‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 57 sur 124 · APRÈS LE DÉPART DE CARRIER · texte numérisé non relu

APRÈS LE DÉPART DE CARRIER

jite (le la commission Bignon. — Les Assises du château d'Aux. — [uscar et le capitaine Hug'o. — Les prisonniers de Saint-Florent ît M»"' de Bonchamp.

Carrier partit le 28 pluviôse, emportant sa haine contre llien et son regret de ne pas avoir terminé son système rî'extermination contre les Nantais.

I Goullin et ses collègues ne s'étaient pas réjouis moins ^^■vement que le reste de la ville de voir le Représentant ^^■ntrer à Paris. Non pas qu'ils fussent à bout de leurs ^^Bm plaisances, mais ils pouvaient craindre que l'entourage intime de Carrier ne songeât à modifier le Comité pour . y faire entrer ses créatures. Lamberty, l'homme de confiance de Carrier, et ses aides-de-camp Robin (r) et Lavaux, Fouquet, V aller ego de Lamberty, aussi compromis f{iie lui bienque Carrier ait nié leconnaître{2), voilà quels étaient les hommes que pouvait craindre le Comité. « Il s'empressa de lancer contre eux des mandats d'amener. On doit croire que dans l'esprit de Goullin etde ses collègues ledessein de perdre Lamberty fut arrêté le jour où il leur lut rapporté que celui-ci s'était vanté d'avoir reçu de ('arrier l'ordre de renouveler le Comité (3). L'entreprise souffrait quelque difficulté sans doute et il fallut s'y reprendre à plusieurs fois. La commission militaire, en es-

(1) Robin, dont l'exaltation révolutionnaire était poussée jusqu'à la iiireur, avait été nommé président de la Société populaire de Vincent-

i-Montagno. A. Lallié, le Sans-culotte Goullin, p. 88.

(2) Défense de Carrier à la Gonvenlion. Moniteur du 4 frimaire. l>éposition de David- Vaugeois.

(3)3;otes d'audience de David-Vaugeois, accusateur public.

sayant d'empêcher Lamberty de retirer de l'Entrepôt, un certain nombre de femmes s'était attiré les foudres de Carrier qui n'avait parlé de rien moins que de faire fusiller la commission, président en tête (i).

La hardiesse avec laquelle le faux philanthrope Jullien avait mené sa campag-ne de délation (2) et le courage qu'il avait montré dans sa lutte personnelle contre le Représentant raffermirent le Comité dans son idée de résistance contre les séides de Carrier. Il s'ag-issait de réunir contre eux descharg-es accablantes, éléments d'une accusation capitale que l'on tiendrait en réserve pour la lancer au moment opportun, autrement dit quand tout danger aurait disparu (3). Il ne pouvait être question d'arg-uer contre Lamberty et|consorts de noyades ou de sabrades — fût-ce de femmes et d'enfants, leComitéayant sur la conscience des faits analog-ues(4), — mais certains actes d'un caractère différent pouvaient exposer Lamberty et ses compagnons aux poursuites du Comité. Ils avaient en effet fait sortir de prison des « brig-andes «dans un but connu ; c'était soustraire des contre-révolutionnaires à la vengeance nationale, crime punissable, comme on devait le leur prouver. S'attaquer pourtant à Lamberty, régnante encore Carrier, était chose bien audacieuse; on commença par Fouquet, contre lequel un rapport avait été déposé dès le 27 nivôse. On le manda au Comité le 22 pluviôse et on entendit ses explications. Bien qu'il soutînt qu'il n'avait coopéré à l'enlèvement d'aucune fem^ me et qu'il n'avait jamais avili le Comité « il dut (5) être

(d) C'est de Gonchon qu'il est question. Il tomba malade à la suite d'une scène ultra-violenle avec Carrier et mourut peu de jours après.

(2) Voir lettres de Jullien à son père, à tiobcspierre, etc. Papiers trouvés chez Robespierre. Rapport de Courtois, E. Lockroy, Une mission en Vendée; Dugast-Matifeux, Un épisode de la Terreur à Nantes, et plus haut chap. xviir.

(3) Gost-à-dire quand Carrier serait délinitivcraent remplacé.

(4) Fusillades de l'Eporonnière. Noyade dirigée par Goullin, etc.

(5) Pas de date certaine pour l'arrestation. M. A.Lallié semble d'avis d'abord qu'ils furent incarcérés avant le départ de Carrier. (Notes sur le Bouday, pp. 82); plus tard, il suit l'altostation de tBignon dans sa lettre du 23 ventôse: « Sitôt le départ de Carrier, le Comité révolutionnaire a fait arrêter ces deux quidams. » Pièces remises à la Commission des 21, p. 112. A. Lallié, le Sans-culotte Goullin, page 92.

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