‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 43 sur 124 · LA LOIRE EMPOISONNÉE · texte numérisé non relu

LA LOIRE EMPOISONNÉE

pas assez explicites pour déterminer une conviction abliie, — ce fut à la fin de nivôse. Que ce soit de jour ou (le nuit, on noyait encore et la Loire trahissait les coupables. Le nombre de cadavres que le flux ramenait à Nantes fut si considérable qu'on afficha dans Nantes une ordonnance qui défendait de boire l'eau de la Loire et de manger de son poiason (i). Et pendant ce temps la contagion ne faisait qu'augmenter dans les prisons; peste par l'eau infectée, épidémies à l'Entrepôt. Là ce n'était pas nouveau; le typhus y faisait trente à quarante victimes par jour (2), ving-t et une sentinelles y avaient [)éri (3) tant l'odeur y était fétide (4) ; la contagion s'étant manifestée dans les autres prisons, la Municipalité s'inquiéta pour la ville elle-même et il fut décidé que l'on députerait vers Carrier « pour le solliciter de prendre un parti pour faire transporter les brig-ands dans un ou plusieurs navires, seul remède à apporter aux mallieurs qui menacent la Commune (5) ». Carrier semble avoir donné un avis favorable (6), car Jolly fut chargé par le Comité révolutionnaire « d'opérer le transférement

le sabre à la main, qui fit jeter ces cadavres dans la Loire. Cette opéralion faite, il fait mettre à nu tous les prisonniers, hommes, femmes, et enfants, on leur lie les mains derrière le dos, on if s fait entnîr dans un clialand, où ils sont noyés. Cette noyade s'est faite en plein jour » Bulletin VI, p. 283, déposition de la femme Pichot. Bulletin VII, n° 3.

(1) Procès du Comité. Déposition de Lacour, dit Labigne. — Les Noyades ou Carrier au tribunal révolutionnaire, par Felhémési (Méhée fils). Saint-Edme, Diclionn. de la Pénalité', t. IV, p 4iJ9.

(2) Docteur Leborgne, les Grandes épidémies gui ont régné à Nantes, p. 132, cité par M. Lallié, Noyades, p. 66. Lettre d'Orieux, pièces remises à la Commission des Vingt-et-Un.g" envoi, 12 brumaire.

(3) Non pas -< douze cents pères de famille », comme l'affirme Louis Blanc, Mévol. franc, X, p. 200. L'adresse des « républicains de la Société populaire »,du 11 iloréal, fait allusion aux pertes que fit éprouver à la garde nationale l'air empesté des prisons; c'est sur cette apologie que Louis Blanc a pu tabler en grossissant les chiffres. En revanche, les miasmes des carrières de Gigant.où s'entassaient les cadavres, firent

Eérir une grande quantité de « fossoyeurs ». Un auteur dit deux mille, e chiffre semble exagéré.(SowneniVs de laComtesse delà Bouère, p. 304.)

(4) Lettre du 2 pluviôse, Arch. départementales. Bachelier assure que la commission militaire, décimée par l'épidémie, faillit y périr tout entière. Mémoire pour les acquittés, p. 21.

(5)M. Lallié, Noyaden, p. 66, d'après les Archives municipales.

(6) A propos de cette délibération, M. Verger, dans ses Notes manuscrites ."ur la ville de Nantes, se demande si Carrier ne se faisait pas adresser cette requête pour masquer ses projets de noyades.

des brJ4,''ands de l'Entrepôt dans des çaliotes, après les avoir fait nettoyer par les prisonniers eux-mêmes (i). » La commission de salubrité indifjuait des remèdes tardifs, faisait jeter de l'acide sulfurique dans l'eau des détenus, ordonnait que les prisonniers bien portants fussent séparés des malades, que les vivants fussent contraints de sortir les morts des salles pour les exposer dehors (ce qui prouve que ce soin n'avait pas été pris jusque-là) (2), et que les cadavres de Gig-ant fussent recouverts de chaux (3). L'assainissement de la ville empestée ne pouvait se faire en un jour avec ce renouvellement constant de brigands condamnés par centaines par la commission Bignon ; ce que la fusillade continue ne suffisait pas à anéantir demeurait à l'Entrepôt une proie facile pour Lamberty. Au sujet d'une noyade projetée par celui-ci, une protestation se produisit enfin le 9 pluviôse. David Yaugeois, l'accusateur public de là commission, qui en 16 séances avait fait envoyer 1969 personnes à la mort sans plus de trois acquittements, qui en un seul jour en fit condamner 289 (4), recula devant la noyade et s'opposa nettement à Lamberty quand celui-ci se présenta à l'Entrepôt pour en enlever de force les détenus. Une vive discussion s'eng-agea entre VaUjgeois et Lamberty, porteur des ordres de Carrier.

(1) M. Lallié, op. cit.

(2) M. Lallié. les Frisons de Nantes, p. 60.

(3) La quantité de cadavres, entassés en monia^ne.avait forcé d'ouvrir un second cimetière qu'on appelait la Salle Verte. Prisons de Nantes, p. L9. Sur l'emplacement de cette nécropole improvisée, les Nantais ont élevé un monument expiatoire surmonté d'une croix. Il m'a été donné de le voir à mon dernier séjour à Nantes, recouvert de couronnes et de fleurs.

Le 26 nivôse, le Conseil général de la Commune avait déjà rendu un arrêté resté sans sanction.» Urgent d'inviter tous les citoyens à creuser des fosses profondes sous l'inspection des commissaires pris dans le sein de l'infatigable société de Vincent-la-Montagne qui venait d'exposer qu'il se trouvait dans la ville une grande quantité de chiens qui se portaient dans les endroits où l'on avait enterré les cadavres et les déterraient pour s'en repaître. » Cité par Duchatellier, Hist. de la Révolution en Bretagne, t. V, pièces justificatives, n* 48, page 323; autre délibération, au registre du Comité, f" 172. Arch. départementales, Nantes.

(4) Berriat Saint-Prix, Justice révolut., p. 67, M. A. Lallié, la Justice révol. dans la Loire -Inférieure, Introduction XXVII; M. Wallon, Repr. en mission, I, p. 420.

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