CARRIER A LA CONVENTION
défaite de nos troupes et cherche à eu péuétrer la cause ; (ju'elle établisse eufiu un tribunal qui punisse les contrerévolutionnaires et les perturbateurs du repos public. » Cette manifestation, peu adoucie sans doute par les rapporteurs (i), fut acclamée par la Montag-ne. Carrier en fit une motion avec Levasseur, demanda à la Convention d'en adopter le principe, c'est-à-dire l'établissement d'un tribunal révolutionnaire, en charg-eant le Comité de législation de présenter le lendemain le mode d'organisation de ce tribunal.
En vain Bourbon et Lanjuinais s'escrimèrent contre ]!arrier. La Convention adopta la rédaction suivante pro- )osée par Levasseur (2) :
« La Convention décrète l'établissement d'un tribunal extraordinaire, sans appel et sans recours au tribunal le cassation, pour le jugement de tous les traîtres, consj^irateurs et contre-révolutionnaires (3). » Avant de devenir le tribunal du 29 mars, — dix jurés choisis par l'aspemblée dans le département de la Seine et les départelents voisins, cinq juges pouvant siéger au nombre de rois (4), — plusieurs modifications furent apportées au projet présenté par Lesage.
Lindet proposa un tribunal composé de 9 juges lommés par la Convention, qui n'étaient soumis à aucune formalité et qui étaient en droit de se créer leur pnviction partons les moyens possibles. Ce projet inouï, fnergiquement combattu par Vergniaud, attaqué même )ar Cambon,Barère etBillaud-Varenne{5), fut repoussé. >n revanche, sur une motion due à Thuriot, il fut déîrété que les jurés opineraient en public à la plurahté ibsolue des voix. C'était imposer aux jurés la pression l'un certain public et inaugurer le vote par peur. « Tout
(1) Berriat Saint-Prix, la Justice rovolulionnaire , édit. 1860, p. \'6.
(2) La loi était volée sur le rapport de Gambacérès et les instances ie I)anton.
^ (3) Moniteur, id.
f (4) Plus tard, le nombre des jurés fut porté à 16. C'était le projet de Lesage niodilié quant au nombre dus juges.
(5) Moniteur, réimp., XV, 665. Berriat Saint-Prix, la Justice révolutionnaire, id.
le système de la Terreur était là, » dira Louis Blanc (i).
Pour traduire (;n jug-ement il fallait d'abord une commission spéciale de la Convention. Après la nouvelle de la défaite de Dumouriez, ce pouvoir fut délégué au seul accusateur public qui poursuivait, arrêtait, envoyait devant le tribunal (2).
Nous retrouvons Carrier en avril appuyant la proposition de Boyer Fonfrède sur la destitution de Biron et demandant le rappel des armées de tous les ci-devant (3). Quelques jours après, c'est à Pliilippe-Eg-alité et à Sillery qu'il s'attaque, alors même que Marat, « ne trouvant pas de preuve convaincante » contre les deux accusés, cherchait un biais (4).
La motion du 9 mars, ses relations intimes avec Billaud-Varenne et Collot d'Herbois devaient désigner Carrier au choix du Comité de Salut public, lorsqu'après le 3i mai furent créées les missions de Représentants dans le but de ramener au « giron de la Convention » les départements « rongés par le fédéralisme » .
Dans son proconsulat de Nantes, Carrier allait trouver un aliment à son activité destructive et mettre en pratique les théories révolutionnaires dont, à Aurillac, il s'était fait le propagateur.
Avant d'être envoyé spécialement dans la Loire-Inférieure avec ces pouvoirs illimités dont il devait faire un si cruel usage, Carrier remplit plusieurs missions dans les départements soulevés par le fédéralisme, en Normandie d'abord, en Bretagne ensuite.
De son excursion à Rouen et à Évreux nous n'aurons que peut de mots à dire. Avec Pocholle, il parcourt les contrées « embrasées ». A l'en croire, c'est à lui et à son collègue qu'est due la pacification de la Seine-Inférieure, de l'Eure et de la Manche. Dans son rapport, il a soin
(1) Louis Blanc, Hist. de la révolution, t. VIII, p. 148.
(2) Pour ua ministre et un général, il fallait l'autorisation; pour un député, un décret de la Convention. Décret du S avril 1793. Moniteur du 8,
(3) Séance du 3 avril. Moniteur du 7. Réimpression, XVI, p. 83.
(4) Id. Séance du 5, p. 97.