‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 64 sur 124 · A LA CONVENTION · texte numérisé non relu

A LA CONVENTION

(•niants ; « Les enfants de treize ans portent les armes contre nous et les enfants en plus bas Age sont encore les espions des brigands. Beaucoup de ces petits scélérats ont été jug^és.et condamnés par les Commissions militaires » — Carrier omettait les femmes enceintes, les enfants guillotinés ou noyés sans aucune espèce de jugement. Ainsi présentés, les crimes des femmes vendéennes et des enfants semblaient avoir mérité leurs châtiments. Son discours est un vrai rapport (i) sur la guerre de endée; de Cholet à Mortagne, de la Rochejaquelein à larette. Carrier passe tout et tous en revue. Il osait termi- ;r ainsi : « Ne vous laissezpas aller, citoyens, à des mouîmentsqui ne seraient que pusillanimes et qui nous perraient. Tuons donc tous les rebelles sans miséricorde ! Le lan du Comité de Salut public et celui des généraux y Jt conforme et j'y conclus (2)! »

lin... » Mémoires de M"'» de Sapinaud. En citant ces Mémoires (les

emmes de la Révolution, p. 122), Micheict ajoute : « Il ne tua pas les îmmes. . . mais il avait dit le vrai mot de la guerre civile. Il le savait mieux que tout autre. Cet officier était un prêtre qui avait jeté la soutane »... Suit une longue dissertation sur l'entente de la femme et du prêtre, sur l'œuvre des ténèbres accomplie par cette intime et profonde entente... On connaît les théories de Michelet sur ce sujet toujours d'actualité. Dans l'espèce, il se rencontre avec Carrier ; il ne va pas jusqu'à discuter les moyens de répression employés contre ces femmes, coupables ou non. Voici encore des détails sur l'ardeur et la cruauté des femmes qui ne corroborent que trop l'affirmation de Carrier. C'est l'extrait d'une Correspondance d'un démocrate de Saumur écrite le 24 février 1794, que Drake a pu se procurer. — Drakc, t. II, p. 544. Archives de Dropmore récemment publiées par le gouvernement anglais, produites par le marquis de Nadaillac {Correspondant, 25 juillet 1896).

« Les femmes de ces contrées sont pires encore : on les voit armées lie pistolets et de poignards parcourir les rangs et souffler partout la rage qu'elles ont dans le cœur. — D'autres, armées d'un crucifix montrent cette image à ceux qui retournent en arriére et les 'rengagent au combat par l'exemple des souffrances du Dieu pour lequel ils combattent. On a vu de ces harpies se pi-écipiter sur nos canons, poignarder nos canonniers et affronter les décharges des cartouches. On les a vues se répandre dans les campagnes et profiter de la déroute dos républicains pour les égorger et en faire un massacre épouvantable.»

(l)Que le Moniteur annonce ainsi : « Carrier, représentant du peuple, [ue quatre mois de travaux et de soins sur les lieux ont instruit des '■auses et des effets de la guerre de Vendée, présente à la Convention" an tableau de ses développements, de ses désastres, des victoires des umées républicaines.» — Moniteur An 5 ventôse. Réimp., XIX, p. 537.

(2) Dans ce discours, Carrier déclara que le général Léchelle, qu'on a dit s'être empoisonné, était mort de chagrin à Nantes, presque dans ses bras. Voir suprà.— Moniteur, XIX, p. 538. Le même jour, aux Jacobins

Carrier revendiquait donc hautement ses actes et ceux de ses collaborateurs, se sentant soutenu par les Jacobins compromis et par le parti extrênie. Le choix de la ligne de conduite à suivre n'avait pas dû l'embarrasser longtemps. Elle était tracée d'avance.

En arrivant à Paris, Carrier tombait en pleine agitation hébcrtiste. En face de lui, trois camps bien distincts : les Modérés, qui prêchaient l'indulgence en suivant Camille dans le Vieux Cordelier ou Danton dans ses discours ; les Hébertistes, qui criaient à la tyrannie, espérant s'emparer du pouvoir par l'anarchie ; Robespierre avec Couthon et Saint-Just dominant le Comité malgré, les tendances diverses de certains de ses membres (r), louvoyant entre les partis, escomptant déjà l'heure favorable où à l'aide de conspirations dévoilées — vraies ou supposées — il pourrait mettre d'accord les deux extrêmes, on sait de quelle manière. Dans sa rancune contenue mais sincère contre Robespierre qui l'avait rappelé, Carrier ne songeait guère à s'atteler au char du Comité. Sa violence d'action le portant encore moins vers les nouvelles théories de Danton et de Camille Desmoulins, il se trouvait engagé dans le sillon d'Hébert sous l'influence de Collot d'Herbois.

Dès la fin de nivôse, les Hébertistes avaient levé le masque en excluant Camille du club des Cordeliers ; c'était forcer Robespierre à sortir de la politique d'équilibre. S'avouerail-il vaincu en abandonnant Camille, ou se compromettrait-il davantage en s'obstinant à le protéger? Robespierre avait tourné la difficulté; pour défendre Camille, auquel du reste il ne ménagea pas les reproches, il affecta de supposer l'exclusion projetée et non consommée et demanda, si les Cordeliers excluaient Camille, qu'ils rejetassent en même temps de leur sein Bourdon (de l'Oise)

qui l'applaudirent. Carrier répéta ce discours. En mCme temps, comiDe ou te verra plus toin, it faisait l'étoge des généraux sans-cutottes, Konsin, l\ossignol, Santerre.

(1) Collot d'Herbois et Billaud-Varonnc étaient de tendance liéberlisto ot déjà t\osiiles à Robespierre. Carnot liésitant était presque toujours de l'opinion du plus loit, comme Barérc.

LES HEBERTISTES 243

et le ijraiid dénonciateur Philippeaux, que tous les intri- ■>aiits sans exception fussent dévoilés (i). La menace fut comprise des Modérés, encore mieux des Hébertistes. L'exclusion de Camille fut cependant rapportée. C'était partie remise ; et joués par Robespierre, la haine des Hébeitisles contre lui ne pouvait que s'en accroître. Mais avant d'attaquer ils eurent d'abord à se défendre, car deux d'entre eux (2), Ronsin et Vincent, venaient d'être arrêtés sur l,a dénonciation de Fabre.Les Hébertistes mirent tout en jeu pour obtenir la liberté des deux prisonniers (3) et, chose étrang^e, ce fut Danton qui l'obtint, grâce à la neutralité (le Robespierre. Leg^endre aux Jacobins (4) avait fulminé contre les ennemis du peuple, «jurant de les poursuivre jusqu'à la mort ». Danton au contraire, dont les amis poursuivaient avec tant d'acharnement le commandant de l'armée révolutionnaire et l'adjuvant du ministre Bouchotte, Danton fit reproche à Philippeaux de « traiter comme suspects des vétérans révolutionnaires» et s'éleva au nom de la justice contre « les préventions individuelles auxquelles Ronsin et Vincent étaient en butte ». Danton, on peut le croire, n'entreprenait cette défense qu'afin d'être plus à l'aise pour prendre celle de Fabre (5).

Le Comité de Sûreté générale avait été saisi de la demande des Cordeliers et Robespierre n'entrava pas son verdict; Maximilien se contenta de demander — malgré la motion de Léonard Bourdon — que les Jacobins n'intervinssent pas et déclara qu'il fallait laisser le Comité agir en toute liberté afin que l'innocence des détenus fût proclamée par l'autorité publique et non par une autorité privée (6). Sur la proposition de Voulland, et malgré l'op-

(l).Louis Blanc, Rév. Franp., X, pp. 208 et suivantes; Hamei, //is^ de Robespierre, t. III, page 326.

■ (2) Bien qu'il soit facile de s'y tromper par l'analogie de leurs opinions, Ronsin était Jacobin, et Vincent Gordelier.

(3) Pétition des sectionnaires du faubourg Saint-Antoine en faveur de Ronsin.

(4) Séance du 8 pluviôse. Moniteur du 10.

(5) Séance du 14 pluviôse. Moniteur du 16. — Hamel, Hist. de Robespierre, 111, 453.

(6) Louis Blanc, Réi). Franc., X, 300. Robespierre, toujours pour couvrir le Comité, avait déjà sauvé les Hébertistes du ministère de la guerre lors de l'accusation do Levasseur et deBentabole, 25 septembre.

position de Lecointre, de Bourdon (de l'Oise) et de Legendre, le Comité de Sûreté générale rendait à la liberté Vincent et Ronsin qui, au sortir de prison, furent reconduits en triomphe (i). Si Robespierre avait épargné encore cette fois des ennemis avérés, ce n'était pas sans raisons. Deux au moins sautent aux yeux : la diatribe de Fabre d'Ég-lantine dirigée contre les bureaux delà guerre dans le but d'atteindre le Comité de Salut public venait d'un homme arrêté lui-même depuis peu et sous le coup d'une accusation infamante. Contre Ronsin, il y avait bien les rapports de Philippeaux, mais le Comité de Sûreté générale n'était pas saisi de ces dénonciations et l'on sait le cas que faisait Robespierre des « cabales de Philippeaux (2) ». Il y avait encore la conduite de Ronsin à Lyon. Mais pouvait-on toucher à Ronsin sans mettre en cause Collot d'Herbois, peut-être même Billaud- Varenne ? C'eût été donner à une fraction importante du Comité de Salut public la licence de conclure ouvertement avec les Hébertistes une alliance offensive et défensive qui eût peut-être assuré leur triomphe (3).

La leçon reçue ne devait guère profiter à ces enragés. Sous la grâce octroyée ils ont cru voir percer la faiblesse et leur attitude devient provocante. Ouvrons les Mémoires sur les prisons, nous y verrons Vincent et Ronsin entrant à toute heure dans les maisons d'arrêt, jetant les germes d'une conjuration en faisant miroiter aux yeux des détenus l'espoir de la liberté, en répandant le bruit d'une nouvelle épuration des prisons ; au Luxembourg, où Ronsin retrouve Grammont, l'assassin des prisonniers d'Orléans qui se vante d'avoir bu dans le crâne de l'un d'eux ; à Port-Libre, à la maison Lazare, où Vincent pénètre à une heure du matin en uniforme, une houppe rouge à son chapeau (4). De cette conjuration, Ronsin eût été l'épée, un Cromwell [provisoire, Pache, le Grand

(1) Mémoires sur les prisons. II, p. 141.

(2) Discours de Robespierre sur la faction Fabre d'Églantine. Pap. de Courtois, 207. * ^

(^) Louis BlsLDc, Bévol. franc., t. X.

(4) Mémoires sur les prisons, II, id.

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