‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 5 sur 124 · CARRIER EN NORMANDIE · texte numérisé non relu

CARRIER EN NORMANDIE

(Tcxposer qu'ils arrêtèrent le mal dans sa naissance, que leur [)résence et leur assiduité à la Société populaire, où ils dévelop})aiciit les vrais principes, éteij5"nirent tous les brandons de la guerre civile sans employer aucune mesure coercitwe{\). De répression sévère à Rouen, où Roland fugitif était obligé de se tenir caché, il ne pouvait être question, car ses habitants avaient reçu Lecointre et Prieur avec enthousiasme et s'étaient séparés ouvertement des Girondins (2).

A Evreux, ville franchement rebelle, dont la municipalité avait le i3 juin déclaré la guerre à la Convention, la situation était tout autre. Le manifeste d'Évreux avait ('•té le prélude d'une insurrection formidable ; les Girondins, se réfug-iant à Caen sous la présidence de Buzot, pour y organiser la lutte, tendaient la main à Wimpffen, commandant l'armée de Cherbourg', et emprisonnaient les ceprésentants Romme et Prieur (de la Côte-d'Or) (3). Au premier échec Evreux se désintéressait de la lutte : îonnet, Duroy et Robert Lindet relég-uaient les admiistrations à Bernay, laissaient les chasseurs de Paris et hussards de la Liberté occuper la ville rebelle et la Fvrer au pillage, enfin faisaient accepter la Constitution recevaient la soumission du département.

Quand Carrier vint, il ne restait rien à faire à Evreux, Hute la résistance s'étant concentrée à Caen et à Rennes. |ii se contenta de se venger, un peu plus tard (fin juillet) brûlant le portrait de Buzot, en rasant sa maison, ir l'emplacement de laquelle on dressa une pyramide œc cette inscription flétrissante :

r(l) Rapport de Carrier à la Convention.

1(2) Les habitants de Rouen avaient bien protesté, et même par Imeute, contre la mort de Louis XVI et contre les décrets anti-rclijeux, janvier 1893, mais ils n'avaient pas tardé à se retirer de la lutte ^rès avoir fourni une des premières hécatombes du tribunal révolupnnaire. M. Wallon, Représentants en mùslon, t. II, p. 69. J (3) Arrestation de Prieur et de Romme, 4 juillet. Extrait des registres le délibérations de l'assemblée des départements réunis do résistance à l'oppression, séant à Caen, donnée par Duchatellier, Hist. de la Révol. en Bretac/ne, V, 267, pièce justifie, n» 30.

Ici fut l'asile du scélérat Buzot Qui, représentant du peuple, (Conspira contre l'unité et l'indivisibilité De la Républi({ue Française (i).

A Caen, pendant ce temps, les Girondins réfugiés, Buzot, Péthion, Barbaroux, Gorsas et leurs amis, se leurraient d'espérance, se pavanaient dans l'ancien hôtel de l'Intendance avec des allures de souverains, se décernaient le titre pompeux d'Assemblée générale des Départements, haranguaient le peuple en des discours ardents et prêchaient la croisade contre Paris et la Convention. L'un d'eux nous dira qu'ils avaient espéré ranimer la liberté dans le cœur des Français, que leur âme put un moment se bercer de cette douce illusion, puis il ajoutera mélancoliquement : « Mais le moment fut court (2). » On traitait de reptiles venimeux les Danton, les Bobespierre et autres membres patriotes de la Convention (3). On chantait dans les rues une Marseillaise accommodée, sur l'air de llouget de l'Isle, aux passions de tous les réactionnaires rangés sous la bannière girondine (4). Le voisinage de Puisaye et des Anglais devait permettre à la Convention, revenue de sapremière terreur, de profiter de la situation pour confondre le girondinisme et le royalisme, en les accablant sous la même impopularité. A la suite d'un long rapport de Saint-Just, d'autant plus habile qu'il était modéré, — et la modération n'était guère la qualité maîtresse du futur triumvir, — la Convention, visant au cœur les principaux d'entre eux, en Normandie et à Lyon, « déclarait Buzot, Péthion, Barbaroux, Gorsas, Louvet, Lanjuinais, etc., traîtres à la patrie comme s'étant sous-

(1) M. L. Wallon, /et Représentants enmission, II, p. 84.

(2) Mémoiy^es de Buzot, p. 144.

(3) Délibération du Conseil général de la commune de Caen, cité par Hamel, Histoire de Robespierre, III, p 38.

(4) Quoi ! le farouclie Robespierre Serait l'arbitre de l'Etat,

Quoi 1 Danton, quoi ! le vil Marat

Régneraient sur la France entière Aux armes, citoyens 1 Terrassez les brigands! La loi c'est le seul cri, c'est le vœu des Wormands.

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