‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 61 sur 124 · BONCHAMP · texte numérisé non relu

BONCHAMP

Charelte (i), s'est cru oblig-é d'aller plus loin et de nier toute idée généreuse; il accuse M. Alphonse de Beauchamp d'avoir inventé de toutes pièces cette scène des prisonniers comme les paroles qu'il met dans la bouche de Bonchamp (2). Prenez les mémoires d'un autre écrivain royaliste, Poirier de Beauvais, vous y lirez cette phrase qui ne compromet personne et laisse la discussion ou- \('ite: « Les prisonniers tirèrent sur nous les canons que nous avions laissés imprudemment sans les enclouer... Ils pouvaient être au nombre de 8.000 (décidément le chiffre est variable) ; nous ne pûmes nous décider à les livrer froidement à la mort... (3) » — Et rien d'autre. Ilsendjle que les écrivains royalistes se soient donné le mot (4) pour ne rien préciser de peur d'être- taxés d'exagération , Il était réservé à des auteurs républicains de porter la louange à un diapason plus élevé. Mocquereau LaBarrie, capitaine des volontaires de la Sarthe, certifie (5) que les larmes et les prières du peuple ont modifié l'attitude des c\\^îs, jusqu'alors hostiles à la pensée généreuse de Bonchamp ; que celui-ci, devant ce cri de miséricorde, réunissant le peu de forces qui lui restaient, prononça ces paroles : « Si l'ordre d'un chef mourant (6) n'a plus de pouvoir sur vous, je vous en prie au nom de l'humanité, au nom de Dieu pour lequel vous combattez, camarades, si vous dédaignez mon ordre et ma prière, je vais me faire porter au milieu de mes prisonniers et de vous et vos premiers coups

(1) Lobouvier-Dcmorlier, Réfutation des calomniateurs de Charette, cité par M. A. Lallié.

(2) A. de Beauchamp, Hist. de la Vendée, et des Chouans.

(3) Poirier de Beauvais, Mémoires, pp. 133, 154, publiés parla Comtesse de la Bouère. Plon-Nourrit, 1893.

(4) Grétiaeau-Jolly lait exceplion, Histoire de la Vendée militaire, t. I, p "im.

(5) Mes trois nioi^ de prison en Vendée, par Mocquereau La Barrie, produits par M. Chardon, les Vendéens dans la Sarthe, t. III.

(6) D'après Pitre-Chevalier et Crétincau-Jolly, Bonchamp se serait levé de son brancinl et aurait dit à d'Autichamp: « Mon ami, les Vendéens m'ont toujours obéi. Portez leur mon commandement suprême: Grâce aux prisonniers, que je ne meure pas sans être assuré de leur vie. » Un roulement de tambour annonce un ordre de Bonchamp. Tout le inonde prête l'oreille. Le dernier cri du héros arrive aux bourreaux prêts à frapper, les armes leur tombent des mains. Bretagne et Vendée, II, p. 431.

tomberont sur moi (i). » Comme la plupart des phrases historiques, celle-ci a peu de chance d'être vraie. Elle correspond en tout cas à la pensée qui devait diriger Bonchamp à cette heure solennelle, elle semble avoir inspiré David (d'Angers) inscrivant sur le socle du monument de Saint-Florent :

« Grâce aux prisonniers. Bonchampleveut.Bonchamp l'ordonne. »

Avec le récit du général Danican (2), nous touchons à une des légendes, celle qui fait intervenir M'"*' de Bonchamp : « Ce que nos généraux et nos augustes représentants n'eurent jamais la bonne foi d'avouer, c'est que, sur le point même où les Vendéens s'embarquaient pour fuir leur patrie, ils donnèrent la vie et la liberté à 5 ou 6000 de nos soldats prisonniers dans l'église de Saint- Florent. Ce fut à l'humanité de Bonchamp, qui mourut, le lendemain, de ses blessures, ainsi qu'aux sollicitations de son épouse que les Républicains durent leur salut, ce qu'il y a de plus siuguher c'est que tout le monde sait cela et que personne n'a eu le courage de révéler ce trait d'humanité qui est sublime. »

La légende, c'en était bien une (3), puisque M""" de Genhs a pu dire dans les mémoires de M™« de Bonchamp que celle-ci (4) n'était pas avec son mari lorscju'il mourut, fut utile en tout cas à la veuve du chef de l'armée Vendéenne. Non pas qu'elle ait osé l'invoquer devant ses

(i) Les Commissaires du Département do la Vendée, Guichet et Chaigneau, ont rapporté dès le 18 octobre que « les prisonniers disaient n avoir échappé au supplice affreux qui les attendait (lue grâce aux sollicitations réitérées des citoyennes de Saint-Florent et de Montrevaultet de Bonchamp lui-même qui, avant d'expirer, avait fait sentira toute sa horde combien il était intéressant de ménager ceux dont ils avaient tout à craindre. » Bibliothèque de Nantes. Manuscrits de Mercier du Rocher.

(2) Danican, les Brigands démasqués. Londres, 1796.

(8) Bonchamp avait pu dire quelques mots à ses amis, mais n'avait P'^t'I^y/'^'" ^^ femme, dit Poirier de Beauvais en ses Mémoires, \>. 448.

(4) Mem. de M™» de Bonchamp, par M"»" de Genlis, p 53, collection de Lescure. Quelque ingénieuse qu'elle lût, M'-^ do Genlis n'avait pas if". , V" £^''!f ''. ^^ l'intercession imaginaire de M°« de Bonchamp. M A D Rpchejaquelein, dans les éditions postérieures, répète que M»" de Bonchamp ne revit pas son mari mais qu'elle empêcha d'Ar- Rognes d ex^citer les soldats au massacre. Voir les Souvenirs de la cornlesie de la Boucre,

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