DISSOLUTION DE LA SOCIETE POPULAIRE
avait éclaté à la fin de frimaire au sujet d'un citoyen nommé Garnier, ancien capitaine d'un bataillon de Nantes, qui avait obtenu promesse d'une nouvelle place de capitaine. «Membre de la Société et connu de lamajorité pour un vrai républicain (i), w il est venu du Poulig-uen, où il occupait un emploi inférieur, à Nantes, pour remettre ses papiers à Carrier. Celui-ci, après avoir renvoyé Garnier de jour en jour, le traite de la façon la plus dure, l'appelle contre-révolutionnaire et finalement retient ses papiers sans lui donner satisfaction (2).
Plainte de Garnier à la Société, le 24 frimaire. La majorité décide qu'une députation serait envoyée à Carrier pour « lui faire connaître Garnier et demander justice (3) ». Le représentant n'est pas chez lui ou au moins fait répondre qu'il n'y est pas. On se décide à lui écrire l't le lendemain Carrier, furieux, vient à la Société, déclare i|u'ils étaient tous des lâches, qu'ils soutenaient des ailre-révolutionnaires qui quittaient leurs postes », menace de faire mettre en arrestation le président et les secrétaires de la séance du 24 frimaire et de dissoudre la Société. De la menace il en vient à l'effet et déclare la Société dissoute et enjoint à chaque citoyen de se retiler immédiatement chez lui . Les membres de la Société obéissent, et se retirent sans le moindre trouble (4). Trois jours après la Société reprenait ses séances, mais elle ne devait pas oubher la suspension infligée par le représentant (5).
Le 9 pluviôse, les patriotes étaient « en grande colère » et Nantes en émoi, car un convoi de vivres avait
iciété populaire. Un jour, le sabre nu, le représentant avait menacé la guillotine le premier qui s'apitoierait sur le sort des prisonniers niés à la noyade. (Déposition de Proust. Bulletin, VP partie, n» 86.) ne autre fois, dans la violence de la discussion, il interrompit son iscours pour couper des chandelles avec son sabre. (Déposition de Uonneron, VII» partie, n" 13.)
(1) Lettre de Goupilleau le jeune à son frère» Goupilleau (de Monigu), rentrée la Convention, 26 frimaire. Collection Dugast-Matifeux.
wbl.de Nantes.
(3) Lettre de Goupilleau. Collection Dugast-Matifeux.
(4) Id. Voir aussi Dugast-Matifeux, Carrier à Nantes, pp. 17 à 44.
(5) M. Ghassin, la Vendée patriote, IV, p. 227.
été enlevé près de Lég-é et on revoyait les brigands aux portes de la ville (i). La Société populaire envoie adresse sur adresse au représentant pour « l'objurg-uer » de finir la guerre de Vendée (2). Pendant ce temps, Champenois, potier d'étain, officier municipal et membre de îaSociété, a conduit chez Carrier (3) un patriote de Saint-Colombin qui doit le renseigner sur Charette et lui indiquer le moyen de s'emparer de la personne du chef royaliste. Carrier reste invisible (4) et cela pendant trois jours. Les délégués sont éconduits par un secrétaire insolent (5) qui leur dit : « Foutre ! vous ne savez donc pas que Carrier est malade ! » Une seconde fois la Société populaire délègue des patriotes (Thomas, officier de santé, Mouquet, Léger, Forget et Champenois) pour exposer à Carrier là situation de la Vendée (6) ; et ils sont aussi mal accueillis par le même secrétaire et ne parviennent pas à voir Carrier (7).
(2) Dugast-Matifeux, id.
(3) Lellre de Champenois, du 4 frimaire an III, produite par M. Chas* sin, la Vendée patriote, IV, p. 228.
(4) LeUre de Juliien, 15 pluviôse, à Robespierre. Papiers trouvés chez Robespierre, p. 361.
(o) Lettre de Champenois, id. « Le secrétaire de Carrier, écrit Juliien, reçoit avec la hauteur d'un ci-devant ministre, les députations d'une société populaire. » Lettre du 15 pluviôse, id.
(6) C'était le système de Carrier de se dire malade et de se faire invisible. Malade, il pouvait l'être, étant donné qu'il passait ses nuits dans l'orgie : invisible pour ceux qui voulaient lui donner des conseils. Quanta Charette, objet de la visite des patriotes, il s'en préoccupait plus que ne pouvait le croire Champenois; mais sonmoyen pour débarrasser de l'ennemi redouté n'était pas fait pour être divulg' Dans une lettre du 9 pluviôse au Comité, il expose son plan qui celui de Turreau : Plusieurs colonnes, très près les unes des autrel doivent parcourir les pays révoltés, fouiller les bois et repaires, incett dier et massacrer tout.... « Outre ces grandes mesures, ajoute-t-il, j'eil ai pris une secrète pour m'assurer de la personne de Charette. J'en a. confié le soin à un citoyen de Nantes capable de tout oser. Dans peu d« jours, j'en saurai le résultat et vous en ferai part. Qu'il me tarde d'ap prendre la mort de ce grand brigand et du dernier de tous les autre) qui infestent encore le sol de la Republique. Qu'il me sera doux de voui en transmettre la nouvelle ! » — Dépôt de la Guerre, Armée de l'Oues 5/6, cité par M. Wallon, Représentants en mission, I, p. 431.
(7) Déclaration de témoins rapportée dans la lettre de l'accusât public Leblois. — Pièces remises à la Commission des 21, 20* liasi y" pièce. — Lettre de Juliien. Tours, 15 pluviôse ; Papiers de Rob pierre, p. 361.
L'INCIDENT CHAMPENOIS 2i3
A la séance du soir, Champenois fait son rapporta avec vérité, avec éneriçie », reprocliant à « Carrier de ne pas fraterniser avec ceux qui l'avaient admis comme secrétaire », demandant en outre « qu'il lui fut écrit une lettre comme frère », lui déclarant que « s'il n'y répondait pas onnelereg'arderaitplus comme membre de laSociété (i)». Nouvelle adresse adoptée à la suite de ces explications, adresse où la Société expose ses plaintes contre le secrétaire de Carrier, ses regrets de « laisser échapper la plus heureuse occasion de s'assurer de la personne d'un grand coupable (2) ».
Carrier fait jeter à la porte la députation chargée de porter cette adresse; l'un des membres de la Société, dit Gou[i'û\edu, fat frappé par le représentant (3). Carrier ne s'en tient pas là; Champenois, le fauteur de cette rébellion, est arraché de son domicile dans la matinée du lendemain et conduit chez le proconsul (4)- Grand émoi à Société populaire, qui se réunit immédiatement en séance extraordinaire et envoie des commissaires chez Champenois (5). On y retrouve en liberté l'officier municipal qui, amené à Vincent-la-Montagne, lit « la lettre de cachet » en vertu de laquelle, désigné sous l'appellation « du nommé un tel » (encore un grief de plus!), il a été conduit chez Carrier. Champenois expose que, « sur de faux rapports, partis de /a salle des séances par des moyens qu'on ne peut expliquer^ la religion du représentant a encore été surprise et trompée. » Très émue et agitée en divers sens, la Société, avant de prendre un parti « que la prudence exige pour la sûreté personnelle de chacun de ses membres », arrête que nulle discussion ne pourra
(1) Lottre de Champenois, id.
(2J Lettre de la société Vincent-la-Montagne H2 pluviôse). — Pièces remises à la Commission des 21, 10" liasse, 2!* pièce.
(3) Lettre de J.-V. Goupilleau, 15 pluviôse. — Collection Dugast- Matifcux.
(4) Arrêté de Carrier du 12 pluviôse, signé de Saverneau, secrétaire greffier. — Pièces remises à la Commission des 21, 11» liasse, 2» pièce.
(5i) Lettre de Goupilleau. 15 pluviôse. — Dugast-Matifeux, Carrier à Nantes.
avoir lieu dans son sein, où l'on se contentera de lire les papiers publics et les décrets de la Convention nationale (i)!...
(I) Extrait des registres de la société de Vincent-la-Montagne. — Collection Diigast-Matifeux, Nantes, et M. Chassin, Vendée pal riote, t. IV, p. 229.