‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 50 sur 124 · LA CARON KT LA NORMAND · texte numérisé non relu

LA CARON KT LA NORMAND

Pendant ces quelc|ues mois elle n'oublia pas de faire fortune, en vendant dos fournitures de viande aux armées, et l);Uit plus tard une maison près du boulevard Delorme,dans la rue appelée aujourd'hui rue de Gig-ant, parce qu'elle mène aux trop fameuses carrières. Cette demeure reçut le nom qu'elle garde encore de Palais de Bœuf, en souvenir de son origine (i); c'est là que La Caron s'installa avec un négociant, Prasle, qu'elle avait épousé. La Prasle devait avoir une triste fin.

Par ses relations avec Carrier, elle avait pu soustraire aux levées d'hommes certains jeunes gens assez riches pour payer son influence. Emprisonnée, plus tard, pour différentes malversations dans les fournitures et extorquements d'argent, — maladie qui est de tous les temps, — elle s'étrangla dans son cachot avec son châle (2).

L'autre favorite de Carrier, la Normand, ne semble pas avoir poussé son ambition aussi haut. Ce n'était pas une Pompadour, mais une bourgeoise pratique, qui ne songeait qu'à établir avantageusement son mari. Normand était directeur de l'Hôpital de Nantes. Avant de partir, Carrier épura ses comptes (3) et lui fit donner à Paris une place de 10.000 livres.

Les soins et les attentions délicates de la Normand(4), méritaient bien cette récompense, car elle faisait fabriquer des petits pains au lait avec de la farine destinée aux besoins de l'hôpital et les faisait porter clandestinement chez Carrier, lorsque celui-ci ne mangeait pas chez elle (5). Ce commerce scandaleux, au dire des témoins,

(1 1 Plusieurs historiens, Lescadicu en tôle, affirmaient que le palais de Bœuf était une maison du boulevard Delorme transportée depuis rue de Gigant. M. Lailié croit qu'il y a là confusion. La Caron et peut-être Carrier ont pu habiter une maison du boulevard Delorme, inais le Palais de Bœuf ne lut construit que lorsquelle eut épousé le négociant Prasle, qui en était devenu amoureux. Le souvenir populaire la désigne sous le nom de la Prasle.

(2) Lescadieu et Laurant, op. cit.

(3) Pièces remises à la Commission des 2L Lettre d'Orieux, p. 25, 1"= liasse.

(4 et 5) Déclaration de Louise Courand, lingère à Nantes. Pièces remises à la Commission, 2» envoi.

Carrier vint un jour la chercher dans sa voiture pour se rendre au château d'Aux. La dame, au bruit des chevaux, descendit à moitié

eut, dit-on, ce bon côté d'arracher à Carrier la ^râce de quelques victimes.

C'est ainsi, disent les historiens de Nantes, que, grâce aux femmes et au vin, Carrier vivait « dans un létharg-ique oubli des exigences de la dictature». Plût au ciel que cette léthargie eût duré ! Les réveils étaient des assauts de démence.

habillée et tenant dans la main le portrait du représentant qu'elle n'avait pas eu le temps de se mettre au cou. (1) Lescadieu et Laurant, op. cit.

Page 1