LEQUINIO
vinssent, au.x hal)ilan(s de ces contrées, même les plus paisibles (i).
La Convention n'ij^noiait pas, et elle laissait faire, croyant ces moyens capables de ramener les paysans vendéens sons le drapean de la République, refusant toute idée d'amnistie (2). Lequinio convient pourtant que ces paysans, entraînés par le fanatisme, raffermis dans leurs éi^arements et poussés à vendre chèrement leur vie, étaient beaucoup plus faciles à gagner qu'à combattre (3). « Le moyen de finir la g-uerre était de faire précisément le contraire de ce qu'on a fait jusqu'à ce jour (4). »
Un autre conventionnel corrobore ce dire, dont l'opinion n'est point suspecte. « C'étaient, dit Dubois-Crancé, les peuples les plus hos[)italiers que j'eusse jamais connus; ils entendaient la justice et la raison, lorsqu'elles leur étaient présentées avec douceur et humanité. »
Des hommes comme Carrier, comme Turreau (5), comme Grignon (G), comme lluchet (7), comme Lequinio (8), ce dernier critiquant chez les autres ce qu'il a fait lui-même, étaient-ils en état de comprendre la pacifica-
reau qni, apprenant que le Procureur syndic de Maine-et-Loire s'est transporté auprès du Comité dans le but de faire suspendre l'arrêté pris àSaumur par le général Turreau, déclarent que ce serait contraire à l'anéantissement de cette guerre infernale ». — L'avis dn représentant prévalut et les colonnes marchèrent. Hentz et Francastel, Compte rendu, pages 4, 6, 30, 32, Bibl. Nat., L. E, 39 80.
(1) Esprit Bauilrj fait la remarque suivante à Laignelot: «Au lieu de ramener le peuple à nous, nous l'écartons par la maladresse de quelques généraux. Mon avis serait de ne faire périr que ceux pris les armes il la main, sans cela on ne parviendra point à terminer le guerre. » Savary, t. IH, p. 317.
(2) Levasseur avait été fort mal accueilli lorsqu'il proposa une amnistie même pour ceux de la rive droite de la Loire qui auraient été forcés de prendre part à la révolte sous la menace d'être fusillés.
{Z)Mém. sur la guerre de Vendée, page 17.
(4) id. page 22. Ce n'est pas par humanité que Lequinio parle ainsi, sa sophistique lui fait dire ailleurs ; « Si la population qui reste n'était que de 30 à 40,000 âmes, le plus court sans doute serait de tout égorger ainsi que je le croyais d'abord, mais cette population est immense : elle s'élève encore à 400.000 homnjes; s'il n'y avait nul espoir de succès par un autre mode, sans doute encore qu'il faudrait tout égorger, y eût-il 900,000 hommes; mais je suis loin de le croire, etc. » Babœuf commentant ce passage dit: «Le Comité d'égorgeurs a sans doute cru qu'il n'y avait de bon que ce mode puisqu'il n'en a point employé d'autre, » Du Système de dépopulation, etc.. p. 82.
(5-6-7-8) Voir appendice, notes III, 1V,V,VI.
i38 CARRIER A NANTES
lion par la douceur, même après une répression farouche de trois mois ?
L'ère de rigueur continue même après le départ de Carrier; les colonnes infernales de Turreau mettent à feu et à sang ce qui restait de la pauvre Vendée; on pille, on brûle, on vole, on assassine (i).
Après Savenay, cette guerre — dont on avait si souvent et à tort annoncé la fin — pouvait être terminée; il fallait pour cela laisser Marceau et Kléber à la tête de l'armée, au lieu de les exiler à Chateaubriand, proclamer une amnistie et faire des propositions de paix aux insurgés — puisqu'aussi bien la Convention en fut obligée d'en venir là, un an après, malgré le caractère de la guerre. Du côté des Vendéens, découragement et lassitude; les paysans, décimés après la rude campagne du Mans à Savenay ne, demandaient qu'à rentrer chez eux. a II n'y avait plus, dit un auteur royaliste (2), très souvent d'accord avec Savary, de guerre à faire dans la Vendée ; il n'y avait à prendre que des mesures de sagesse et de précaution, même contre le paysdeCharette qui, n'étant plus soutenu, tombait de lui-même. Les vrais soldats avaient en grande majorité passé la Loire, ce qui resta était composé de ceux auxquels le tumulte de la guerre ne plaisait pas ; beaucoup de pères de famille surtout. wMême impression chez Savary : « A l'époque où le général Turreau prit le commandement de l'armée de l'Ouest (fin décembre 1793), la Vendée, à l'exception de la partie de Charette, était soumise, partout les autorités reconstituées, les gardes nationales rétablies... les habitants avaient remis leurs armes et ne demandaient que protection (3). »
(1) Plaidoyers do Tronson-Ducoudray. Bibl. nat. L.B. *', lol9.
(2) Poirier de Beauvais, commandant général de l'artillerie vendéenne, Mémoires publics par la comtesse* de la Boiière (Pion, 1893), page 238.
(3j Savary, II, p. 498. Le résultat des premières vexations fut d'inciter les paysans à reprendre leurs armes, à aller s'offrir à Cathelineau. à Stofflet, à la Bouèro, qui recrutaient des hommes. «< Traqués comme des bêtes fauves, dit encore Savary, ils n'eurent plus de refuge que dans un nouveau soulèvement. Il ne leur restait plus d'autre parti à prendre que de se réunir sous la bannière de leurs anciens chefs et la guerre recommença. »