CONTINUATION DES NOYADES
Noyades de nivôse. — Opinions divergentes sur leur nombre. — Femmes et enfants noyés. — Traits d'héroïsme.
Nous avons décrit les premières noyades ; l'élan une fois pris, ce çenre d'exécution était devenu normal.
Il faut se reporter à l'état des esprits à Nantes pendant cette triste période pour s'expliquer comment une ville de cent mille âmes a pu, sans révolte, supporter ces spectacles barbares pendant trois mois. Il ne s'agissait plus de prêtres. De ceux-là, nous le savons, la population tout entière — les Girondins en tète — voulait se débarrasser depuis 1792 (i), et les « déportations verticales » du 28 brumaire et du 20 frimaire n'avaient soulevé aucun murmure. Si les Nantais avaient soutenu les administrations dans leur lutte contre [le Comité et Carrier lors du premier projet de destruction en masse (2), c'est qu'il 'était question des leurs, qualifiés plus ou moins justement du nom de suspects.
Autre^ chose était de ces milliers de prisonniers entassés dans l'Entrepôt des cafés (3), à la fin de frimaire (4)
(1) Voir chapitre III.
(2) Séances des 14 et 15 frimaire.
(3) L'Entrepôt des cafés fut décrété prison le 'à8 octobre 93, sur l'ordre des représentants. C'est surtout à partir du milieu de frimaire (!<"■' jours de décembre) qu'on commença à y jeter pêle-mêle les débris dispersés de la grande armée vendéenne, alors que les autres prisons étaient pleines. L'Entrepôt était considéré comme l'antichambre de la mort, on n'en sortait guère que pour les noyades et les fusillades (déposition de la veuve Damais, Bulletin YI, 268). Goullin s'est révolté contre cette accusation (eodem, 270), mais le témoin Forgct a fortifié les premières dépositions en prouvant que Durassier, l'un des membres du Comité, « en faisant lus listes do détenus, distinguait par une croix ceux qui devaient être conduits à l'Entrepôt d'avec les autres qui ne devaient pas y être envoyés » (Bull. VI, 293). Voir les détails sur les prisons dans les deux brochures de ^M. A. Lallié, les Prisons de Nantes (1884), p. 5S, et Notes sur le Boiiffay.
'4) Une grande quantité de brigands s'étaient rendus volontairement
FUSILLADES DE GIGANT i43
et au commencement de nivôse (i); « g"ens sans aveu » la plupart, au dire de Goullin (2), pauvres gens, paysans, ouvriers de village, malheureuses épaves des bandes vendéennes que les troupes républicaines pourchassaient devant eux, ou que les généraux expédiaient à Nantes quand ils répugnaient au massacre (3).
Bientôt les fusillades — elles n'en continuèrent pas moins du reste — ne suffirent plus et quand, après la déroute de Savenay, le nombre des détenus de l'Entrepôt s'augmenta encore, Carrier eut recours de nouveau faux « expéditions secrètes » de Lamberty. Pendant plus d'un mois les sinistres voyages de l'Entrepôt à la Loire alternèrent avec les fusillades de Gigant (4), sans exciter la compassion des habitantsde Nantes, sans motiver aucune adresse au Comitéde Salut public qui, mal renseigné, pouvait feindre d'ignorer (5).
Les causes déterminantes de ce silence indifférent se trouveront facilement. On ne dira pas, comme O' Sullivan l'a prétendu (6), « que tous les citoyens de Nantes avaient assisté aux noyades et désiraient s'y trouver » ; mais tout en faisant la part de l'exagération de l'Irlandais exalté,
il Nort, le :2'J frimaire, fuyant devant Westennann qui en avait massacré trois ou quatre conls au village dos Touches. Voir la lettre de Carrier du 30 frimaire, lue à la Couventiou le 6 nivôse, et le rapport de Benaben, comuiissaire de Maine-et-Loire. Angers, Marne an III. Bibl. nationale, LB*', 1558, pp. 92 et suivantes.
(i) Gin([ cents prisonniers sont amenés de Saint-Florent le 6 nivôse, plusieurs centaines le 8 et le 9.
(2) Bulletin, VI™' partie, p. 242.
(3) M. A. Lallié, les Noyades, p. 6. Savary, t. III.
(4) L'emplacement de l'Entrepôt facilitait ces deux genres d'opérations. Il occupait l'extrémité dun quartier très peu habité, presque en face l'ile Chantonay. « Le voisinage de la Loire d'un côté et des carrières de Gigant de l'autre, permettaient sans trop éveiller l'attention, de conduire de longues files de prisonniers soit au fleuve pour les noyer, soit aux carrières de Gigant pour les fusiller. » M. A. Lallié, les Prisons de Nantes, p. 54.
(5) La fusillade est la répression ordinaire des guerres civiles, pas d'étonnement de ce côté, d'autant plus que ni Carrier ni les autres représentants n'avouaient que parmi les fusillés il y avait des femmes et des enfants. Quant aux noyades — les deux seules annoncées bien qu'à mots couverts à la Convention — on les avait saluées d'applaudissements. Noyer des prêtres pouvait-ce être un crime? Il est impossible pourtant do croire que le Comité de Salut public n'ait pas connu les noyades de nivôse avant les lettres de Jullien. Que conclure de ce silence. Tous les moyens étaient bons pour arriver à l'extermination définitive?
(6) Bulletin VII, p. 10.
i44 CARRIER A NANTES
on ne peut nier que le seiitiineiit de la venyi-eance contre les prisonniers vendéens ne fût à un certain moment poussé jusqu'à la rage (i). Qu'on ajoute à cela la grande dominante des époques troublées, la peur sous toutes ses formes, et l'on aura parcouru le cercle des causes du consentement tacite ou empressé de la population. La peur, éternel mobile des terroristes (2) et des terrorisés de tous les temps ! Peur de la famine : « Les patriotes manquent de pain, s'écriera Robin (3), il est juste que les scélérats périssent et ne mangent pas le pain des patriotes ! »
Peur de la contagion (4) : Ces brigands étaient arrivés exténués par la marche et les privations ; on les entassait déjà à moitié malades dans les chambres mal aérées et disproportionnées avec leur nombre ; ils étaient préparés à toutes les contagions et, de fait, les épidémies se succédaient dans les prisons (5).
(1) M. Lallié, Noyades, p. 58, cite cette déposition de Crosnier commandant d'artillerie, inspecteur des relais militaires, d'après le Courrier Universel du 23 frimaire an III : « Le peuple de Nantes demandait pourquoi on amenait les brigands, pourquoi on ne les fusillait pas... 11 disait qu'ils apportaient la peste. Un jour que je conduisais dans cette ville deux chasseurs blessés, quatre bateaux de brigands descendaient la Loire; le peuple indigné du traitement que ces deux chasseurs avaient leçu de la part des brigands, voulait précipiter ceux qui passaient dans ces bateaux et exprimait sa vengeance contre eux. »
Les négociants eux-mêmes en voulaient aux brigands qui depuis dix mois « menaçaient leurs magasins du pillage » et sur les champs de bataille « retournaient les poches des culottes de soie », c'est-à-dire de leurs fils. On peut s'expliquer alors dans une certaine mesure comment purent se produire les atrocités des Fouquet et des Lambertv permises par Carrier, comment n'éclata pas le soulèvement de la ville de Nantes contre l'atroce dictature du représentant; abstention que Mercier du Rocher reprochait amèrement aux Nantais. Voir Mémoires inédits de Mercier du Rocher, Bibl. de Nantes, et les appréciations de M. Ghassin dans la Vendée patriote, tome II, p. 492, et tome IV, p. 220.
(2) « La réunion des trois fléaux de la peste, de la famine, de la guerre menace Nantes », écrit de Tours, Jullien (de Paris). E. Lockroy, Un", mission en Vendée, p. 225.
(3) Bulletin du Tribunal VI, 329.
(4) Carrier, dans les délibérations des 14-15 frimaire, n'avait-il pas déjà parlé à plusieurs reprises de la peste qui exposait les patriotes à périr si l'on ménageait les brigands ? — Voir chapitre VIII.
(5) Ce qui était vrai pour le Boufîay en frimaire l'était bien plus encore pour l'Entrepôt. Les déclarations écrites sur le registre ouvert de la Municipalité attestent qu'on y trouva le 5 nivôse beaucoup d'enfants morts (cité par M. Lallié, les Prisons de Nantes, p. 56). David Vaugeois, accusateur public, témoigne de faits semblables et ajoute que la Commission militaire avait reçu l'ordre de commencer ses travaux par les prisonniers de l'Entrepôt, « attendue le méphi-
L'AIDE-DE-CAMP SAVARY i45
Carrier et ses complices, en vidant l'Entrepôt par un moyen radical, n'avaient donc pas seulement avec eux cette lie de la populace qui se rue au partag^e, fût-ce de guenilles, mais une notable partie du peuple et de la bourg-eoisie de Nantes. Affolés par la g-uerre de Vendée et ses conséquences, se berçant de l'illusion que le noyau du fanatisme pouvait être écrasé par ces moyens barbares plutôt propres à le propager, ces timorés étaient devenus des féroces et secondaient admirablement les projets d'un maniaque lui-même stimulé par la peur. On n'en peut douter en effet, une fois mis en branle ce prog-ramme qu'acceptait la Convention, Carrier eut peur de revenir en arrière. Savary rapporte que, dans les premiers jours de nivôse, il essaya d'obtenir de Carrier la liberté des prisonniers de l'Entrepôt. 11 essaya de lui faire comprendre qu'assez de victimes étaient tombées après Savenay, que les représailles de guerre ont des bornes, que « la clémence était le meilleur moyen d'assurer la paix dans la Vendée ». — Carrier aurait écouté sans bondir, aurait hésité, donné môme quelques ordres dans ce sens : « Je consens, dit-il à Savary, à rendre la liberté à ces prisonniers »; mais quand Savary lui dit : « Eh bien, donne-moi l'autorisation ou l'ordre par écrit, je me charge du reste, w — (( Un ordre par écrit ! répondit Carrier, je ne veux pas me faire g-uillotiner ! (i) »
Nous devons croire Savary sur parole . Carrier a donné plus d'une preuve d'inconséquence durant ses trois mois de proconsulat. Il a pu un instant vouloir fléchir,
tisme affreux dont elle était infectée ». — Bull, du Trib., VI, 261 et !S39. — Eod., déposition de Fonbonnc, directeur général des hôpitaux. Bien d'autres faits prouvant l'état d'insalubrité de l'Entrepôt seraient
vk i±\j\,xji , xiiuiLicLOf i.iLti o i;iiti oiiii i 11 i:ii^uc;iiiiuc;iii/ pviui aiiiuiiv^iui i^ o^^i «
des détenus, dit « qu'il trouva en entrant dans cette affreuse boucherie (l'Entrepôt) une grande quantité de cadavres épars çà et là, qu'il vit des enfants palpitants ou noyés dans des baquets d'excréments humains ». — Bulletin VI, 262.
D'après Bignon, il passa plus de 8.000 prisonniers à l'Entrepôt des
ifés. Il n'y périt pas moins de 3.000 prisonniers, d'après les calculs
• jlevés par Berriat Saint-Prix {la Justice révohil.) et M. LdAWè [S oyades,
p. i)0). La fièvre typhoïde et la petite vérole semblent y avoir régné
constamment à l'état d'épidémie. Voir Guépin, Hist. de Nantes^ II,
cafés rel
(1) Savary, Guerre des Vendéens et des Chouans, t. III, p. 31.
i46 CARRIER A NANTES
mais l'idée de V ordre par écrit l'arrête. Qu'il s'agisse d'indulgence ou d'exécution arbitraire, il refuse toujours d'apposer sa signature. On ne peut nier (ju'à son point de vue il n'ait eu raison. C'est pour avoir deux fois changé de système (i) qu'il se verra poursuivi et conduit au banc des accusés où ses crimes ne l'amenaient pas. — Dans l'espèce Carrier — et ceci est à l'appui de la thèse qu'il avait reçu des ordres secrets (2) — avait peur d'être désavoué, car le désaveu alors menait à la place de la Révolution. Le Comité de Salut public n'a pas tout ordonné, mais il sait tout et tout ce qui concourt à asseoir son programme il le laisse faire. Laignelot, un jour à la Convention (3) déchira le voile : « Avant que Carrier^fût dénoncé, dit ce représentant, j'allai voir Robespierre qui était incommodé ; je lui peignis toutes les horreurs qui s'étaient commises à Nantes, il me répondit : « Carrier est un patriote, il fallait cela dans Nantes. »
Le projet de Savary écarté, — si tant est que Carrier ait admis sérieusement une idée d'amnistie, — la question restait en état et l'évacuation des prisons empestées se faisait trop lentement au gré des patriotes. Qu'étaient-ce que ces quelques jugements rendus par le tribunal de Phelippes et la Commission Lenoir ? Des milliers de brigands s'entassaient de jour en jour au Rouffay, au Ron- Pasteur, à l'Entrepôt; la Commission venue du Mans à Savenay, puis à Nantes, à la suite des armées, arrivait à peine, on continua la série des noyades, après quelques jours de répit.
Sur la date exacte de ces noyades, sur leur nombre et l'espace de temps qui les séparait (4), sur le chiffre des victimes sacrifiées dans chacune, impossible au premier
(1) Ordres des 27 et 29 frimaire enjoignant au présidentPhelippes de faire procéder sans jugement à i'exéculion de 24 et de 27 brigands. - AiTCté de Carrier, défendant à tout citoyen d'obéir au représentant Tn' houart, qui s'était permis de faire arrêter Lcbatteux — agent dans h Morbihan., Archives nat. A F H, carton 269, pièce 15.
(2) Voir Avant-propos, page 4.
(3) Moniteur du 5 frimaire an III, p. 278.
(4) Les uns les placent à huit jours de distance, d'autres plus ou moin^ Gracchus Babeuf, Du Système de dépopulation, etc., p. 135.
DU NOMBRE DES NOYADES i47
;il)ord d'accorder les documents. Michelet a parlé de sept sans donner de dates. Louis Blanc(i),qui a suivi le récit <1(' Babeuf, mais en restant dans un vague voulu, concède fifnsienrs noyades. D'après les témoignages, les noyades • chiffreraient au moins par vingt (2). Phelippes Tron- |i)lly dans le procès en compte vingt-trois (3) La preuve absolue n'existant que pour sept, Berriat Saint-Prix s'en est tenu statisti(|uement à ce chiffre, tout en laissant le champ libre aux hypothèses présentées au cours du procès (4). Avec M. Lallié, dont la documentation très serrée est étayée par des faits probants, nous parvenons à un chiffre supérieur. L'impartialité presque complète dont l'historien des Noyades et des Prisons de Nantes a
Iflssi à faire preuve, au cours de ses nombreuses études r la période révolutionnaire à Nantes, nous autorise à endre ses chiffres en considération et à les présenter lecteur sinon comme des certitudes, du moins comme s hypothèses plus que plausibles et consciencieusement 1^ exposées (5).
Les trois premières noyades, nous les rappelons succinctement : 1° celle des go prêtres de Nantes (27 brumaire an 11- 17 novembre 1793); 2° celle des cinquante-huit prêtres d'Angers (20 frimaire- 10 décembre 1793); 3° la noyade du Bouffay (24 frimaire-i4 décembre 1793) que l'on désigne souvent sous le nom de noyade des suspects. Toutes les autres semblent être des noyades de brii.'^ands (6) et celles-ci se comptent difficilement. Cependant
(t) llist. de la Révolution, t. X, p. 193.
(2) Gracchus Baboul', id.. Déclaration de Leblois. Pièces remises à la commission des 21, liasse, 1'" pièce. Lescadieu, llist. de Nantes, l\, p. 123. Prudhomiiic, d'après des renseignements qu'il ne rapporte point, opine pour 25. Uisl. des crimes ae la Révol., 11, p. 337.
(3) Bulletin VI, ii!36, déposition de Phelippes au procès du Comité, 3 brun>aire .
(i) Berriat Saint-Prix, Justice re'volulionnaire, pp. 50, 53,61.
(0) Voir les Noyades de Nantes, p. 38 et suivantes et p. 82.
(6) A excepter celle des femmes soumises (une centaine environ) enfermées à Mirabeau. Carrier, au procès, niera les avoir fait noyer, o Je vous prouverai, dit il, dans son rapport que je lus destinais à coudre les guêtres et les culottes des défenseurs de la patrie. » Un fait certain est qu'elles ont disparu, sans laisser de trace sur les registres du grelle. Donc, noyées, mais à quelle date? Coron certilio que 83 filles publiques
i48 CARRIER A NANTES
peut-on en distinguer deux catégories : celles du commencementde nivôse, que les témoins appellent les « grandes noyades » parce (pie le nombre des victimes y est considérable, et celles qui ont pris place à partir du lo ou 12 nivôse et qui présentaient ce caractère particuliii que les noyés avaient d'abord été transportés sur des galiotes (i).
Qu'entre la première noyade de prêtres et celle du BoufFay il y ait eu des exécutions sur la Loire, ce n'est pas douteux. La preuve en est toute trouvée dans le mémoire adressé par Grandmaison aux représentants Bô et Bourlotte (2), dans la déclaration de Robin (celui qui a le plus facilement avoué les « déportations verticales) » déposant qu'en son absence « il y eut à Nantes des noyades » (3), dans l'assertion de Goullin disant au procès des Nantais où il comparaissait comme témoin qu'à sa connaissance il y a eu cinq ou six noyades, cinq à six cents personnes de noyées et que la dernière est du 25 frimaire (4).
Parmi les grandes noyades, une des plus importantes, (est-elle de la fin de frimaire (5) ou du commencement d(
enfermées à la salle du Cours du Peuple, à Mirabeau, furent noyées mais il ne donne pas la date. Le témoin Dreux cerliflc que 80 femme! furent noyées. Bulletin VI, n» 98. Procès du Comité, L B*' 4179.
(1) M. Lallié, les Noyades, p. 83.
(2) Mémoire écrit par Grandmaison, alors en prison, à la fin de prai rial. Arch. nat..493, carton 131, pièce 131, voir infrà. Pour disculpei le Comité dont il fait partie, Grandmaison déclare que, pour sedébariits ser des bouchesinutiles et criminelles, plusieurs submersions ontélé la i I fjs mais que le Comité n'en a eu aucune connaissance, qu'on en piirli ; peine dans la ville. La Comité ayant donné lui-même le 17 frimaire il(; ordres pour une noyade, on doit conclure, si Grandmaison a dit vrai que celle des prêtres du i7 brumaire n'est pas la seule qui se soii accomplie avant le 17 frimaire. 1
(3) Robin s'absenta de la fin de brumaire au 12 ou 13 frimaire. '
(4) On peutsupposer queGoullin, en avouant les premières noyaihs celles qu'il croyait avoir eu le plus de retentissement, espérait écai Ir les révélations sur les autres. Compte rendu du procès des 132 Nantais fructidor an M, Coia^rier universel.
(5) Le témoin Thomas la raconte ainsi d'après les détails donnés pa le batelier Perdreau. «Dans uncafé delaplace du Bouffay, Perdreau (|u était ivre me demanda du tabac en disant : Je l'ai bien gagné, je vicii d'en expédier sept à huit cents. Je m'informai comment il expédiai ses victimes. Il me dit que d'abord il les dépouillait, ôtait leurs fialiitrles attachait par lespoignetsetlcs bras, les faisait monter deux àdrii dans un bateau, d'où il iesprécipitait, dans laLoire, latctela premi n* Pour connailre toutes les cruautés qu'il exerçait, je lui observai «jti quelques-uns pouvaient bien nager sur le dos et se soustraire ain-i
LE CHARPENTIER AFFILÉ i49
nivosc?)est celle qui comprenait huit cents victimes réparties eu deux l)ateaux. Là se distingue Foùquet, l'alter ego de Laïuberty, reprochant « à ses satellites de ne pas savoir donner de coups de sabre et leur montrant par son exemple comment il fallait s'y prendre (i) » Dans le nombre des noyés, beaucoup d'Allemands (2). « Les gabares ne coulaient pas assez vite à fond, on tirait des coups de fusil sur ceux qui étaient dessus. »
Si l'incertitude est impossible à vaincre quant à la date de cette noyade, les témoignages ne s'accordant pas (3), il n'eu est pas de même pour celle dont Affilé a fait le récit (4).
l'ouquet l'a envoyé le 3 nivôse chez le marchand de bateaux Marie pour réclamer les deux barques promises jet les charpentiers nécessaires pour couper les sabords. Les bateaux sont descendus en face l'Entrepôt et tandis qu'Affilé est allé chercher des cordes pour amarrer les prisonniers, on faisait la soupape. « x\ 9 heures du soir continue Affilé, les malheureux furent conduits de l'Entrepôt aux bateaux au nombre d'environ cinq cents... Plusieurs mend)res de la compagnie Marat dévalisaient les victimes à bord, et les mariniers les pillaient encore à fond de cale pendant que Fouquet me menaçait de me liinycr comme les autres si je n'obéissais pas... Deux icilelels étaient attachés à chaque gabare : on leur fil Midre le large, la soupape s'ouvrit, les sabords furent
iibmersion. Nous y mettons bon ordre, répond le batelier ; nous IIS de grands bâtons avec lesquels nous les assommons. C'est ce nous appelons le mariage civique. » Procédure du Comité révolu-
/iinaire. Bib. Nat., LB *' 4179. Bulletin VI, 263.
1) Pièces remises à la Commission des 21, 2« liasse, 3« pièce. Décla-
' iri de Wailly.
Id., 2' liasse, déclaration de Frcteau. Ces Allemands étaient des liits de la légion germanique composée d'Alsaciens, de Suisses, • ippés au massacre du 10 août. Un grand nombre avaient déserté et lient enrôlés dans les troupes vendéennes. Voir Desmé de Chavi- , Revue kistorique de l'Ouest, 1892.
') Fréteau et Wailly semblent faire allusion au commencement de •se, ainsi que le batelier Pierre Robert, tandis que l'officier de santé iHias opine pour la fin de frimaire. Pièces remises à la Commission 21. Deuxième liasse, 3° pièce, 9» pièce, pages 35, 40. i) Déposition d'Affilé, Bulletin du Tribunal, VI, 318,
i5o CARRIER A NANTES
levés; les prisonniers criaient miséricorde, pendant que ceux fpii étaient sur le pont s'élancèrent surlesbateletsot que dans leur désespoir les victimes s'écriaient : Sautons aussi dans leurs batelets et ils périront avec nous. » — Ceux qui voulaient le tenter furent repoussés à coups de sabre... — «Après l'expédition, dit encore Affilé, les bateliers allèrent avec les membres de la compag-nie Marat dans une auber|y^e, puis chez un tonnelier où ils se paitag-èrent, suivant la coutume, les effets des noyés. »
Deux noyades eurent lieu le 4 ^^ le 5 nivôse. Ici on ne table pas seulement sur des témoig'nages,mais sur le rapport de Benaben, commissaire du département de Maineet-Loire (i). Benaben a suivi l'armée et après la déroule des Vendéens à Savenay il est rentré à Nantes le 5 nivôse. Là il apprend que le Comité révolutionnaire ou la commission militaire, fatigués sans doute de faire fusiller ou guillotiner les brigands, avaient pris le parti de le? noyer avec des bateaux qu'ils coulaient à fond par Icj moyen d'une trappe lorsqu'ils y avaient enfermé l< malheureux. « On en noya deux cents le jour de nun arrivée (5 nivôse), dit Benaben.|On en avait noyé la veill» trois cents et on devait en noyer douze cents le lendr main » (2)... A l'atrocité de l'action, on joignait la plm santerie, car on appelait cela envoyer au château d'Em par allusion au château d'Eau (ou château d'Aux situ aux environs de Nantes (3). »
Benaben semble croire que les deux cents premier étaient des brigands qui, pendant son séjour à Derval s'étaient rendus à Nantes avec armes et bagages, que le
(1) Rapport de Benaben, etc. Angers, Marne, an III, in-8. Bibl. Natj L.B. 41 1350, pp. 92 et suivantes.
(3j Le Moniteur du 13 nivôse publie une lettre de Nantes du 6 nhrôl contenant les détails suivants : « Le nombre des brigands qu'uni amenés ici depuis dix jours est incalculable... la guillotine étant'^J lente et attendu qu'on dépense de la poudre et des balles en les ftisl lant, on a pris le parti d'en mettre un certain nombre dans de gf^tnî bateaux, de les conduire au milieu de la rivière, à demi-lieue del ville et là on coule le bateau à fond. Cette opération se fait conlinueli ment. Lettre lue par le citoyen Minier, à la Commune de Paris, dollD| aussi par Berriat Saint-Prix, p. 123.
LOUIS TURREAU i5i
;mlrcs, soit environ ([uatorze cents pourraient être ceux (jiii s'étaient constitués prisonniers sur la foi de l'amnistie promise par le général Moulin (i). A Nantes, le commissaire de Maine-et-Loire a vu les représentants du peuple, Turreau, Carrier et Prieur (de la Marne). Ce dernier, étant malade et alité, pouvait ignorer les événements, dira Benahen (2). Inutile de tirer la conséquence de cette restriction : Louis Turreau, qui s'était si bien distingué après Savenay, comme Prieur du reste, en envoyant tout le bétail humain à la boucherie — je veux parler de la commission Bignon-Gonchou, — Louis Turreau assistait impassible à ces exécutions ordonnées par Carrier et le Comité.
Noya-t-ou les jours suivants? Certainement au moins ^■le fois, d'après la déclaration de Charpentier (3), orfè- ^Be, qui assista, en qualité de garde national, à une exé-* Hpition de nuit le 7 nivôse. On a fait mettre la compagnie ^n haie, devant l'Entrepôt, à 5 heures du soir : les brigands, au nombre de quatre à cinq cents, marchant qua-
(1) D'après une autre version, ces prisonniers qui s'étaient rendus furent emmenés à Angers et fusillés par les ordres de ilentz et de Francastel dans la plaine de Sainte-Gemme. Le général Moulin, déjà desservi par une délation auprès de Carrier croyait probablement faire œuvre utile a la pacilication en délivrant des saufs-conduits à quelques prisonniers. Carrier fait mander le général Moulin à Nantes, le désavoue, le fait jeter en prison, lui inflige la honte en le réintégrant de proclamer, que « s'il avait accordé des passeports à, quelques Vendéens, ce n'avait été que pour engager un plus grand nombre à se rendre ». (Affiches d'Angers produites par M. Poitou, les Représentants du peuple daus le département de Maiue-et-Loire, brochure, Bib. de Nantes.) Voir la lettre de Carrier du 30 frimaire, lue à la Convention le 6 nivôse. Moniteur, tome VII, p. 393. « A mesure que les brigands arrivaient sur la rive gauche ils étaient tués par nos postes sans résistance. Il n'en eut pas échappé un seul sans les ordres du général Moulin qui s'est avisé de donner des passeports à quelques-uns pour les autoriser à rentrer chez eux. Je viens de faire partir l'ordre d'arrêter ce général vraiment coupable, etc. » Voir le récit de cet incident, Savary, Guerre des Vendéens, II.
(2) Rapport de Benahen, p. 96. Ce Benabon, ancien Oratorien, mathématicien, homme plutôt modéré et qui est mort entouré de l'estime de ses concitoyens, sacrifiait aux idées du jour quand il disait dans ce môme rapport: « En vérité, les royalistes se sont plaints quelquefois de mourir de faim, ils ne pourront se plaindre qu'on les fasse mourir de soif. »
(3) Pièces remises à la Commission des vingt et un, pp. 57 et 108. — Déclaration de Charpentier. — Du système de dépopulation, etc. par Gracchus Babeuf, p. 130.
i52 CARRIER A NANTES
tre par quatre, sont dirigés vers l'endroit désigné par le Comité révolutionnaire. Ce ne fut qu'à onze heures du soir que le « cordon de malheureux », arriva à destination, non sans subir les brutalités de Robin qui les renversait et tombait sur eux à coups de plat de sabre pour les faire relever. Parmi les victimes, des enfants de quatorze à quinze ans. Au moment d'entrer sur la barque qui devait engloutir les condamnés, on les fouillait encore une fois. Sullivan (i) se distinguait parmi les « dépouilleurs ». Il avait même proposé, pour mieux profiter du butin, de mettre les condamnés tout nus. On n'eut pas le temps cette fois de mettre le projet à exécution.
Fouquet et Lamberty dirigeaient les baignades, mais le représentant ne dédaignait pas d'y assister parfois. Un soir que les deux adjudants étaient venus prendre des prisonniers à l'Entrepôt pour les mener à la Piperie, Carrier était là, revêtu d'une « roquelaure » brune et d'un chapeau rond, qui disait : « Dépêchez- vous, marchez en ligne (2). »
Ceci n'est qu'un témoignage, j'en pourrais citer bien d'autres ! Bien qu'à la Convention et au cours des débats de frimaire an III (3), il s'obstine à nier sa participation aux noyades, rejetant tout sur le Comité — lequel, nous le verrons, lui renvoie la balle à lui et à ses « fidèles », hors d'état depuis longtemps de se disculper (4), — Carrier est informé des exécutions qu'il a autorisées. S'il ne les a pas ordonnées toutes (5), c'est qu'il s'en rapporte au zèle
(1) C'est le patriote dont Michelet a exalté la douceur, fiévolul. française, livre 111, ch. vi.
(2) Déclaration de Saturnin Depois, on date du 24 vendémiaire an III. Archives nationales. W, 49?{-479.
Voir dans l'Orateur du Peuple, \v^ des 3 et 6 brumaire an III, pp. 157 et 108. un récit détaillé d'une noyade. Ce récit n'est pas signé, mais corrobore bien les dépositions des témoins.
(3) Bulletin du tribunal révol.. Vil» partie, pp. 25-27. Dépositions (ii Goullin et de Chaux. — Procès de Carrier. Bib. Nat., L. B. 41 1521, pp. 17, 26, etc.
Séances du 12, du 16 frimaire. Dépositions de Robin, de Goullin. Moniteur du 5 frimaire, p. 277, du 2 nivôse, p. 282.
(4) Lamberty et Fouquet ont été guillotinés le 25 germinal. Voir plus bas.
(5) Pas d'ordres écrits, là réside la force de sa défense.
LA BAIGNOIRE NATIONALE ï53
(le Lambert y, armé de pouvoirs illimités(i) etqui sait mesurer pour le bien de la Ilépublique et la destruction définitive <les rel>elles l'étendue de ces pouvoirs. Qu'à l'époque des noyades Carrier se soit vanté de ces forfaits, ce n'est plus un doute pour personne. On l'a vu rire de la grimace que faisaient les prêtres en tombant àl'eau (2), un témoin dig-ne de foi, au procès citera le trait suivant qui porlesonenseig-nement. Les sinistres expéditions terminées, Lamberty avait coutume de venir au « rapport » . Un soir il dit ^u représentant: « En voilà deux mille huit cents d'expéics » et comme Naudy, le témoin enquestion, demandait (es explications, Carrier prit la parole : «Quoi! vous n'enïndez pas que cela veut dire que j'en ai fait descendre ;ux mille huit cents dans la baignoire nationale (3) ? Pour parfaire ce chiffre de deux mille huit cents prononcé à l'époque où l'on noyait continuellement et qui ne foit pas être au-dessus de la vérité, on conçoit qu'il y ait kl plusieurs noyades en dehors de celles dont nous avons donné le détail d'après des documents précis (4).
Pour les autres noyades nous possédons moins de détails nrécusables, ce qui permet à la controverse de se donner cours. Berriat Saint-Prix n'a pas connu les noyades des cabotes, mais les travaux plus récents de M. Lallié ont permis à M. Wallon d'admettre comme prouvées au moins celles des 9,16 et 20 nivôse (5). On avait imaginé un procédé nouveau qui nécessitait moins d'appareil et attirait moins l'attention. Les détenus étaient transportés des différentes prisons de la ville sur les galiotes (6).
(1) Le texte en est donné chapitre VIT.
(2) Dans un dîner à Paris, il s'en est vanté lui-môme : « Dans mon (léparJement, nous allions à la chasse aux prêtres. Je n'ai jamais tant ri, qu'en voyant les grimaces que ces b... là faisaient en mourant. » Nougaret, Histoire des Prisons, IV, 293.
i3) Procès de Carrier, séance du 20 frimaire. — Déposition de Naudy, ou Naudille, inspecteur à l'armée de l'Ouest.
(4) Berriat-bainl-Prix, op. cil. — M. A. Lallié. Noyades de Nantes. M. Wallon, les Représ, en mission, I, p. 419, et le Tribunal révolutionnaire, V, p. 330; VI, p. 28.
(a) M. Wallon, Trih. révolutionnaire, V, 'p. 339. M. Lallié, Noyades, p. 58, déclaration de la femme Pichçt, de Madeleine llotessier, dépositions de Colas, de Fréteau, de Pierre Robert. Pièces remises à la Commission des Vingt-et-Un.
(6) M. Wallon, id.
i54 CARRIER A NANTES
De ces prisons flottantes à la g'abare il n'y avait pas loin, et la sombre besogne s'opérait sans bruit. Une lettre du 20 nivôse, adressée à Lecointe (de Versailles), nous apprend qu'on continue Ac fusiller, guillotiner et noyer hommes et femmes des rebelles quon a ramassés depuis leur défaite (i). Est-ce là le terme? Non encore, puisque Bachelier, dans son Mémoire pour les acquittés , prétend qu'il n'y eut pas de noyades depuis le 28 nivôse (2). Ce serait indiquer en tout cas qu'il y en eut avant cette époque (3).
Bachelier a pu se tromper de date, car une (4) des déclarations remises à la Commission parle d'une noyade du 18 janvier (style esclave),jce qui correspond au 29 nivôse. Ces prisonniers au nombre de 3oo, hommes, femmes dont plusieurs enceintes, furent transférés sur les galiotes stationnées devant la Sécherie. « Ils furent descendus dans dans un bateau plat, attachés deux à deux, avec leur seule chemise (5), ayant été dépouillés dans le bateau. » Cette Jeanne Ghesneau, plus heureuse que tant d'autres.
(1) Lettre de Loyvet, gardo-magasin des vivres de l'armée à Ancenis. Les crimes des sept membres des anciens Comités, par Laurent Lecointre, p. 164.
(2) Mémoire pour les acquittés. Angers, an III. Bibl. de Nantes.
(3) La fille Perrotte Breveté a raconté ses démarches auprès de Carrier pour sauver son frère enf(;rmé à l'Entrepôt, démarches qui ont dû être faites le 18 ou le 19 nivôse. Carrier la reçoit, lui dit que son frère est bon à f. .. à l'eau, qu'il fallait qu'il périt, lui et beaucoup d'autres. La seconde fois elle se jette àses genoux; Carrier lui répond que leur jugement était fait sitôt qu'ils arrivaient à Nantes, celui d'être noyés sans autre formalité. Fuis il la rappelle pour lui faire des propositions honteuses. Enfin une troisième fois, comme elle demandait l'autorisation de porter du pain à son frère, il lui est répondu que son frère n'avait pas besoin de pain iù où il était, qu'il avait assez k boire et que si elle voulait répliquer, on allait aussi la fairci mettre dans le même bateau. Pièces remises à la Commission des Vingt-et-Un, 2» liasse, 2» pièce. Voir aussi Tableau effrayant des crimes et forfaits commis par Carrier. Bib. nat., L B«' Mii, pages, 31. 32.
(4) Déclaration de Jeanne Chesneau, pièces remises à la Commission, p. 93.
(5) Le « dépouillement » des noyés ne semble pas avoir été opéré de façon uniforme. Parfois les condamnés, les jours de hâte sans doute, gardaient leurs vêtements. La preuve en est dans les objets retrouvés en Loire près de l'ile Cheviré. Pendant que j'étais à Nantes, des opérations de draguage avaient fait recueillir par les mariniers des « châtelaines», et autres bijoux en or. J'ai vu plusieurs de ces objets dontla forme était reconnaissable.
TRAITS D'HEROÏSME i55
fut rocucillie à son bord par un <'mployé des douanes an moment où le bateau coulait (i).
On s'acharnait contre les femmes ; nous verrons tout à l'heure qu'on n'épartj;-nait pas toujours des enfants en bas CigG. Les sœurs La Métayrie ont passé à la postérité à cause de leur jeunesse, de leur charme, de l'horreur que fit éclater leur supplice (2). Combien d'autres restées inconmies qui, ayant résisté à Carrier ou à ses aj^ents, furent traînées aux galiotes et englouties dans la Loire! Quelques-unes, comme Jeanne Chesneau, trouvèrent des sauveurs. J'entends des sauveurs désintéressés, et l'on a plaisir à enreg-istrcr ces traits d'héroïsme (3). Mais
(i) M.Lallié, op. cit., p. 65.
(2) On se rappelle que le bourreau était mort de chagrin le lendemain.
(3) Jeanne Blanchard, avec sa mère et sa sœur âgée de douze ans. furent cachées pendant huit jours sur un bateau mouillé près de la Sécherie (à la fin de frimaire); quelques hoiumes.« oinés de grosses épaulettes en or » les dépouillèrent, elles et les autres femmes, de tout ce qu'elles pouvaient avoir, mais grâce à la protection d'un marin on les lit passer sur un bateau plat avec quelques enfants qu'on voulut aussi sauver. Elle assista à l'une des noyades des galiotes, mais en sûreté sur le bateau du commandant; sur ce bâtiment la déclarante observe qu'elle a rencontré la citoyenne Chandenier, également sauvée par un dévouement inconnu. Pièces remises à la Commission des Vingt-et-Un, page 78. — Mademoiselle de Cuissard, âgée de 16 ans et très belle, s'était attiré l'attention d'un officier qui la supplia de se laisser sauver, mais elle était avec une vieille parente que cet homme ne pouvait se risquer à dérober au supplice, la jeune fille se précipita dans la Loire avec elle. Mad. de la Rochejaquelein, Mémoires, p. 462.
Crétineau-Jolly cite les deuxtraits suivants:- Le premier est k l'honneur de deux représentants du peuple, Boursault et L'Offîcial qui se ti'ouvaient de passage à Nantes : ils ont voulu sauver deux femnies, mesdames Grellier de Concise et desMelliers (celle-ci mère delà jeune fille que Marceau avait arrachée à la mort lors de la déroute du Mans) et leurs enfants. Celles-ci sont cachées dans de la paille pourrie et sont, elfrayéos par l'aspect théâtral de Boursault, ancien tragédien. Pris de pitié les représentants lèvent l'écrou des deux jeunes filles et jurent d'en faire autant le lendemainpour les mères. Les enfants, dont l'aînée n'a pas 15 ans, sont placées chez une ouvrière. Le lendemain Boursault arrive à l'Entrepôt. Carrier ou ses acolytes se sont vengés dans la nuit, les deux femmes avaient été envoyées aux noyeurs. — Voici l'autre anecdote. Pendant une des immersions, le sergent Hocmard a obtenu de réclamer sa sœur ; il arrive à la galiote. Il apprend que sa sœur est déjà « en Loire», c'est-à-dire engloutie. Il veut faire profiter une des victimes de l'autorisation et fait passer pour sa sœur une autre femme, celle-là même qui lui a appris la mort de sa sœur et qui attend, les épaules nues. Il lui met son manteau sur les épaules, dit en montrant son laissez-passer: voilà ma sœur, et sauve ainsi la vicomtesse del'Epinay,— Crétineau-Jolly, Vendée mililaire. II. Cet Hocmard était
i56 CARRIER A NANTES
souvent ce n'était qu'un délai emprunté à la mort. Le médecin Thomas, dont les sentiments humains et courag'eux sont au-dessus de tout élojçe, était chargé {)ar la commission militaire de constater la grossesse d'un certain nombre de femmes. Il fit son expertise le 19 nivôse.Quand il revint, quelques jours après, il apprit qu'elles avaient été noyées (i). Plusieurs, parmi ces femmes dont parle Thomas, étaient enceintes de huit mois, ce qui permit à un témoin de dire que l'une d'elles « était accouchée dans le navire destiné à engloutir et la mère et le fruit (2) ». Faut-il raconter l'histoire de cette jeune fille des Herbiers, Victoire de Jourdain, comprise avec sa mère, sa sœur et un frère de dix- sept ans dans la fournée du 18 nivôse et qu'ont célébrée les écrivains royalistes? Elle refuse de se laisser sauver et veut mourir avec les siens. « Tombée, dit un des récits, sur un monceau de cadavres qui empêche que le fleuve ne soit un asile à sa pudeur, elle s'écria : Je n'ai pas assez d'eau, aidezmoi (3) ! »
Je voudrais fuir ces sombres tableaux et j'y suis ramené malgré moi, les noyades de la fin de nivôse nous présentant des scènes plus lamentables encore que les autres. Des coups de gafl^e à ceux qui ne sombrent pas assez vite, des sabrades sur la tète et les bras dont Grandmaison est l'inventeur, je ne veux plus parler. On est édifié sur ce sujet et une expédition ressemble à une autre. Mais comment passer sous silence le rapport
pourtant l'un des aides principaux de Fouquct et de Lamberty. M'"» De î'Epinay fut ensuite recueillie par Lavaux, d'après M'"» de la Rochejacquelein. Mémoires, page 465.
(l)On avait établi en principe de respecter les femmes enceintes. Devant les tribunaux ces exceptions étaient généralement observées, on leur laissait le temps de nourrir leurs enfants, comme étant une obligation républicaine. Dans le cas rapporté par Thomas on avait passé outre. Bulletin du tribunal. Y, p. Si62. M'"» de la Rochejaquelein raconte la mort de madame de la Roche-Saint-André ; étant grosse, elle avait été épargnée, mais l'enfant mourut et on la lit périr le lendemain. Mémoires, p. 462. Prudhomme, Histoire impartiale des Révolutions de France, tome X, p. 183.
(2) M. Lallié, Noyades, p. 63, déposition de Griault. Bulletin VI, p. 340.
(3) M"»» de la Rochejaciuelein, Mémoires,]}. 460. Rournisseaux, Hist. delà Guerre deVendée, t. III, p. 239, et M. Lallié, id., p. 64. Déposition de Fonbonne, directeur général des hôpitaux. Bulletin VI, p. 337.
QUELQUES ENFANtS SAUVES iS;
de Philippe Héliii, portefaix (i), qui a vit à la Séchérie un bâtiment charg-é d'environ cinquante femmes que l'on faisait monter l'une après l'autre pour les précipiter dans l'eau ainsi que des enfants et des jeunes gens de ({uinze ans »? Et ce récit de la femme Pichot (2), demeurante la même Séchérie : elle a vu amener un grand nombre de femmes dont plusieurs portaient des enfants sur leurs bras. Toutes pleuraient et se plaignaient. On va nous noyer, disaient-elles, et on ne veut pas nous juger... Et comme des citoyens prennent des enjants et les emportent (3) (cette fois on sauva des enfants), les cris des mères redoublent, elles répètent qu'on va les noyer puisqu'on leur enlève leurs enfants. Des femmes enceintes sont également amenées, déposées avec ce qui reste de femmes et d'enfants dans une galiote hollandaise. Le lendemain matin, par quelques citoyens, nouvelle demande de femmes" et d'enfants. Fouquet s'y oppose en déclarant que les ordres sont changés et ces femmes, ces enfants dont la remise avait été refusée (4)? furent peu de jours après noyés à leur tour.
Fouquet avait raison, les ordres étaient changés. Le Conseil général de la Commune — il s'était montré là l)ien audacieux — avait décidé le 6 nivôse, sur le rapport qui lui avait été fait de l'état sanitaire de l'Entrepôt, « que les enfants seraient mis dans quelques mai-
(1) Bull, dutrih. révoL, VI, p. 364.
(2) Bulletin, VI, 483, déposition de la femme Pichot.
(3) D'après le compte rendu du Mercure français, 15 brumaire an III, cité par M. Lallié, Noyades, p. 62, plusieurs citoyens s'entremirent pour sauver des enfants et des femmes enceintes et les obtinrent. On a ({"ailleurs la preuve que plusieurs fois des enfants furent réclamés par des citoyens charitables et élargis quand les réclamants n'étaient pas suspects. — Thomas, l'officier de santé, la veuve Dumais réussirent souvent, au début, ces sauvetages partiels. Voir procès de Carrier. Un témoin raconta qu'un jour, sur le quai, comme passait le convoi, une des femmes qui s'y trouvaient jeta un enfant qu'elle portait à une femme spectatrice qui le reçut fort adroitement dans ses bras. Bulletin VI, n" 98. Déposition de Dreux.
(4) Mainguct. membre du Comité révolutionnaire, déclara avoir soustrait au naufrage prés de cinq cents enfants. Ce chiffre semble très exagéré, mais on peut admettre le fait réduit aux proportions vraisemblables. — Leblois, accusateur public, le mentionne dans son l" réquisitoire contre \i membres du Comité, 23 vendémiaire an III.
i58 CARRIER A NANTES
sons d'infirmerie et que les femmes seraient conduites à la ci-devant communauté de Saint-Cliarles » (i). Bonne intention, lettre morte. Quelle pouvait être alors la puissance du Conseil de la Commune ? Le Comité révolutionnaire voyant que des habitants de Nantes se hâtaient de se rendre à l'Entrepôt pour en retirer des enfants, rendait, trois jours après, un arrêté contraire qui paralysait les bonnes volontés en réduisant à néant la décision du Conseil (2).
C'est à propos de cet arrêté qu'une discussion très vive s'éleva entre Carrier et le Comité, grâce à l'intervention de Savary qui revenait de Savenay. L'aide de camp de Kléber a vu celui-ci à neuf heures du matin très affecté du placard du Comité révolutionnaire qui « enjoignait à tous les citoyens à qui il avait été permis de retirer du dépôt des enfants vendéens et de les élever, de les reconduire à cet antre d'infection, sous peine d'être considérés comme suspects ». Savary s'est offert pour courir chez Carrier demander des éclaircissements. « Je doute lui dit Kléber, que tu obtiennes plus de succès de cette nouvelle démarche (3), n'importe, va. » Laissons la parole à Savary. « J'entre dans la chambre de Carrier; il était encore au lit ; il paraît effrayé en entendant ouvrir sa porte et me demande ce qui m'amène si matin. — A-t-on juré, lui dis-je, de faire périr tout ce qui respire dans la Vendée, jusqu'aux enfants au berceau ?» — Cette question l'étonné, je lui parle de l'avis ou ordre du Comité; c'était une énig-rae pour lui. 11 entre en fureur,
(d)M. Lalliù, Noyades, p. 72.
{2) Ici., p. 63, d'après les archives du greffe. Trois des arrêlés concernantla remise des enfants àTEnlrepôt ontété conservés. Les deux premiers sont signés le premier de Goullin, de Grandmaison, Cliaux et autres. Le troisième, signé de Grandmaison, a besoin d'être expliqué. Parmi les personnes qui avaient réclamé dos enfants à l'Entrepôt envahi parle typhus se trouva une femme Papin, qui peupla sa maison déjeunes Vendéennes, belles sans doute, et qui formèrent ce qu'on appela le sérail delà femme Papin. De ces sept femmes la plus jeune avait quinze ans ! Le troisième arrêté qui concei'nait la Papin avait, à la décharge du Comité, sa raison d'être. Bulletin, déclaration de Chaux, noSl. Berriat Saint-Prix, p. 117.
(3) On se rappelle que Savary avait tenté après Savenay d'obtenir une amnistie.
LA QUESTION DES ENFANTS i5r)
jure, tempête, saute de son lit, fait mander le Comité qui arrive, président en tète (c'était alors (ioullin). Carrier entre de nouveau en fureur, court à son sabre, en menace le président; je le retiens. « Que signifie, dit-il en jurant, cet avis du Comité concernant les enfants vendéens, et qui t'a autorisé à le faire afficher ? — Citoyen représentant, répond en balbutiant le président, le Comité a pensé qu'il ne faisait que prévenir les intentions, il n'a pas cru te déplaire en cela. — Si, dans cinq minutes, le Comité n'a fait afficher un avis qui détruise celuici, je vous fais tous guillotiner (i). »
La scène s'était passée le ii nivôse; le 12 un arrêté signé des représentants Bourbotte, Carrier et ïurreau portait que les enfants au-dessous de douze ans pourraient être délivrés aux bons citoyens (2).
On peut se demander si Carrier avait joué là une comédie. Le Comité, remis de sa frayeur, ne semble pas se préoccuper de l'arrêté des représentants et fait rechercher par Jolly les noms de ceux qui ont pris chez eux des enfants de brigands, conformément à la proclamation du Comité qui leur enjoignait de les reconduire à l'Entrepôt (3). En somme, cette question des enfants resta en suspens pendant dix jours encore. On parlait de les faire sortir, mais personne ne donnait d'ordres. Les instances de Dumais, concierge de l'Entrepôt, qui montrait ces enfants mourant faute de soins, finirent par émouvoir jusqu'à Bignon et à David Vaugeois, le président effectif et l'accusateur public de la farouche Commission militaire . Vaugeois (4) a envoyé Goudet auprès de Carrier pour l'informer que « les enfants sont dans l'ordure jusqu'au cou «. Le représentant, furieux d'être troublé dans son
(1) Savary, Guerre des Vendéens, t. III, p. 31 .
Savary ajoute ce commeotaire : « Carrier m'a semblé un grand enlant qui aurait eu besoin de bonnes lisières ou d'une place à Cliareutoii. f Grand enfant est indulgent! Ce qui est vrai, les pages suivantes le démontreront, c'est que, comme l'a dit Michelet, on ferait un livre lies inconséquences de Carrier, Révol. franc, VII, p. 170.
(â) Rapport de Carrier (suite), p. 31 .
(3) M. A. Lallié, No)/ades, p. 74, d'après les archives du greffe.
(4) Déposition de David Vaugeois, procès de Carrier.
i6o CAKRIEU A NANTES
sommeil, se met en fureur. 'A Big-non, qui vient l'entretenir du même sujet, il répond : « Les enfants sont des vipères qu'il faut étouffer. » Bignon (i) n'a pas été plus heureux avec Prieur (de la Marne) qui lui conseille d'en référer à la Convention, avec le Comité de sûreté générale qui ne lui répond pas (2).
Au milieu de ces contradictions paraît, signé de Carrier seul (28 nivôse), un nouvel arrêté où il est permis de nouveau aux citoyens de prendre des enfants au-dessous de douze ans. Chaux (3) se vantera d'avoir obtenu du représentant ce nouvel ordre qui « arrache les enfants aux fureurs de Fouquet et de Lamberty (4) » et de fait cet arrêté humanitaire semble lui être dû. Mais pourquoi une seconde motion identique à une première qui serait restée lettre morte ? Lequel des deux arrêtés de Carrier avait une valeur? Le second, d'après le résultat, puisque l'application en fut faite même après que l'inconséquent Carrier eût menacé de la guillotine comme « complice des scélérats » l'ordonnateur de la marine qui proposait de « faire des matelots » de tous les enfants vendéens'(5). Le Comité révolutionnaire lui-même venant à composition adressait le 26 à la Municipalité l'invitation « d'avoir un registre où s'inscriraient les citoyens s'engageant à nourrir ces enfants (6) ».
(1) Bull, du Trib. rp'yo/., déposition do Bignon, VI, 3G2.
(2) Dans les cas délicats, c'était assez l'habitude. Le Comité de Salut public non plus ne répondra pas quand ïurreau deniandera ce qu'il doit faire dos femraos cl des enfants. Rapport de Turreau au Comité, Savary, t. III, p. 75. « Le Comité ne répondit pas, dit .Michelet, voyant bien qu'il n'y avait qu'une réponse possible et craignant, s'il la faisait, de passer pour modéré. » liévo/ française, tome VII, pp. 107 etsuiv. Les choses suivirentlcur cours, dit le même historien, d'autant plus cruellement que Robin et plusieurs autres étaient des enfants (Robin, La vaux avaient 20 ans). Révol. franc, id.
(3) Chaux, Mémoire pour les acquittés, p. 24, et supplément, page 4, Bibliothèque de Nantes.
(4) « Hérisson, charcutier, se présente pour avoir une fille do quatorze ans; les « commissaires» Fouquet et Lamberty lui disent qu'il est un scélérat de vouloir avoir de cette race. Carrier, qui était présent, ajoutait: Renvoyez-moi ce bougre-là». Prudhomme, Hist. impartiale des Révolutions, X, p. 196.
(5) M. Ghassin, la Vendée patriote, tome IV. page 219. M. A. Lallié, Noyades, p. 75.
(6) M. Lallié, id.
LKGENDK KT VKRITK i6i
Que, malgré ces restrictions, après le 26 iiivose, époque où l'on a pu compter à l'Entrepôt cent soixante-huit enfants mâles au-dessous de quinze ans, on constate des noyades partielles d'enfants môme de cinquante ou soixante à la fois (i), les dépositions ne nous permettent pas d'en douter (2) ; mais qu'il y ait eu des noyades spéciales d'enfants, malgré les témoig-nag-es, on se refuse à le croire (.'i). Laissons celte léçende aveccelle non moins affreuse des mariages républicains (4).
Des centaines d'enfants venus après Savenay (5), un grand nombre est disparu, les uns enlevés par ordre de Fouquet et de Lamberty (6); quelques autres, très jeunes, noyés avec leurs mères qui les portaient en allant au bateau (7), la plus grosse part, comme l'état sanitaire des prisons porte à le croire, sont morts de maladies (8).
(1) Di'-position de Fourrier, directeur de l'hospice. Bulletin VI, page 205.
(t) Déclaration de Fontencau, marin grôeur. Bull, du Tribunal, VI, 346. Déclaration do Goullin, pièces remises à la Commission des Vingtet-Un, page 68. Déclaration de Joiy, Bulletin VI, page i!60. Déposition de Robin et de Phelippes Tronjolly, procès do Carrier, séance du H Iriinaire. Pièces remises à la Commission des 21 (noyades des 7 et 29 nivôse), pp. 57 et 107, et Gracchus Babeuf, Dzi Système de dépopulation, etc., page 141. Voir encore les Noyades de Nantes, par Felhémési et les didérents Mémoires de IMielippes Tronjolly.
(3) M. Wallon, Trib. révolutionnaire, t. V, page 340. Les témoins Moutier, Thomas et Phelippes ont parlé d'une noyade de 400. 500 et même 600 enfants. Lecretelle jeune l'a répété dans son Histoire de la Convention, tome ill, page 165.
(4) Voirchapitn> XIII.
(5) Michelet parle de trois cents. C'est le chiffre donné par Chaux au tribunal; d'autres témoins parlent de cinq et six cents. Prudhommo donne une description fantaisiste d'une noyade de 500 enfants. Aucun document ne le prouve. Bist. impartiale, etc., tome X, page 189.
(6) Déposition de Chaux. Bulletin VI, page 232; de Bignon, page 261.
(7) D'après Nougaret, l'adjudant général Lefebvre donna ordre de faire jeter à la mer, au-dessous de Nantes, quarante et une personnes parmi lesquelles se trouvaient deux hommes âgés, douze femmes de différents âges et quinze enfants dont dix depuis l'âge de six à dix ans et cinq à la mamelle. Cet ordre fut exécuté le lendemain à cinq heures. Histoire des prisons, tome VI, page 286. Cette noyade doit être celle faite après le départ de Carrier (2 ventôse); les pièces lues à la Convention le 22 vendémiaire motivèrent un décretd'arrestation contre Lefebvre et son « exécuteur » Pierre Macé, capitaine du bâtiment le Destin. Celte affaire rappela celle d(!s membres du Comité de Nantes et fit hâter leur procès devant le tribunal révolutionnaire. Moniteur du 24 vendémiaire, et M. Wallon, Tribunal réuolutionnaire, tome VI, page 41.
(8) Les (infants étaient les premières victimes des épidémies. Guépin évalue à dix mille les victimes de cette espèce de peste ou de typhus.
i62 CARRIER A^NANTES
Il est donc possible, comme l'expose Berrial Saint-Prix et après lui M. Wallon, que ces centaines de corps jetés à l'eau au lieu d'être enterrés aient donné lieu à cette tradition (i).
Le chiffre parait très exagéré. Restons au chiffre de 3.000 produit par M. A. Lallié (deux mille pour la seule prison de l'Entrepôt).
(1) Berriat Saint-Prix, Justice révoluliomiaire, page 79; M. Wallon, lieprésentants en mission, tome I, page 421, et llist. du tribunal vévolutionnaire, t. V, page 340. Déposition de Hérau, t. VI, n» 77.