LE CAPITAINE HUGO AU CHATEAU D'AUX
arrêté le même jour. Quanta Lamberty, qui le 23 avait été « invité à passer au Comité pour y donner des éclaircissements », il est à présumer qu'il ne fut arrêté qu'après le départ de Carrier (i), mais on ne perdit pas un jour pour envoyer au Bouffay M*"^ Giroust de Marcilly et sa femme de chambre (2) — Une fois ce premier grand pas fait, l'accusation sembla dormir quelques jours pour se réveiller, en germinal, devant la commission Bignon. En attendant d'instrumenter contre Fouquet et Lamberty, chose qu'il considérait comme « très délicate (3)», Bignon avait de quoi s'occuper à Nantes ou aux environs. Le château d'Aux (4), situé en face l'île d'Indret, où était ('lablie la fonderie nationale, tenait garnison. Les troupes (|iii campaient sous ses murs, se rendant à Nantes, se crurent inquiétées par les habitants du village de Rougiieiiais. Arrestation de tous ceux qui n'ont pu s'enfuir; les lioninies sont enfermés dans les écuries, les femmes dans la chapelle et Bignon se transporte à Aux (5). Deux s(''ances (i3 et i4 germinal) envoyaient 209 hommes à la fusillade. Une voix s'était élevée dans la commission, (!(>mandant courageusement au tribunal qu'au lieu d'exécuter les condamnés on les employât aux mines du centre de la France. Cette voix, trop humaine pour être entendue — les condamnés furent mis à mort sauf un, Jean L;)irent. âgé de treize ans (6) — était celle du capitaine,
(1) 27 |)luviôse. Mandat d'arrêt contre le nommé Lamberty, commandant gi'néral des canonniers nantais, accusé d'avoir recelé des femmes contre-révolutionnaires, 28 pluviôse. Ordre de se saisir de Robin et de Lavaux et de les conduire aux Saintes-Claires. Robin, on le sait, réussit à sortir de Nantes et à rejoindre Carrier.
2) Voir chapitre XXI.
(3) Lettre de Bignon, 25 ventôse, donnée plus bas. — Pièces de la iinni. des 21, p. 4H .
(4) Château d'Aux Servait de plaisanterie aux terroristes de Nantes. On disait envoyer au château d'Eau, bon pour le château d'Eau, eic.
(•")) Berriat Saint Prix. /a Justice révolidùmnaire, pp. 23 et suivantes.
(6) « On les conduisait à la mort par petites troupes, ils la reçurent avec calme à côté de fosses ouvertes pour les recevoir... » «J'ai beaucoup fait la guerre; j'ai parcouru de vastes champs debataille; jamais rien ne m'a tant frappé que ce massacre de ces victimes de l'opinion et du fanatisme ». — Général Hugo. Mémoires.
Voir aussi le Châleau d'Aux, rectification historique, citée par Berriat Saint-Prix, pp. 21-24. La Justice révolutionnaire, par Dugast-Matifeux, pp. t'i à 30.
Plusieurs auteurs, suivant le récit inexact de Prudhomme, i/w/ozj'e
23o CARRIER A NANTES
depuis général Hugo, père de Victor Hugo, — alors âgé de vingt ans, et qui faisait partie de la garnison.
Vingt-deux femmes restaient, dont plusieurs jeunes filles et une âgée de treize ans. Pas plus que les fusillées de Gigant, elles n'eussent échappé à la mort, si Bignon n'eût été subitement rappelé à Nantes. Il chargera donc le commandant du camp, Muscar, de former une autre commission. Muscar se hâta de 'nommer président le capitaine Hugo, en raison môme de l'humanité qu'il avait témoignée et dans le but de sauver les malheureuses. Hugo ne faillit pas à sa tâche et après l'interrogatoire des accusées, reconduites dansla chapelle du château, il s'adressa aux juges, les invita à ne pas se guider sur les antécédents et à n'écouter que leur conscience. Sa parole avait ému les membres de la Commission ; l'un deux, Fleury, vieux sous-lieutenant, entraîna l'acquittement des femmes en disant : «Je me suis fait militaire pour combattre des hommes et non pour assassiner des femmes (i).»
impartiale des crimes de la Révolution, t. "VI, p. 273, ont fait massacrer 800 liabitants de Bouguenais par l'ordre du proconsul. Cette erreur, répétée par Pitre Chevalier, Bretagne et Vendée, pp. 521, 1851, et par Crétineau-Jolly ( Fe?idee mi7«7azre, t. II, p. 4o) se rectifie d'elle-même. Au procès où l'accusation fut portée par le témoin Benêt il ne lut question que de 360. En réalité Carrier avait quille Nantes depuis 45 jours et le nombre d'habitants iniquement exécutés fut de 209, comme le prouve de façon irrécusable M. Dugast-Matifeux dans sa brochure. D'après M. Lallié, ce fut le représentant Carreau qui ordonna la boucherie du Château d'Aux. Carreau était l'auteur d'un projet ridicule qui consistait « à former une compagnie de musiciens qui traverseraient la Vendée au son des instruments dans l'espoir que leur musique enchanteresse, renouvelant les miracles d'Orphée et d'Amphion, adoucirait les habitants et relèverait les toits incendiés! ■> M. Lallié, la Grande armée Vendéenne et les prisonniers de Saint-Florent, p. 64.
Lequinio aussi était d avis que It^ musique était nécessaire à lapacir fication. Il proposait dans son mémoire sur la Vendée que les représentants fussent précédés de quelques musicions.
(1) Nous voulons nous en tenir au témoignage d'Hugo et croire qu'uÈ instant la pitié put entrer dans l'âme de Muscar. Ses antécédents ne semblaient pas le porter à une mesure de clémence générale. Le^S nivôse, pondant que la commission siégeait, il écrivait à Lenoir, président de la commission de Nantes : « Encore sept brigands de fusillés hier. Tous les jours ce jeu patriotique va se reproduire. Je suis bien décidé à donner la chasse à mort à tous ceux qui infestent encore ces environs; j'espère qu'aucun n'échappera à mon action et â ma haiike contre tout ce qui ose fouler aux pieds les lois saintes de la République. » -
Lettre originale de Muscar, arch. du greffe, citée par A. Lallié, la Commune de Bouguenais (Revue de Bretagne, 1882, I, 320). Sur Muscar, qui s'illustra à Ostende 1798 et devint brigadier, voir une étude d'Aj^