FUSILLADES
^a Commission Big-non se transporte à Nantes. — Les fusillades de (lig'ant. — Les 80 cavaliers de la prairie de Mauves. — Sabrade devant les fenêtres du Comité.
En trois séances, la Commission militaire (i) avait renoncé 660 condamnations à mort sans un seul acquit- ^ment. Après avoir si glorieusement fonctionné à ivenay, elle entra à Nantes, s'installa quai de l'Hôpital, Raison Perrotin, puis à l'Entrepôt des cafés, où, comme )us le savons, étaient entassés les prisonniers (2). De huit îures du matin à dix heures du soir, pendant un mois, le fut à la besogne ; les fournées de brigands ou de 5mmes les ayant suivis variaient entre 5o et 200; il y en it même plusieurs dépassant deux cents (3). Par contre,
24 nivôse fut jugé le seul Jandonnet de Langrenière, liefdes révoltés, et il y eut 5 jours de relâche (4); dans
(1) Commission militaire présidé(3 en nom par Gonchon, puis par Lalouet, après la mort subite du premier, mais conduite en réalité par Bignon et qu'on a l'habitude de désigner sous le titre de commission Bignon. Elle vint de Savenay à Nantes comme elle était venue du Mans à Laval et à Chàteaubriant. Aucun arrêté spécial ne l'établit on permanence à Nantes, où elle siégea en permanence pendant 4 mois. Elle avait étéorganisée par Prieur, Bourbotte et Turreau,et l'impulsion avait été assez bien donnée pour que Carrier n'ait guère eu à s'occuper d'elle. Nous la verrons instrumentant au château d'Aux et à Nantes, envoyant par centaines les prisonniers à la fusillade (prés de deux mille dans une série de 16 séances, sur réquisitoire de David Vaut,^eois, accusateur public) et continuant, même après le départ de Carrier la répression la plus rigoureuse. Voir in/ra. Consulter Berriat Saint-Prix, Injustice révolutionnaire, pp. 12 et suiv.; M.Wallon, les Représentant!! en mission, I, pp. 420, 43.t; M. A. Lallié, la Justice révolutionnaire clans la Loire-Inférieure, pp. 280 et suivantes.
(2) Berriat Saint-Prix, p. 15,
(3) Id. p. 16, séances des 13, 16,17, 30 nivôse.
(4) Le mot de relâche cité par Berriat Saint-Prix appartient, au iloyen Duliaut-Pas, un des jurés b... à poil de Joseph Lebon, qui
igo CARRIER A NANTES
la séance du 19 — notons-le, car c'est une exception — il fut sursis au jugement des femmes enceintes, mais le 18, cinquante-neuf avaient été condamnées (i).
Total, le 6 pluviôse, après 16 séances, il avait été prononcé 1969 condamnations à mort et trois acquittements (2).
Les condamnés étaient exécutés hors de Nantes, à la prairie de Mauves ou aux carrières de Gig-ant ; des hommes arf hoc étaient employés'pour ces fusillades : des déserteurs allemands qui, ne sachant pas le français, étaient sourds aux plaintes (3), ou des Américains noirs (4). Après l'exécution on dépouillait les cadavres, même ceux des femmes, et des corps g-isaient souvent sans sépulture. Il fut même prouvé au tribunal révolutionnaire qu'à Gig-ant, pendant trois jours, les corps de près de 80 femmes étaient restés entassés, nus, le dos en l'air (5).
écrivait aux frères el amis de Béthune : « Demain (décade), relâche au théâtre rouge. »
(1) M. A. Lallié, la Justice révolut. dans la Loire-Inférieure, p 332.
(2j Berriat Saint-Prix, id.
La première décade de nivôse, fait remarquer Berriat Saint-Prix, est une époque pour la justice révolutionnaire. Trois commissions seulement, celle de Félix à Saumur; celle de Farein à Lyon, en treize séances, prononçaient quatorze cent neuf condamnations à raort.
(3) Michelet, Hév. française, t. VJI, p. 112.
(4) Voir p. 74.
(.5) On rapporte encore ce détail : «Des condamnées étaient conduites par des soldats allemands. L'une d'elles dit : « Je vois que vous nous conduisez h. la mort! » Un des« barbares « répliqua .(.iNon, ce la est pour vous changer de l'air! » Lorsque ces infortunées arrivèrent dans la carrière remplie de cadavres de leur sexe, on les rangea en haie, oa les fusilla et celles qui avaient échappé aux balles virent recharger les fusils qui devaient les achever. D'autres enlin furent assassinées à coups de crosse. Après ces massacres, les Allemands les fouillèrent, les mirent à nu et les retournèrent sur le dos. » Bulletin du Tribunal. Dé-, positions de Bourdin, VI, n» 81 ; de Debourges.VI.n" 96. Courrier républicain du 2 frimaire.
Ces soldats avaient fait partie de la Légion Germanique, ramassis d'aventuriers et de déserteurs, qui a laissé une assez triste réputation.
Cette légion avait été créée par undécret du 19 septembre 92; l'initiative avait été prise par d'Anbach, ci-devant colonel prussien, Heyden major, et l'internationaliste Andcharsh (Jlootz ! Son but, indiqué par le décret, était: « 1» déformer un refuge honorable aux déserteurs dudespolisme germanique et augmenter le nombre des défenseurs de la liberté; 2° de donner aux amis de la liberté et do l'égalité de cette nation les moyens de développer leurs talents militaires pour les Français et en faveur de l'humanité tout entière; 3* d'opjjoser aux ennemis du. midi de
FUSILLADES ET NOYADES iqi
Malgré la rapidité avec laquelle s'exécutaient les sen- Icnces de la (commission, nous savons que Carrier ne la I pouvait pas sufOsante et que pour débarrasser les prisons il avait recours à la Loire. Fusillades et noyades marchèrent de pair pendant tout un mois. Les exécutions riaient si nombreuses et la difficulté d'ensevelir les fusillés (i) si g-rande que des observations furent faites à (larrier. L'aide-de-camp de Kléber, Savary, tenta sans succès (2) d'arrêter le cours des choses ; de son côté Prieur (de la Marne), qui sur le champ de bataille de Savenay avait présidé avec Louis Turreau à l'exécution des rebelles, voulait qu'on s'en tînt aux listes préparées
la France un corps bien discipliné et redoutable pendant que les Français combattaient les despotes et leurs satellites du nord-, 4» de préparer liar ce corps un moyen de révolution en Allemagne, réveiller ce peuple hospitalier, franc, brave et fidèle, d'un sommeil funeste à son propre labeur et à celui du peuple français. »(M. Ghassin, Vendée patriote, t. 1, p. 493.) Parmi les officiers qui en firent partie il faut citer Augereau, qui sortait de la garde nationale parisienne, et Marceau qui, présenté à Pache, ministre de la guerre, le 17 septembre 92. fut nommé lieutenant aux cuirassiers légers de la légion. L'uniforme était des plus brillants, casque d'acier, cuirasse argentée et cotte de maille pour le cheval. La grande sœur Emira en fit les frais pour son jeune Irore. (M. Noël Parfait, le général Marceau,p.li.) Dirigée sur la Vendée, la première division de la légion passa par Orléans, l'ut très mal accueillie et se trouva désorganisée avant d'être employée; on accusait le corps des officiers d'être infestéd'aristocratie, onen arrêta plusieurs, parmi lesquels Augereau et Marceau, qui furent défendus par Goupill.'au (deFontenay).Le 27 juin lalégion était licenciée, l'infanterie forma ■H"" chasseurs, la cavalerie fut incorporée avec la légion du Nord sous s ordres de Westermann. Mercier du Rocher, qui les a vus à Saumui- I à Tours, n'est pas tendre pour « ces lâches déserteurs prussiens et autrichiens qui avaient profité du décret impolitique de la Gonvenlion ». Il ajoute : « Les traîtres se vendent toujours à celui qui les lye le plus cher; ils n'aimaient pas notre papier monnaie; ils passent parmi les rebelles qui leur faisaient des ofl'res en numéraire ou livrèrent en restant au milieu de nous au brigandage le plus af- •ux. » (Manuscrit de Mercier du Rocher, 3"»" cahier, Bib. de Nantes.) - Ghoudieu, dans son rapport sur la Vendée, certifie aussi que plus il' la moitié de la légion « a déserté les drapeaux républicains pour se langer sous ceux du fanatisme ». Il est avéré qu'un certain nombre de Suisses échappés au 10 Aoilt s'y étaient engagés pour bientôt passer ilans les rangs vendéens. On voit à quelle besogne étaient employés à Xantes ceux de ces aventuriers qui étaient restés fidèles.
(1) Pendant la première décade de nivôse, la garde nationale fourmi chaque jour deux bataillons pour enterrer les malheureux. Voir l 'ournier, //wL lapidaire de Nantex; Prudhomme, Histoire impartiale ile.t Révolutions, tome X, p. 203; M. Lallié, len Fusillades, p. 16; Lettre lie JuUien à Robespierre, 16 pluviôse (Papiers de Courtois), et M. Lockroy, une Mission en Vendée, p. 228.
(2) Savary, Guerre des Vendéens, t. III, p. ICI.
iga CARRIER A NANTES
par la Commission militaire et qu'on ne pût envoyer de prisonniers à la mort sans justement. Il en fit la représentation à Carrier qui lui répondit en haussant les épaules et en le traitant d'imbécile (i).
Prieur, terroriste convaincu, — il l'a prouvé dans le Morbihan, — mettait des formes dans la Terreur. Il rappelait non sans raison l'amendement à la loi du 19 mars; celui du 10 mai (rendu sur la proposition de Danton), qui réglementait les commissions militaires: la peine de mort ne devait plus être infligée qu'aux chefs et aux instigateurs de révolte; il invoquait aussi la loi du 5 juillet, qui établissait des catégories — N'oubliait-il pas le décret du i4 frimaire ? (2). Cependant la loi était violée de façon flagrante, puisque la peine de mort était prononcée contre de simples citoyens étrangers à toute catégorie (3). Tardivement, le 5 nivôse, en voyant le cynisme avec lequel les représentants se jouaient de la vie de leurs concitoyens, le Comité rappela les décrets de la Convention : « Il n'appartient à aucun représentant de prononcer dans les cas imprévus la peine de mort : c'est exercer un acte législatif qui appartient non à un membre, mais au corps entier de la représentation nationale. » — Quand d'aventure le Comité rappelait un ordre restrictif, on sait comment on lui obéissait. Nous l'avons déjà vu au sujet de l'application du décret du i^^ août (lettre au général Haxo, etc). Dans l'espèce. Carrier et sa commission n'avaient nulle envie de remonter le cours des événements et d'établir des catégories. Carrier traite Prieur d'imbécile parce qu'il lui vient des scrupules et Bignon n'est nullement attristé de toute cette besogne. Il se vante, en exagérant beaucoup du reste, d'avoir dans cette période de 20 jours, jugé, — lisons condamné, — 4ooo et tant de brigands. « Fatigué de ses travaux, il
(1) Lettre de Jallien à Robespierre, 16 pluviôse.
(2) Qui établissait le gouvernement révolutionnaire et étendait les pouvoirs dos représentants.
(3) Discours de Dupuis, député de l'Oise. Motifs d'accusation contre Carrier. Convention nationale, brumaire an III.
PAR l'RiNCiPE D'HUMANITE i<j3
venait se reposer en passant quelques semaines à la campagne chez un bon citoyen de ses amis (i). »
Ce n'était pas chose nouvelle en effet pour Carrier que les fusillades (2) et il n'avait pas attendu l'arrivée de la ( commission Bignon, pour user de ce moyen expéditif, parfaitement secondé en cela du reste par le Comité révolutionnaire. Le 3o frimaire il avait écrit à la Convention : « La défaite des brigands est si complète que nos postes les tuent, les prennent et les amènent ici et à LUiçers par centaines. » Il ajoutait : « La guillotine ne ;ut suffire; j'ai pris le parti de les faire fusiller ; j'inite mon collègue Francastel (3) à ne pas s'écarter de îtte salutaire et expéditive méthode. C'est pan' principe f humanité que je purge la terre de ces monstres. » — Le messager qui avait apporté cette lettre du 3o frimaire ;t celle du 4 nivôse qui annonçait la victoire de Savenay ajoutait ces détails : a Le jour de mon départ, il est arrivé 5oo brigands que les habitants des campagnes avaient saisis jetant leurs armes et demandant grâce, mais la seule grâce qu'on puisse accorder à des rebelles est de leur donner une prompte mort. J'ajouterai qu'en passant à Angers, à Ancenis, à Saumur, j'ai rencontré un grand nombre de brigands que l'on conduisait à Nantes pour y subir la peine due à leur crime (4). »
(1) Lettre de Bignon, 25 ventôse. Pièces remises à la Commission des 21, p. III.
(2) A peine installé àNantes, il avait parlé de faire fusiller les grands coupables et des « exemples terribles avaient été faits ».
(3) Francastel, député suppléant de l'Eure, ne siégea à la Convention i[u'après la mort du roi. Adjoint au Comité de Salut public en 1793, il est renvoyé en octobre prés de l'armée de l'Ouest D'après sa correspondance officielle il se montra implacable. On a voulu dire que sa fureur n'était qu'une tactique et qu'il versait plus d'encre que do sang. La vérité est qu'il ensanglanta Angers et y organisa des noyades au petit pied. Il se trouve avec Carrier à Nantes au moment de l'organisation de la compagnie Marat, mais ne semble pas avoir pris part aux uoyades de Nantes, se contentant d'imiter Carrier à Angers, de concert avec Hentz, celui que le proconsul appelait le petit noyeur. Dans un mémoire du 6 brumaire an III, adressé au Comité de législation en son nom et en celui de Hentz, il répond aux imputations apportées au tribunal révolutionnaire par Vial, ci-devant procureur syndic du département de Maine-et-Loire. Les dénonciations n'eurent pas d'effet, Francastel eut la cbance de ne pas être inquiété, se réfugia dans de modestes lonctions administratives et mourut dans l'obscurité.
(4) Moniteur du 5 nivôse. Réimp., t. XIX, p. 54.
Un autre messager entendu à la barre du 8 niv(Vse(i), parle de 900 brigands fusillés à Nantes et dont les corps avaient été jetés dans la Loire. Ce témoig-nage doit se rapporter aux noyades qu'on n'ose pas encore appeler par leur nom à la Convention. Tout au plus avait-on deviné celle des prêtres à laquelle Carrier avait fait allusion d'un ton dégagé... Mais c'étaient des prêtres et l'on n'avait pas fait d'enquête ! — D'autres rumeurs circulaient encore et étaient recueillies par les journaux : c'est une femme de Nantes qui certifie que 697 brigands sont venus déposer leurs armes et leur drapeau et ont été fusillés (2) ; c'est un administrateur du département (3) qui expose qu'avant Savenaj des bandes se rendirent à Nantes par lots de 80, de 100, de 200, se déclarant prêts à entrer dans les armées de la République, assurant que l'armée rebelle se rendrait si on se comportait bien avec elle. Le Département agita la question de savoir ce qu'on ferait de ces hommes (au nombre de 7 à 800). Carrier avaitdécidé de les faire fusiller ; puis, sur les remontrances de l'administration, il aurait semblé céder et les commissaires envoyés par elle étaient partis avec l'espoir de voir sa détermination suspendue. Le (lendemain, l'administration apprenait avec stupeur que tout était fusillé. La lettre de Carrier ne donnant pas de chiffre, ces 700 sont pour les historiens un point d'interrogation (4).
Pour les 80 cavaliers vendéens amenés de Nantes avec chevaux, armes et bagages après Savenay, il n'en est pas ainsi, quoi qu'en ait dit Michelet. Il appert des témoignages que c'étaient des brigands épargnés par Westermann (5) « qui a cru de bonne politique de ne pas les
(1) Moniteur du iO nivôse.
(2) Mercure français, 15 brumaire. Dénonciation de la veuve Dumais, citée par M. Lallié, lex Noyades de Nantes.
(3) Déclaration de Kernien, mijuibre du Département, orateur du Peuple, 15 brumaire. L'authenticité de cette pièce semble prouvée par une attestation inscrite sur le registre du Département, !'• 51, Archives de Nantes.
(4) M. Lallié en parle le premier avec assurance. Fusillades de Nantes, p. 16.
(5) Bulletin, déposition de Hicqueau, administrateur de la Loire- Intérieure. '"^
LES CA^'ALIERS DE LA P1\AIRIK DE MAUVES iqS
faire fusiller afin d'engaj^er les autres à se rendre », et (jue Tadjudant j^énéral Le^ros, surnommé le général aux cheveux routes, conduisait à Nantes. Ils témoignaient les regrets les plus vifs (i), promettant de livrer leurs chefs, et invoquaient l'amnistie promise. Naud et Minée (2) intercédèrent en leur faveur auprès de Carrier, qui feignit d'abord de céder (3). Mais Legros (4) recevait l'ordre de les mener à la prairie de Mauves et ils y furent en effet fusillés : plusieurs enfants qui étaient avec eux purent être sauvés (5). Carrier prétenditque ces cavaliers avaient été jugés par la Commission militaire. Les témoins ne s'entendant pas sur la date, on ne sait si la commission était en fonctions lors de l'arrivée des 80 brigands, mais la présence parmi les victimes d'enfants de moins de douze ans démontre suffisamment qu'aucun jugement n'a été rendu (6).
De ce que le président, sur cette fusillade, parut élever un doute (7), Michelet a été amené à parler de « ces cavaliers qui s'étaient rendus, qu'on avait fusillés et qu'on retrouva vivants » ! (8) C'est là un de ces traits dont Michelet est coutumier ; l'écrivain élégant et ingénieux, mais fantaisiste, ne paraît pas là avoir été mieux renseigné que lorsqu'il a dit : « Il n'y eut guère plus de noyades en nivôse » (c'est l'époque où l'on noya le plus). Ce qui est très net et doit couper toute discussion, I est la réponse du jury aux deux questions concernant ics fusillades et ainsi posées :
« Carrier est-il coupable, etc..
' « 4° En faisant noyer ou fusiller un grand nombre de brigands qui avaient déposé les armes en faveur d'une fimnistie?
(1) Déposition de GérauU, Bulletin VI, n» 75.
(2) Bulletin, n»' 76 et 82.
',3) Berriat Saint-Prix, p. 105. Bulletin VIL pp- 30, 42, déposition de iicqueau, administrateur.
(4) Bulletin. Dépositions de Fonbonne, Bulletin Yl, n" 85, d'Hector ^egros, n» 18.
(5) Bulletin, u" 95, déposition de Sauvage.
(6) Bulletin VII, n» 13.
(7) Id., u» 13.
(8) Michelet, Rev. franc., VU. p. 79.
« 5° En faisant subir le même sort à 80 et quelques cavaliers qui s'étaient volontairement rendus et promettaient de livrer leurs chefs, si on leur accordait la vie? »
Cette réponse fut affirmative sur les deux questions (i).
« Voilà donc une fusillade sans jugement qui doit être mise sur le même rang- que les « guillotinades » du 27 et du 29 frimaire plus haut décrites. A ces exécutions anormales on doit ajouter une sabrade. Un soir sept ou huit prisonniers étaient menés du Comité à l'Entrepôt. Il était tard, les conducteurs, trouvant la course trop longue, massacrèrent les malheureux sous les fenêtres du Comité. Les exécuteurs « motu proprio » furent rencontrés et nullement inquiétés; pourtant, le lendemain, sur la place on trouva des chapeaux, du sang- et des cheveux collés au mur (2) !
« Carrier n'eut pas à répondre de cette sabrade faite sans ordre par des exécuteurs trop zélés, bien que ceuxci fussent restés impunis. Pour les 80 cavaliers de la prairie de Mauves, on a vu qu'il avait plaidé le bienjugé de la Commission militaire. Les autres fusillades étaient presque normales, puisqu'elles étaient le résultat des jugements de la commission. Il convint qu'on fusillait de cent cinquante à deux cents prisonniers par jour, mais en faisant observer que le fait lui était absolument étranger. Du reste, ajoutait-il, j'ai informé la Convention qu'on fusillait les brigands par centaine; elle a applaudi à cette lettre, elle en a ordonné l'insertion au Bulletin (3) ! »
Et ce n'était que trop vrai (4) !
(1) Archives, 493-479. — Procès de Carrier, 3« partie, 26« pièce.
(2) Bulletin VI, déposition de Thomas, n» C6. Bcrriat Saint-Prix, p. 106; M. A. Lallié, les Fusillades de Nantes, p. 20.
(3) Bulletin VII, p. 70.
(4) Séance du G nivôse. — Moniteur du 8.