. Vil, no 18. Au général Gordellier et à sa brigade il enverra, en pluviôse, cette proclamation: « Braves défenseurs, vous qui avez porté le nom d'armée infernale, je vous conjure, au nom de la loi, de mettre le feu partout et de n'épargner personne ni femmes ni enfants, de tout fusiller, de tout incendier. « 11 sera parlé ultérieurement de la lettre au général Avril. Ce Gordellier, un des meilleurs lieutenants de Turreau, futdénoncé le 1" prairial comme ayant faitcouper en pièces des enfants de Saint-Laurent. — Dans une lettre du 21 frimaire au Comité, Carrier expose son plan pour la prise de Noirmoutiers. C'était le résultat des conseils de Marceau et de Kléber, oui voyaient dans celte île un point stratégique utile à conquérir. Àoj moment où commençaient les opérations de Haxo, le repré8entaiit| écrivait: « Je suis aussi intéressé que vous à la prompte extermine tiou des brigands. Vous pouvez, vous devez même compter sur mOi J'entends, oui j'entends aujourd'hui le métier de la guerre. Je suis silii les lieux. Restez donc tranquille et laissez-moi faire. Aussitôt que 1< nouvelle de la prise de Noirmoutiors sera parvenue (ce qui n'arq que plus de 3 semaines après), j'enverrai sur-le-champ un ordre i ratif aux généraux Dutruy et Haxo de mettre à mort dans les insurgés tous les individus de tout sexe qui s'y trouveront, indis tement, et de tout incendier. Car il est bon que vous sachiez qu sont les femmes qui avec les prêtres ont fomenté et soutenu la g
PILLAGES DANS L'ARMEK i33
rièrc des réticences. Tout en affirmant qu'elle était littéralement conforme aux décrets, il refusa de répondre jus- (ju'à ce qu'on lui eût représenté l'org-inal; le témoin Thomas (i) se chargea de faire connaître comment on exécutait ces ordres. Après la prise de 'Noirmoutiers, il a vu massacrer une nujnici{)alité en écharpe qui était venue pour désigner un repaire de brigands... 11 a vu brûler vifs des hommes, des femmes, des vieillards enfermés dans hnirs maisons. . . il a vu 1 5o soldats maltraiter des femmes, des filles de i4 à i5 ans, les massacrer ensuite et jeter de ïaïonnettes en baïonnettes de tendres enfants qui étaient côté de leurs mères étendues sur le carreau. « Cette déposition, dit le Bulletin, fit retentir l'auditoire d'un long rémissement d'horreur. »
Et cet affreux épisode n'est pas une exception! Ce que irrier ordonnait, les généraux le laissaient faire. Même |:vant l'arrivée des douze colonnes de Turreau, — « ces (onze flambeaux qui ont incendié la Vendée et éclairé les massacj-es qui s'y commirent (2) » — le pillage et l'incendie qui le favorise étaient à l'ordre du jour (3); les militaires ne songeant qu'à remplir leurs sacs; de simples soldats ayant ac(piis en volant jusqu'à 5o.ooo l. quelquesuns couverts de bijoux et faisant dans tous les genres des dépenses d'une prodigalité inouïe, les patriotes nullement à l'abri des recherches des républicains, leurs richesses devenues souvent la proie des hommes envoyés pour les défendre (4). On a commencé par voler le bois, les bestiaux, les volailles — réquisitions habituelles de guerre; — ensuite ons'est attaqué aux bijoux, à l'argenterie, aux me-
de Vendée, etc. C'est une engeance proscrite, ainsi que tous les paysans, car il n'en est pas un seul qui n'ait porté les armes contre la République. lien faut absolument et totalement purger le sol. «—Lettre au Comité de Salut public. Citée par M. Baguenier Désormeaux, Documents sur Soirmoutiers et la mort de d'Elbée, p. 16. Cette lettre, ni'i la haine des femmes est si nettement exposée par Carrier (son 1"' rapport à la Convention du 3 ventôse n'iîn (\st que la paraphrase) avait bien quelque qualité pour être lue au tribunal. Il ne fut pourtant pas fait mention de ce programme de douceur du représentant.
(1) Bulletin VH, page 45.
(2) Poirier de Beauvais, Mémoires, page 229.
(3) Lequinio, Mémoires sur la guerre de Vendée.
(4) Lequinio, id., pages 13 et 15.
i34 CARRIER A NANTES
nus objets; elles généraux favorisaient le pilla^^-e pour couvrir ceux qu'ils faisaient eux-mêmes, pour se faire aimer des soldats et se faire de leurs complices autant d'appuis contre les dénonciations (i).
Après, on s'en prit aux individus. « Le viol et la barbarie la plusoutrée, dit encore Lequinio,se sont représentés dans tous les coins. » Et à l'appui il expose des scènes atroces: des femmes rebelles violées sur les pierres amoncelées le lont^ des grandes routes, fusillées ou poignardées aussitôt après, des enfants à la mamelle portés au bout de la pique qui avait percé du même coup la mère et l'enfant (2).
Les rebelles n'étaient pas les seules victimes des brutalités des soldats, les femmes des patriotes même étaient mises en réquisition (3) !
On voudrait croire à des représailles dans ces atrocités sans cesse renouvelées, et c'est l'excuse toujours invoquée. — Le meurtre de Sauveur à la Roche-Bernard (4), les pré-
(i) Que les Vendéens aient pillé aussi, ce n'est pas douteux. Quand la »uerre fut portée hors de leur pays, ils ne furent plus retenus par la discrétion « d(,' clocher». Dès le siège de Nantes, l'espoir du butin poussait une partie des insurgés contre les murs de la ville plus encore que la passion politique. M"" de la Rochojaquelein ajoute même : « On remarquait dans cette aimée des vieillards et des femmes qui s'étaient pourvus de sacs, afin de profiter plus amplement du butin qu'aurait procuré une ville aussi opulente. On annonçait hautement l'idée de la piller ». Et, rencJiérissant Michelet, s'écrie : « De trente licuesà la rondr il venait des gens tout exprés pour piller Nantes. » Rev. franc., tome VI Ce n'est pas là l'opinion de Babœuf qui, bien que signalant des violei ces de guerre (la Vie el les crimes de Carrier, page 148), dit ailleiii en parlant des Vendéens en général : « Jamais on n'a dit d'eux qu'ils aient commis de rapines ni d'excès dans les lieux qui furent le théâtn de la guerre. Leurs bandes errantes vivaient aussi frugalement qu'autrefois les hordes gauloises, au rapport de César. Le gros de l'armée se soutenait des contributions de tous les insurgés et des prises faites sur nous. Ces moyens de subsistance ne paraissaient avoir presque rien d'illégitime. «{Babœuf, id., page 73). Le même Lequinio — tout en leur faisant un crime de cette humaine tempérance — constate la discipline que les chefs Vendéens imposaient à leurs soldats. « A Fontenay-le- Feuple, beaucoup de patriotes m'ont assuré que lors de la prise de cette ville, les chefs des rebelles recommandaient partout le bon ordre et employaient le simulacre hypocrite de la sagesse et de la bonté pour se faire des partisans ; et sans doute qu'aucun être pensant ne contestera l'efficacité d'une pareille méthode, quelles que fussent alors lapmfonde scélératesse de sa combinaison et la perfidie de son but. »
(2) Lequinio, Guerre de Vendée, page 185.
(3) Lequinio, Guerre de Vendée, id.
(4) Le président du district, Sauveur, et le procureur syndic, Leflocli
PRISONNIERS MASSACRÉS i35
tondus chapelets de Machecoul (i) et le massacre de la garnison de Noirmoutiers par la horde de Charette sont toujours mis en avant pour pallier les fusillades d'hommes sans armes, de femmes ou de blessés.
Impossible pourtant de tenir la balance égale entre les insurgés qui ne fusillèrent les prisonniers qa exceptionnellement et les bleus qui ne faisaient pas de prisonniers (2), massacraient des malades à l'hôpital de Fougèresf3\ des cavaliers armés qui se rendaientd'eux-mémes, des ouvriers tisserands qui travaillaient paisiblement dans
furent massacrés le 15 mars dans un rassemblement formé à l'occasion de la levée des 300,000 hommes. La petite ville de la Roche-Bernard prit alors le nom de la Roche-Sauveur. Mortimer-Ternaux, ilist. de la Terreur, tome VI, page 271.
(1) Dans les premiers jours de mars 93, commençait le massacre des patriotes à Machecoul, quelques prisonniers d'abord au château, puis le 27, 10 furent tués dans la ville (représailles, il faut le dire, de la fusillade do Pornic de 300 prisonniers Vendéens). Les fameux c/tajoeZe/A- que Castille, dans son Histoire de la Révolution, t. II, page 261 a mis, audessus des massacres de septembre, que d'autres ont comparés aux mariages républicains de Carrier en faisant varier les chiffres entre 200 et 1100, eurent lieu en avril. Que n'a-t-on écrit sur les victimes du trop célèbre Souchu ? (Voir Babœut, page 170) : que leur exécution aurait été accompagnée des tortures les plus affreuses, telles que les poignets sciés, paupières arrachées, victimes enterrées vivantes, que les condamnés étaient liés entre eux par une corde qui leur traversai le corps, d'où le nom de chapelet ! La légende s'en était longtemps accréditée. La vérité semble avoir été trouvée par M. A. Lallié, qui s'est livré à de persévérantes recherches dans « le District de Machecoul, ».
Les traits exécrables de cruauté ont perdu toute certitude, le nombre vrai des patriotes immolés, et c'est beaucoup trop, a été réduit à cent; enfin le nom de chapelet n'a désigné en réalité que la corde à laquelle étaient attachés les prisonniers que Souchu envoyait à la fusillade!.
Voir Berriat Saint-Prix, Justice révolutionnaire, page 287. Lescadieu et Laurent. Uist. de la Ville de Nantes, tome II, pages 273; surtout M. A. Lallié ; le District de Machecoul, pages 363, 376 et suivantes.
(2) Westermann s'en vante ; Campagne de Vendée, rapport après Savenay.
(3) « Des soldats indisciplinés se sont portés dans les prisons de Fougères, y ont égorgé les blessés, des brigands dans leurs lits : plusieurs femmes des brigands y étaient malades, ils leur ont arraché les poils et les ont égorgées après. » Lettre du citoyen Gainon à un chirurgien de ses amis, qui l'a fait passer <à Robespierre. Papiers trouvés chez Robespierre, page 230. Le même incident est rapporté, non sans exagération par Fréron, dans l'Orateur du Peuple du 13 brumaire an III, sous la signature de Burban,cfli;aZier non soldé de Rennes, servant dans l'armé".
« Lorsque les brigands passèrent la Loire pour se rendre à Granville. des soldats se portèrent en foule au grand hôpital et y massacrèrent 90 ou 100 vieillards, femmes et enfants ; malades qui n'avaient suivi l'armée des rebelles que pour échapper au fer assassin. Cette scène fut accompagnée de toutes les atrocités dont des monstres seuls puissent avoir l'idée. Les uns prolongeaient le supplice de leurs victimes, les
litres les jetaient par les fenêtres d'un second étage; ceux-ci commet-
i36 CARRIER A NANTES
un village (ij, enfin inimolaiLMit des communes qui venaient se livrer, officiers municipaux en tête (2).
Cette immolation de communes, un des actes les plus inqualifiables de cette horrible g-uerre se trouva invoquée au procès et Carrier fut rendu responsable. Le président lui fit observer que seuls les brigands pris les armes à la main tombaient sous le coup de la loi et que, malgré cela, il était prouvé que 22 communes avaient été fusillées (3). C'était, au reste, un chiffre minimum. Pendant toute la guerre il y en eut bien plusde ces communes sacrifiées (4) et malgré ses décrets de distinction entre les brigands belligérants et ceux qui ne l'étaient pas, la Convention n'ignorait pas le sort que réservaient les représentants et les généraux aux prisonnicrs(5), d'où qu'ils
talent sur les corps des femmes égorgées mille impudicités qui font frémir la nature; ceux-là conduisaient les plus jeunes filles hors de la ville pour les sacrifier après avoir satisfait leur brutalité. D'autres enfin entraînaient dans la campagne les hommes les plus dispos, et les déliant, ils leur disaient t « Vous êtes libres, courez », et se donnaient ensuite le plaisir de les tirer à la course. Le lendemain, l'adjudant général ordonna à notre chef, à peine d'être fusille s'il n'obéit, de massacrer une vingtaine de moribonds qui étaient restés dans un autre hôpital. Un de mes camarades, indigné, dit au porteur d'ordre qu'il avait deux pistolets, un pour briller la cervelle à celui qui voudrait le lui faire exécuter, l'autre pour se soustraire à leur férocité.
« Lorsqu'on donna cet ordre, j'étais de garde près de 43 rebelles qui étaient venus rendre les armes; parmi eux se trouvaient des enfants et des vieillards dont un nous fut arraché et fusillé à quelques pas de nous par ordre supérieur, sous prétexte qu'il n'eût pu marcher jusqu'à Bennes où nous conduisions les autres. Le lendemain de cette horrible scène, nous fûmes attaqués par l'avant-gardo des rebelles qui mit en déroute complète notre armée forte de 25.000 hommes. Cène fut pas sans un grand étonncment que, quelques jours âpres, nous vîmes tous les journaux répéter à l'envi une victoire signalée. » Signé : Burban, etc.
D'après V Histoire de la Vendée en 93 par Grille, 1852 (réponse k M. de Barante), c'est la colonne de Canuel qui a massacré par représailles les malades de l'hôpital de Fougères. Savary ne donne pas de nom. Canuel était devenu maître de camp et vicomte sous la Bestauration, t. III, p. 86.
(1) Fusillés par ordre de Luzignan. Babœuf, op. cit., page 125.
(2) Lequinio, op. cit., p. 16 et pages 135-137. Rapport de Saurès, viceprésident de la commission militaire de Fontonay-le-Peuple, à Lequinio. Voir aussi Plaidoyers de Tronson-Ducoudray.
(3) Bulletin VU, p. 39.
(4) Wallon, Représentants en mission, tome I, page 239.
(5) On n'a qu'à lire le compte rendu de Francastel et de Hentz poui s'en convaincre. On y retrouve la justification du programme de Turreau que le Comité de Salut public admettait comme seul propre à terminer la campagne, une lettre de Garnier de Saintes, du 29 frimaire, une autre à Lequinio du 24 faisantsavoir comment ils expédiaient leur pi'isonniers ; du même 29 frimaire, une lettre de Prieur et de L. Tui