‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 46 sur 124 · TURREAU ET MARCEAU · texte numérisé non relu

TURREAU ET MARCEAU

IMis un aveu d'impuissance assez naïf. « Je voudrais être à l'armée qui poursuit les brig-ands et je ne sais comment y parvenir. Effrayés de leur défaite et poussés de côté et d'autre par notre armée, plusieurs se sont répandus dans la campagne et les routes ne sont pas sûres. D'un autre côté, je voudrais rester quelques jours ici, où je crois que ma présence est nécessaire (i). » En effet maintenant il y avait urgence à empêcher les NCiidéens de passer la Loire, mais qu'est-ce qu'un général ({ui est toujours aux antipodes de son armée et se [ilaiiit ensuite qu'on le laisse sans nouvelles? Sa place iit-lait-elle pas au Mans où il a laissé Marceau soutenir lassaut d'une retraite désespérée, n'était-elle pas au camp le Savenay où l'on s'attendait à livrer bataille? Les averissements ne lui ont pas manqué : le représentant L. Turreau, son cousin, qui a reçu pour lui à Savenay iiiic dernière dépèche de Bouchotte, lui enjoignant d'être i Nantes avant le 26 frimaire, l'envoie sur-le-champ au général en le pressant d'arriver pour la bataille. Turreau se contente d'écrire à Marceau pour se plaindre de ce |ir'il agit sans ordres et lui commande de l'attendre. A i[uoi Marceau répond fièrement : « Je suis devant Save- «lay. Demain de grand matin, j'attaquerai l'ennemi qui >rra détruit. Si tu veux être témoin de la fin de cette j; Lierre, accours promptement (2). » Turreau ne devait jipprendre le résultat de la bataille, qui eut lieu quelques ours après (23 déc. — 3 nivôse), qu'à Rennes!

(1) Turreau ajoutait : « Peut-être Ancenis eût-il été le tombeau des cèlerais si l'armée commandée par le général Marceau eût précipité a marche, si j'eusse été prévenu de ses mouvements et mis à portée le les seconder. Peut-être eût -il été possible do leur enlever tout es- >oir de fuir en faisant filer des troupes de Nantes et d'Angers en mène temps que la grande armée les aurait adossés sur la Loire; mais, 0 le dis avec peine, quoique Marceau dût être prévenu de mon irrivée.que je lui aie adressé deux courriers extraordinaires pourconlaitre la position de son armée et pouvoir m'y transporter, il a gardé i mon égard le plus profond silence. J'ai dû vous prévenir de la conluitc de Marceau pour assurer la responsabilité qui devra peser sur na tête ; si je suis plus longtemps sans nouvelles, ne pouvant tout

oir, on ne devra point mimputcr le défaut de connaissances locales |u'il m'aura été impossible d'acquérir. » Dépôt de la Guerre, lettre citée larM. Wallon, lieprésenlants en mission.

(2) Savary, Guerre des Vendéens, t. 11, p. 452.

Avant de partir d' Angers, Turreau a lancé quelques traits à l'adresse deMarceau.il ne pense pas à excuser sa propre conduite assez équivoque en somme, mais à accuser Marceau « de n'avoir pas su profiter de son succès au Mans, d'avoir si mal combiné la poursuite des vaincus que toute l'armée vendéenne aurait passé la Loire à Ancenis si lui, Turreau, n'était survenu à Angers et n'avait donné à temps l'ordre d'enlever et de brûler toutes les barques sur le fleuve (i). » Tout le monde décidément veut avoir donné cet ordre d'embargo sur la Loire et d'enlèvement des barques, — ordre qui était de simple et rationnelle tactique, mais dont le résultat fut considérable.— Carrier (2), dans son rapport à la Convention et dans sa défense, ne manque pas de s'en prévaloir, et Westermann (3), loin de le lui contester, en fait éclatant témoignage. Admettons que Turreau (4) — bien que Marceau se soit plaint, dans son rapport, d'avoir vu ses ordres entravés par ceux de ce dernier — ait eu l'initiative de cette idée à Angers, tandis que Carrier à Nantes donnait l'ordre général, l'opportunité d'une mesure qui était d'intérêt capital n'elïace pas le parti pris des rapports du général contre Marceau (5).

Bouchotte avait pris au sérieux les réclamations de Turreau et, tout en ne désavouant pas Marceau, — bien libre après tout de conduire l'armée à sa guise tant qu'il n'a pas résilié ses pouvoirs entre les mains de son successeur, — il écrit à Turreau (2 nivôse — 22 décembre avant Savenay) : « Le silence de Marceau est plus qu'extraordinaire... Marceau m'a écrit le 26 et le 29 deux

(1) Chassin, la Vendée patriote, 1895, t. IV, p. 243.

(2) Carrier, Rapport justificatif, procès devant le tribunal, etc.

(3) Westermann, Campagne de Vendée.

(4) Lettre de Turreau au Comité de Salut public : « J'avais donné les ordres les plus précis pour que tous les bateaux fussent brûlés ou coulés à fond, ce qui m'a paru avoir été exécuté très ponctuellement. » Suit le récit de la mort de La Rochejaquelein à Saint-Florent, dont Turreau a accueilli le faux bruit; Carrier et Westermann dans leurs rapports commettent la môme erreur.

(5) Savary, t. Il, p. 4'J(J, apprécie ainsi les lettres de Turreau : « Elles présentent tous les caractères de la dissimulation, de la mauvaise foiet du besoin de nuire; si la tête de Marceau n'est pas tombée sur l'échafaud, ce n'a pas été la faute de Turreau. »

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