‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 51 sur 124 · LE BATTEUX ET TRÈHOUARD · texte numérisé non relu

LE BATTEUX ET TRÈHOUARD

La tournée Le Batteux dans le Morbihan. — Conflit de Carrier avec son collègue Tréhouard. — Carrier et la Société de Vincent-la- Montague.

Carrier ne commit pas que des crimes directs ou indirects, il commit aussi des fautes qui, plus que les noyades et autres exécutions arbitraires, contribuèrent à motiver son rappel d'abord, à le faire mettre en jugement et condamner ensuite. De ces fautes politiques je retiens les principales : son conflit avec la Société populaire de Nantes et les pouvoirs illimités donnés à Le Batteux, son agent dans le Morbihan, pouvoirs qui devaient amener lutte ouverte entre le proconsul et le représentant Tréhouard.

Aussi brièvement que possible, ces deux incidents n'offrant qu'un intérêt particulier, j'exposerai comment Carrier se mit dans son tort à l'égard de son collègue et de la Société populaire. — Carrier aimait à s'immiscer dans les affaires des départements voisins. Il avait usurpé sur le terrain d'action d'Ingrand et de Lequinio dans l'affaire de l'état de siège des Sables (i) ; malgré qu'il ne filt pas alors (2) investi de la surveillance particulière du Morbihan, et qu'un autre représentant, Tréhouard, eût la charge de ce département, il s'occupait d'y organiser le mouvement révolutionnaire. Dans ce but il a fait choix du directeur de la poste de Redon, un furieux nommé Le Batteux, d'antécédents suspects (3). L'armée

(1) M. Chassin, la Vendée patriote, IV, p. 222.

(2) A partir du 9 nivôse, le Morbihan fit partie do son ressort direct. Circulaire du Comité de Salut public, qui augmente les pouvoirs de • Carrier.

(3) M. Chassin, Id. M. ^aWoa.Beprésentants en mission, I, p. 424.

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révolutionnaire était placée sous les ordres de l'adjudant général Avril. La mission de celui-ci, bien qu'il fût un vrai officier et eût conquis ses grades à l'armée (i), consistait à obéir à Le Batteux, à lui servir d'escorte et n couvrir, du manteau guerrier, les actes arbitraires dont cet agent de Carrier, digne émule des Fouquet et des Lamberty, armé de pouvoirs illimités, se rendit coupable (2).

Lebatteux partit de Redon dans les premiers jours de frimaire avec du canon, quelques hommes à cheval et le 5" bataillon du Haut-Rhin, la petite colonne commandée par Avril (3). L'expédition avait pour prétexte un attroupement formé à Noyal-Muzillac, que les troupes envoyées de Vannes avaient déjà dissipé (4). A Questembert, le 9, Le Batteux a fait arrêter le maire et un municipal; à Noyal-Muzillac, le 11, il a fait cerner l'église et somme la municipalité de lui livrer les coupables qui ont pris les armes à Ambon (5), les barriques de poudre et... six mille livres pour frais de guerre. Comme la municipalité décla rait ignorer où étaient les révoltés d'Ambon, Le Batteux menaça d'incendier l'église et choisit cinq otages. Ces hommes, dont les noms nous ont été conservés (6), furent conduits au cimetière et fusillés. Une douzaine de maisons sont pillées et des chevaux enlevés , mais sous condition que les six mille livres promises et les munitions soient

(1) Avril servit sous Beysser et Ganclaux, devint général de brigade après Savenay, sur lademaude de Marceau. 11 fit toutes les campagnes de l'Ouest jusqu'àla pacification, servit ensuite en Italie et en Portugal, d'où il revint général de division.

(2) Ces pouvoirs illimités se sont perdus, mais ils ont existé. Le Batteux les mentionne dans un arrêté rendu le 11 frimaire à Noyai. Cité par Berriat Saint-Prix, p. 108. JuUicn y fait allusion dans sa lettre à Barère du M nivôse. Lockroy, Une mission en Vendée, p. 166.

(3) Berriat Saint-Prix, op. cit. Voir aussi la lettre de Carrier du 4 frimaire autorisant en même temps le général Avril et le citoyen Le Batteux à

farcourir toutes les communes des départements du Morbihan et du inistére «pour y exercer les pouvoirs révolutionnaires qui leur sont délégués ». E. Lockroy, U7ie mission en Vendée, p. 295. Seconde lettre du 4 frimaire mettant le 5* bataillon aux ordres de Le Batteux. Lockroy, id.

(4) Lettre de Mancel à la Convention, 18 vendémiaire an III. Piècesj remises à la Commission des 21, p. 59.

(5) Enquête à Noyal-Muzillac. Dossier de Tréhouard donné par Berrial Saint-Prix, p. 108. '

(6) id.

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rendues le lendemain à Questembert et que tous les jeunes j^ens de i8 à 25 ans se réunissent dans le délai de 24 heures à la roche Sauveur (i). Le Batteux consent à « accorder la grâce aux autres prisonniers, le caractère du vrai patriote étant toujours porté à pardonner, quand le pcu[)le veut rentrer dans le devoir et reconnaître les lois (2). «

Le i3 frimaire. Le Batteux de retour à Questembert après une excursion au village de Lag-rée qu'il a brûlé, doime quittance des six mille livres apportées par la municipalité de Noyai, mais laisse les habitants sous le coup de la menace, les « sommant derechef de livrer les armes et les munitions qu'ils ont en leur possession, lans quoi il serait encore forcé de retourner dans leur

)aroisse et de mettre tout à feu et à sang- » (3). Le Batteux ne dépassait guère les ordres de Carrier

)uisqu'il « avait mission de faire mettre à mort tout in-

lividu qu'il trouverait formant des rassemblements pour se révolter contre la République ; d'incendier toutes les

propriétés de ces individus; de désarmer et arrêter les Suspects, d'exécuter toutes les mesures de salut public

[ue lui dicteraient l'amour de la liberté, de son pays et les principes républicains qui l'animaient (4) ».

Avril semblait suivre avec peine le mouvement, montrait une certaine hésitation, écrivait à Vimeux qu' « il prévoyait des difficultés (5) ». Pour stimuler son zèle. Carrier, dans une lettre personnelle (6), lui commandait de continuer à porter la terreur et la mort dans le Morbihan, d'incendier les propriétés des révoltés, de dénoncer les suspects, etc. Cette lettre fut lue au tribunal en

(1) La Rocho -Bernard, nommée Sauveur en souvenir du maire massacré le 15 mars par les insurgés.

(-2) Arrêté du il frimaire, signé de Le Batteux, donué par Berriat Saint-Prix.

(3) Berriat Saint-Prix, p. 110.

(4) Arrêtés du 4 frimaire. E. Lockroy, Une mission en Vendée, pp. 29o- 296. Originaux aux Archives W. 493, 479 et AF II 269.

(5) Savary, Guerre des Vendéens, t. II, p. 502.

(6) Lettre du 10 frimaire. Archives W. 493, 479.

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même temps que celle au généra! Haxo; toutes deux étaient conçues dans le même esprit (i).

Enhardi sans doute par cette lettre, Avril ne semble plus se dérober à sa tâche et il obéit ponctuellement au commissaire. A la Roche-Sauveur, où il séjourna cinq jours (2) avec Le Batteux, il semble s'être occupé de ses intérêts privés ; il est de tradition que, profitant de la situation, Avril contraignit une dame Levêque à lui donner en mariage une de ses filles, qu'il avait préalablement enlevée (3).

De là l'armée révolutionnaire se rendit à Muzillac le 20 frimaire. A la maison commune, Le Batteux produisit sa commission signée Carrier et demanda une liste de suspects, prêtres, nobles, religieuses. Ces dernières furent arrêtées; puis, pour aller plus vite en besogne, la municipalité fut requise 'de faire ^creuser une fosse dans le cimetière. Le sieur d'Avaux, ex-noble, fut fusillé sur le bord de la fosse, aux cris de : Vive la République ; on évita ainsi le transport de son cadavre (4) ! Pas d'autre prétexte qu'une naissance noble, car ce d'xVvaux était un simple préposé aux douanes, « bon employé, exact, sans intelligence (5) ». Bien d'autres faits seraient à noter : incendies de hameaux, sacs d'églises, incarcérations à Vannes de sept personnes jugées dignes de mort à cause du mot incivique placé par le comité en regard de leurs noms (6), assassinat à Malestroit (7) sans interrogatoire préalable de Quéraut père, ancien maire, et de Lacroix, percepteur de la commune de Caro, et en même temps, élargissement d'un ci-devant marquis de Kouant ,

(1) Bulletin, VU» partie, p. 45.

(2) Du 14 au 19 frimaire.

(3) Berriat Saint-Prix, p. III. Lcllre de M. Le Bn3t, juge à la Roche-J Bernard, 1 avril 1868.

(4) Berriat Saint-Prix, p. 111. Dossier Tréhouard. Ce fait ne fut pas isolé, d'après la lettre de JuUien du Comité, 29 frimaire, et l'acte d ac-J cusalion de Baralère.

(5) E. Lockroy, Une missionen Vendée. Affaire Davaux, certificat des ^ officiers municipaux de Vannes, pp. 303. 304.

(6) Berriat Saint-Prix, id. Lettre du 29 frimaire de Jullien au Gomiléj de Salut public. Une mission en Vendée, p. 154.

(7) La municipalité de Malestroit au citoyen Arnous, administrateur du département du Morbihan. Une mission en Vendée, p. 301.

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<( homme «laiigereux, ennemi de sa patrie, qui avait forcé son fils aîné àçé de 20 ans à s'émig-rer et qui d'ailleurs a deux fils émigrés » ; mise en liberté d'un nommé Vailland, membre du district et juge de Rochefort, détenu à la maison d'arrêt de Ploermel comme ag^ent du ci-devant duc de Gesvres. « Leurs richesses, ajoute le réquisitoire de la municipalité de Malestroit, avaient sans doute adouci le courroux de l'abominable Le Batteux et de ses exécrables adhérents (i) ».

Les mesures vexatoires de Le Batteux, ses incendies d'églises et de villages, ses pillages, ses fusillades {2) sans motif étaient mal supportées des populations. On était loin du foyer de la guerre, hors de l'orbite de Carrier, on osa réclamer et les protestations arrivèrent de tous côtés (3) jusqu'au représentant Tréhouard (4), qui se trouvait alors dans le département. Soutenu par Jullien (5), l'envoyé de Robespierre (délégué comme commissaire de l'instruction publique, Jullien remplissait de multiples rôles (6) et en dernier lieu s'occupait à Lorient de la dé-

(1) Rien d'ùtonnant à ces prévarications, disaient encore les officiers municipaux : « Le Batteux n'a jamais été patriote ; il a servi l'D qualité de cuisinier dans les maisons d'aristocrates, notamment chez les moines de Redon et chez les émigrés Castellan, op. cit. »

(2) Lettre de Jullien du 29 frimaire, id.,j>. 154. En imarge : « Le Batteux a volé vingt mille francs dans différentes communes. Il a lait élargir les coupables et fusiller des innocents. »

Sur le détail des exactions et meurtres de Le Batteux, consulter un article de l'abbé Piéderrière, Deux pages de l'histoire de la Révolution, dans le tome VII de la Revue de Bretagne et Vendée, p. 235. Voir, l'acte d'accusation contre Carrier, 9* chef, par Baralère. LB" 1368 Bib. nationale.

^3; Wallon, les Représentants en mission, I, p. 425. Lockroy, Une mission en Vendée. Lettre de Jullien, du 12 nivôse, p. 166.

(4) Tréhouard de Beaulieu, ancien capitaine de navire, maire de Saint-Malo, député suppléant à la Convention, puis adjoint au ministère de la marine. Le 4 août 93 il remplaçait Lanjuinais à l'Assemblée nationale; délégué à Brest avec Bréart, le 25 août, il était chargé des côtes et avait le Morbihan dans son ressort.

(5) On verra que Jullien (de Paris) a par ses rapports contribué utilement au rappel de Carrier. Voir notes biographiques, p. 116. Il s'entendait bien avec Tréhouard, bien qu'il le jugeât un peu faible et trop vacillant. Lettre du 2 nivôse à Robespierre, U7ie mission en Vendée, p. 157.

(6) « Il a été chargé d'électriser l'esprit public dans les diflérents ports et d'imprimer plus d'énergie aux sociétés populaires. » Lettre de Jullien au Comité, 24 pluviôse. Il était en correspondance militaire avec les représentants et les généraux. Voir sa lettre à Tréhouard du 28 frimaire, sa lettre à Rossignol du 3 nivôse, et son plan « pour la

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fense des cotes), Tréhouard eut l'audace d'informer la Convention, et cette fois la Convention écouta (i). En vertu du décret interdisant toutes les armées révolutionnaires — hors celle créée à Paris — et de la loi sur le mode de gouvernement révolutionnaire (2), Tréhouard fit dissoudre la troupe d'Avril et donna l'ordre au général Tribout d'arrêter Le Batteux (3) pour le traduire devant les tribunaux. JuUien se rendait lui-même de Lorient à Vannes pour l'exécution de cet arrêté (4). H réclamait et obtenait des administrateurs les renseig-nements les plus détaillés, dont quelques jours après il communiquait le résumé au Comité de Salut public (5).

Arrêter Le Batteux, c'était toucher à Carrier toutpuissant. Carrier ne perdit pas un jour pour riposter et, dès le 4 nivôse, il ordonnait avec fureur et en termes injurieux pour Tréhouard la mise en liberté de Le Batteux. Le procureur-sjndic du district de Rhedon {sic) était chargé (6), de concert avec le général Tribout ou le général Avril de mettre sur-le-champ cet arrêté à exécution. Cet arrêté (7), c'était l'annulation de « l'ordre infâme » lancé contre son agent; Carrier y interdisait de plus à tout citoyen « dans quelque grade qu'il serve la République » d'obéir aux ordres de Tréhouard, homme incapable de remplir la mission qu'on lui a confiée, inféodé

défense actuelle du Morbihan » envoyé aux députés près les armées, aux généraux, aux officiers et ingénieurs, qui doivent concourir à son exécution. Une mission en Vendée, pp. 148-149. Il avait à peine 19 ans I Toute la correspondance de Jullien sur ce qui concerne Carrier a été publiée par M. Lockroy, copiée sur les minutes qu'avait gardées prudemment son grand-pére, une partie en avait été produite à la suite du rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre et au milieu de l'article sur Jullien (de Paris) inséré en 1841, d'après se.i notes, dans la biographie des hommes du jour par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, t. VI, pp. 326-367. Voir aussi Un épisode de la Terreur, par Dugast-Matifeux. ^

(1) Wallon, Reprèsenlanls, I, id. •'

(2) Décret du l'i frimaire an 11 qui venait d'être communiqué. (:{) Savary, Guerre des Vendéens, t. II, p. 504, 2 nivôse.

(4) Lettre de Jullien du 12 nivôse, op. cit., p. I06.

(5) Post-scriptum de la lettre de Jullien du 29 frimaire, op. cit., p. 154.

(6) Archives W, 493. Procès de Carrier, 2« part., SS* pièce.

(7) Arrêté du 4 nivôse. Archives, id., pièce 62. Original. Envoi de Boursault, Rennes, 23 vendémiaire an III, copie donnée par M. Lockroy, Une mission en Vendée, p. 297.

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aux contre-révolutioniiaires. Au g-éacral Tribout, le même jour il donnait par lettre particulière ses instructions détaillées (i). « Une seconde Vendée menaçait d'embraser le Morbihan w, explique-t-il à Tribout. Des rassemblements s'étaient formés qu'il fallait dissiper par la force armée; c'est pourquoi il a donné mission à Le Batleux de se transporter dans les communes insurgées. « Le Batteux a bien rempli cette mission; il n'y a pas un seul patriote qui puisse diriger la moindre plainte, le plus léger reproche contre lui! » — Après l'éloge de son agent, les insultes à l'adresse de Tréhouard dont « la nullité de talents » saute aux yeux, qui a toujours été l'appui et le partisan des modérés et des fédéralistes. « Je te somme, disait Carrier, au nom de la République, au nom de la Montagne sur laquelle j'ai toujours juché et où ne gravit jamais ce crapaud de Tréhouard, d'exécuter et de faire exécuter de point en point l'ordre que je viens de prendre concernant Le Batteux... Si Tréhouard s'avise de donner l'ordre à toi ou à tout autre de transporter Le Batteux autre, part qu'à Nantes, la tète de celui qui exécutera un pareil ordre en deviendra responsable à la République. Trends-y bien garde. C'est le patriote le plus pur, le républicain le plus prononcé de la toute la ci-devant Bretagne qu'on a fait incarcérer... Je connaîtrai la mesure (le ton républicanisme par la manière avec laquelle tu te comporteras dans l'exécution de mon arrêté (2) ».

Tréhouard était réduit à se défendre. Il ne crut pas devoir lutter contre Carrier et laissa Le Batteux partir pour Nantes (3), mais il écrivit le G nivôse (4) au Comité de Salut public et adressa de plus à Paris un long factum où l'on trouve les preuves les plus accablantes pour le

(1) Archives, AF II, 2G0, nivôse, pièce 15, et Une mission en Vendée,

Originaux expédiés par Boursault au Comité de Sûreté générale, Ueniies, 2.< vendémiaire an III.

(2) Arcliives, id.

(3) Le procureur syndic de Redon l'a fait partir sous bonne escorte. ichives, id., pièce 16.

I/O Archives, id,, pièce 14.

despote en sous-ordre (i). Le Comité ne crut pas devoir prendre parti « dans cette lutte afflig-eante entre deux représentants du peuple (2) ». Il ne donna satisfaction ni à Carrier, qui demandait le rappel de Tréliouard(3), ni à Jullien, qui insistait pour que Carrier fût déplacé (4) ; il se contenta d'éloigner Tréhouard qui fut renvoyé à Brest. C'est là que la haine de Carrier ira le poursuivre, demandant en pluviôse « que Laignelot ait à côté de lui en place de Tréhouard un collègue capable de le seconder, nu montagnard des plus terribles (5). »

Devant la Convention pourtant. Carrier avoua ses torts envers Tréhouard, tout en maintenant et en voulant justifier sa délégation à Le Batteux (6). Au tribunal nous le verrons embarrassé par l'écrasante déposition de Jullien (7).

Jullien a poursuivi son inspection; il a renseigné Prieur (de la Marne), qui de Noirmoutiers est revenu à Lorient, sur la situation dans le Morbihan (8) ; il est libre de sr rendre à Nantes où il pense trouver un supplément d'information sur les actes de Carrier. Il arrive le 10 pluviôse, dans un moment très propice! Le proconsul venait de se brouiller avec la Société populaire, menaçant, dans une crise de folie, de traiter d'incontestables montagnards comme de simples fédéralistes (9); la Société, fort irritée, ne demandait qu'à épancher ses doléances. Jullien devait apprendre tout ce qu'il voulait savoir. I*e véritable conflit entre Carrier et la Société populaire (ip)

(i) Factum intitulé : Pièces démonstratives de la conduite arbitraire tenue dans le département du Morbihan par Le Batteux, commissaire investi de pouvoirs illimités par le représentant du peuple Carrier.

(2) Lettre de Jullien à Barère. 1- nivôse. Jullien communiquait en même temps au comité la lettre de Carrier à Tribout, remise par celui-ci à Tréhouard.

(3) Dépôt de la guerre. Armée de l'Ouest, oje. Cité par M. Wallon Représetilants, I, p. 427.

(4j Lettre à Barère. Une mission en Vendée, p. 167, etlettre de Tourt à Robespierre, 15 pluviôse, id., p. 227. ^

(5) Archives AF II, carton 172, pluviôse, pièce 72. r

(6) Moniteur du 4 frimaire, séance du 2.

(7) Bulletin, VII' part. pp. 65,66.

(8) Une mission en Vendée, p. 213.

(9) M. Ghassin, la Vendée patriote, IV, p. 227.

(10) De fréquentes algarades avaient eu lieu déjà entre Carrier et

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