LA COMMISSION BIGNON
Rappelés à Nantes, Big-uonet sa commission continuaient déjuger; c'est-à-dire d'envoyer à la mort. Une des déteimes portait un num illustre. Traînée devant le tribunal après une longue incarcération, M'"« de Bonchamp allait subir le sort commun (i), mais un courant d'opinion s'était manifesté en faveur de la prisonnière; les juges, (lisent les écrivains, heureux de rencontrer la note si rare de la clémence, étaient disposés à laisser tomber l'affaire en oubli en souvenir de la générosité de Bonchamp à son lit de mort (2). Bien qu'épisodique,mais en raison des légendes auxquelles il a donné naissance, l'incident qui a immortalisé la mémoire de Bonchamp mérite qu'on s'y arrête. En principe, les Vendéens ne fusillaient pas les prisonniers (3) ;les meurtres de Laroche-Bernard, de Légé, les massacres de Machecoul surtout (4), qui ont si tristement rendu célèbre le nom de Souchu, ont été des exceptions au début du soulèvement provoqué par la levée des 3oo.ooo hommes. Il fallut les égorgements ou les fusillades dont les Vendéens étaient chaque jour témoins ou victimes pour les pousser auxmêmesexcès(5).Quand, pour répondre à des exécutions de prisonniers, certains
hort Duruy, le Brigadier Muscar, d'après les archives de la guerre et sa jrrespoadance. Reuue dei Deux Mondes, 15 novembre I880.
D'après M. Laiiié, Hugo exagère. Si, grâce à sa courageuse initiative, plusieurs femmes échappèrent à la mort, les plus compromises furentCusillées.
(1) Marie-Renèe-Marguerite de Scépcaux, veuve de Bonchamp. Krrante, déguisée en paysanne, M""" de Bonchamp avait été arrêtée prés (i'Ancenis et jelée d'abord à la prison du Bon-Pasteur, puis au lîoufl'ay. — M. A. Lallié, les Prisonniers de Saint-Florenl-le-Vieil, pp. 65 l't suivantes. Souvenirs de la comtesse de la Boucrp.. Pion, 1890.
(-2) Tout le monde connaît la charmante anecdote de la petite Bonliianip allant chercher « les lettres de grâce de maman » et Taisant rire le ti'ibunal criminel en lui chantant, le refrain vendéen : « Vive le roi! A bas la république! » Me'in. de M""" de Bonchamp, édition Le^cure, Didot, p. 55.
(3) Lettre de Bernard de Marigny aux habitants de Niort, signée de Larochejaquelein, Bonchamp, Lescure et les autres chefs, oii ils exposaient qu'instruits de l'ordre donné aux troupes républicaines de ne faire aucun prisonnier ils répudiaient, quant à eux, cette barbarie et ne voulaient pas user de représailles. — B. Fillon. Pièces contre-révolu- Munuaires du commencement de l'insurrection. Bibl. de Nantes.
(4) Le Comité de Machecoul fusilla les patriotes (avril 93) en rcpré- :iilles des massacres de Pornic, où on avait immolé près de 500 Venli'ens. Séance de la Convention du 31 mars.
|5) M. Wallon, les ReprfisentanLs en mission, t. I, p. 207. Il no saurait être question de nier les actes cruels commis par les Vendéens; nous aurons l'occasion de parler des fusillades de Noirmou-
chefs Vendéens voulurent user des mêmes procédés, le peuple môme témoigna la plus grande répugnance.
Savary, qui s'est trouvé dans une occasion au nombre des républicains menacés et qui a pu les sauver tous, raconte le spectacle extraordinaire qui s'offrait à ses yeux: « La cour était environnée de paysans de la contrée, à genoux, les mains jointes, priant le bon Dieu de ne pas permettre qu'on égorgeât les prisonniers... On retrouve ici, ajoute-t-il, l'homme de la Vendée livré à luimême (i). »
La difficulté de garder des prisonniers alors qu'ils étaient cernés ou en fuite faillit pourtant un jour inciter les Vendéens à un grand massacre. C'était après Cholet. Vaincus, emmenant après eux femmes et enfants, ils allaient abandonner leur pays et porter la guerre au delà de la Loire et ils avaient plus de cinq mille prisonniers. Avant de les entraîner plus loin, les chefs de la «grande armée vendéenne » tinrent conseil à Saint-Florent. « Dans le premier moment tous étaient d'avis de faire fusiller les prisonniers (2); quand il s'agit de donner des ordres d'exécution, personne ne voulut s'en charger, même Marigny, et un sage fit observer que ce serait autoriser les massacres des bleus qui ne laisseraient pas une créature vivante sur la rive gauche de la Loire. » Au milieu de la discussion, où les prêtres membres du conseil de l'armée catholique et royale, l'évêque d'Agra en tête, se montraient les plus ardents, où l'on avait peine à contenir « levieux et dur chevalier Cesbrond'Argognes, qui échauffait les soldats pour faire massacrer les prisonniers (3) » une voix de clémence se fit entendre, celle de Bonchamp, mortellement blessé, qui demandait la grâce des bleus comme suprême faveur. Les compagnons d'armes de Bonchamp fléchirent devant le vœu d'un mourant et les
tiers et de Fougères et d'autres représailles. L'épisode qui suit prouve au moins que du côlé vendéen il y eut des jours de clémence.
(1) Savary, Guerres des Vendéens, tome I, pp. 156 et 1S8.
(2>) M™" de Larochojaquelein, Mémoires, p. 281. M"" de Larochcjaquelein assistait au conseil, à côté de son premier mari, Lescure, couché sur un matelas.
(^) M"' de Larochojaquelein, Mémoires, id.