‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 62 sur 124 · LE RÉGULUS NANTAIS · texte numérisé non relu

LE RÉGULUS NANTAIS

juges, mais un autre s'en servit au moment propice: Cet autrec'estHaudaudine, surnommé le Régulus Nantais (i), un fies prisonniers de Saint-Florent sauvé par Bonchamp, qui a voué un culte de reconnaissance à sa veuve et s'efforce par tous les moyens de la sauver. Quand, enfermée au Bon-Pasteur, le 3 çerminal, condamnée à mort par la commission Bignon et transférée au Boufïaj, M"'® de Bonchamp attend son tour, Haudaudine lui fait passer un billet avec ces mots : a Dites-vous grosse. » La prisonnière usa du subterfug^e qui, sous la Terreur, sauva un g-rand nombre de femmes; elle se ditg-rosse de quelques semaines, c'était un sursis de trois mois renouvelable, une chance de salut I elle mentit au risque de se déshonorer (2).

Son exécution fut donc différée jusqu'à messidor. L'oubliat-on ? M'"*' de Genlis dit (3) qu'elle voyait sortir deux fois par jour des convois de prisonniers qu'on menait à la mort et qu'elle vivait dans des transes cruelles. Assertion fausse ; c'est l'époque où la guillotine faisait trêve (4) ; la commission militaire ne fonctionnait plus et le Comité révolutionnaire était sous les verroux.

(1) Haudaudine était un négociant de Nantes servant dans la garde nationale. Fait prisonnier par Gharette, il obtint de retourner chez les Képublicains pour leur proposer de ne plus fusiller les prisonniers et do consentir cà un cartel d'échange. Mal reçu à Nantes, il retourna se constituer prisonnier malgré les railleries des patriotes. On ne sait pourquoi Gharette le laissa en prison; dans la retraite de Tiffauges, il se trouva mêlé aux prisonniers républicains et épargné comme eux à Saint-Florent. (M"'e de La Rochcjaquelein, p. 458. j Dans sa reconnaissance, en pleine Terreur il réunit (l(;s signatures et prépara une adresse à la Convention pour prouver non seulement que bonchamp avait lait grâce aux patriotes, mais qu'il y avait été incité par sa femme courant mille dangers pour sauver les prisonniers. — M.A. Lallié, les Prisonniers de Saint-Florent et la grande armée vendéenne ; Duchatellier, Hist. de la Révolution en iirelaqne, V, 176, et M. Cliassin, laVendée patriote, lU,\i. 213.

(2) On laissait aux femmes le temps d'accoucher et d'allaiter leurs enfants comme devoir patriotique, puis on les guillotinait. M'"" de Genlis se perd dans un dédale de phrases a propos de cet aven, pages 50-53. Mém. de Bonchamp. Avant elle. M'"» do Larochejaquelein avait dit : « Son mari (Hait mort depuis longtemps ; elle fut obligée de dire que ce préb'ndu enfant était d'un soldat républicain. » Mémoires, p. 457.

(3) Mémoires de M""^ de Bonchamp, id. Mém. de M"" de Larochejaquelein, p. 457. M°« de Bonchamp avait surtout à souffrir d'une promiscuité pénible avec des fouîmes do mauvaise vie qui l'insultaient. Souvenirs de la comtesse de la Boucrs, p. ii79.

(4) M. A. Lallié {la Grande armée vendéenne) dit qu'à ce moment il n'y eut pas plus de 20 exécutions.

Puis vint Thermidor. Les représentants du peuple, Bô entre autres, qui montra de l'humanité, s'interposèrent-ils ? On peut croire que l'inlluence d'Haudaudine s'exerça d'une manière occulte avant l'époque où il présenta sa pétition à la Convention. Ce ne fut que le 28 vendémiaire que la Convention prit connaissance de l'adresse (i).

Les volontaires liabitant la commune de Nantes demandaient la révision du procès de la veuve Bonchamp, condamnée à mort par jug-ement de la Commission, laquelle veuve n'a point été exécutée; ils exposaient qu'elle avait sauvé la vie aux pétionnaires et a cinq mille patriotes que les rebelles allaient fusiller au mois d'octobre 98, en se jetant elle-même au milieu des piques et des fusils, devant les canons chargés à mitraille...

« Conservez la vie d'une femme qui n'aurait jamais été condamnée à mort si les juges, à l'époque où elle a paru à leur tribunal, avaient osé mettre en balance six mille patriotes sauvés par elle et le crime bien involontaire d'avoir passé la Loire pour recueillir les derniers soupirs de son mari... et cependant notre libératrice ne doit aujourd'hui son existence momentanée qu'à l'enfant qu'elle va bientôt donner à la patrie (2}. »

La Convention de vendémiaire an III écouta l'adresse et la renvoya au Comité de législation. Le 29 nivôse, le représentant Pons (de Verdun) donna lecture du rapport sur la pétition d'Haudaudine et fit valoir la générosité avec laquelle Bonchamp avait fait grâce à des prisonniers (3). La cause était dès lors entendue, et après une longue détention, le jugement prononcé contre la citoyenne Bonchamp, qui, dit le décret, avait sauvé la vie à un grand nombre de patriotes, est déclaré non avenu et la

(i) Envoyée le 4 vendémiaire. — Signatures consignées à l'original dépose au Comité de législation. De l'imprimerie Moreaux, Nantes. Bibl. de Nantes, pièce rare, 50C44. Moniteur du 24 vendémiaire an III. p. 116.

(2) Adresse, etc.

(3) Moniteur du 2 pluviôse, p. 503. — M. A.. Lallié, les Prisonniers de Saint-Florent.

madamp: de bonchamp 239

('oiiveiilioii ordonne qu'elle sera remise en liberté (i).

(1) M"" do la Rochejaquelein en rend ainsi compte: « Le> prisonniers ont atteste lenr reconnaissance en sauvant M'"" de Boncliainp, au Mioyi'n d'un certificat qui attestait que M. de Bonchainp, d'après ia sollicitation de sa l'cmnie, avait obtenu leur grâce de l'armée vendéenne. » (Mémoires, paj^e 282.) V. aussi les Souvenirs de la comtesse de la lioui've, p. 279.

Avec Haudaudinese trouvaient parmi les prisonniers de Saint-Florent des notables de Nantes, Pelloutier, Faimparay, Maucomble et Marion, qui publièrent le 21 juillet 1817 un certificat attestant les circonstances de leur délivrance et les motifs de leur éternelle gratitude. — l*itrc-Ghevalier, Bretagne el Vendée, II, p. 453.

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