‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 60 sur 124 · LES PRISONNIERS DE SAINT-FLORENT · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS DE SAINT-FLORENT

prisonniers qui attendaient anxieusement leur sort dans le cloître de Saint-Florent (r), canons braqués en face d'eux, furent aussitôt mis en liljerté.Le fait en lui-même n'est pas discutable. Lisons Savary, le jut^e le plus impartial que nous puissions consulter en la matière : « Le 1 8 (octobre), versles ii heures dumatin, les avant-postes surlaroutedeBeaupréau àSl-Florentsignalèrentunçrand nombre d'individus qui se dirigeaient vers eux; Beaupuy s'y porta de suite. C'étaient les prisonniers républicains au nombre de quatre à cinq mille qui tous proclamèrent pour leur lil)érateur Bonchamp, prêt à rendre le dernier soupir. Il faut avoir vu ce spectacle attendrissant et terrible, il faut avoir entendu le récit de leurs peines, de leurs espérances, enfin l'expression de leur reconnaissance, pour s'en faire une idée. Ils furent dirigés le même jour sur Cholet (2). » La délivrance des prisonniers parles chefs vendéens ne fait de doute pour personne, bien que le triste Léchelle se soit vanté de les avoir sauvés et que Carrier répèle le mensonge (3), bien que les représentants Choudieu, Turreau, Bourbotte, Francastel n'aient [las craint d'écrire à la Convention : « Indépendamment de tous les prisonniers délivrés à Mortagne, à Châtillon, Cholet et Beaupréan, nous en avons arraché des bras de /'e/i/ié'm/cinq mille cinq cents à Saint-Florent (4) ». — Mer- Hn (de Thionville), dans son rapport au Comité, signale celte délivrance mais avec des commentaires de sa façon : « Ces lâches ennemis de la Nation ont, à ce qui se dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres qu'ils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce traid'incroyable hypocrisie. Je les ai pérores et ils ont bien-

(1) M. Chtissin, la Vendée patriote, tome III, p. 213, d'après une note de Mercier du Rociier. M. A. Lallié, la Grande armée Vendéenne et les prisonniers de Saint-Florent-le- Vieil.

(2) Savary, Guerre des Vendéens (Méin. de Kléber), tome II, p. 278, et Barantc, Souv. contemporains, Bonchamp; Mém. de M"'" de Bonchatnp, pp. 50 à 53. Souvenirs de la comtesse de la Bouëre.

(3) Carrier. Rapport à la Convention.

(4) Moniteur du 2i octobre. Chardon, les Vendéens dans la Sari fie, tome I,pp. 120-124 ; — Lettre d'Angers, trentième jour du 1" mois, donnée par le u" 117 du Mercure français 5 du ii° mois (26 oct. 93).

tôt compris qu'ils ne devaient aucune reconnaissance aux brigands. Mais comme la Nation n'est pas encore à la hauteur de nos sentiments patriotiques, vous ag-irez sag^ement en ne soufflant pas un mot sur cette indignité. Des hommes libres acceptant la vie de la main des esclaves . Ce n'est pas révolutionnaire. Il faut donc ensevelir dans l'oubh cette malheureuse action. N'en parlez pas même à la Convention. Les brigands n'ont pas le temps d'écrire ou de faire des journaux. Gela s'oubliera comme tant d'autres choses (i). »

Qui avait ordonné cette délivrance, qui l'avait obtenue ? Là commencent les divergences d'opinions : ceux qui ne croyaient pas à l'intervention de Boncliamp, ou du moins à l'intervention du seul Bonchamp, s'appuyaient sur la i'** édition des mémoires de M"i*^ de Larochejaquelein, où en effet l'acte de clémence semble reporté sur tous les chefs vendéens (2). M. Lebouvier en sa qualité de défenseur de

(1) Th. Muret^ Hist. des guerres de l'Ouest, t. I, pp. 336; Chassin, Vendée patriote', t. III, p. 213; Gliardon. les Vendéens dans la Sarl/ie, t. I, pp. 120-122; M. Wallon, Représentants en mission, l, p. 208.

(2) N'oublions pas qu'à cette époque elle était Mm» de Lescure et pouvait désirer associer le nom de son mari à un trait de générosité M Bonncmére, auteur de la Vendée en 03, s'empara de ce silence de M"» de la Rocliejaquelein, pour traiter de fable la prière in extremis de Bonchamp; une longue polémique s'en suivit en 1867 entre M. Glaretie, alors rédacteur de l'Opinion Nationale, et M. de Bouille, petit-fils de Bonchamp. (Lire tous les détails dans la brochure très documentée de M. A. Lallié, la Grande armée Vendéenne et les prisonniers de Saint-F torent-le- Vieil), M"'» de la Rocliejaquelein s'excusera, dans une édition postérieure, d'avoir été obligée, ne pouvant retrouver dans ses souvenirs les récits concernant les épisodes de Saint-Florent, de se lier aux détails qu'on lui a donnés depuis. Mémoires, p. 238.

M. de Barante, qui a rédigé au moins en partie les mémoires de M'"" de La Rochejaquelein, de 1812, où dans la biographie de Bonchamp, il avait traité assez légèrement l'incident de Saint- Florent à 1853, a changé d'avis. On lit en effet dans l'Histoire de la Convention Nationale, tome III, liv. VI, p. 53 : « Bonchamp, mourant de sa blessure, avant de rendre le dernier soupir avait obtenu la grâce de ces prisonniers. » Il associe du reste Lescure à cet acte généreux, Lescure, qui ne devait pas tarder non plus à mourir et qui entendant quelques officiers parler de fusiller, d'uncvoix affaiblie s'était révolté contre cette horreur (M. A. Lallié, les Prisonniers de Saint-Floi-ent). D'après du Chatellior {Uist. de la Révol. en Brelar/ne, IV), Lescure £e serait écrié o c'est un acte infâme » quand Cesbron donna l'ordre de fusiller.

Aubertin. plus tard adjudant général, qui commandait une des colonnes d'attaque à Noirmoutiers, dit dans ses Mémoires qu'il a été sauvé de la mort à Saint-Florent par la généreuse intervention de MM"'» de Lescure et de Bonchamp, page 50.

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