‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 7 sur 124 · LETTRES A HERAULT DE SECHELLES · texte numérisé non relu

LETTRES A HERAULT DE SECHELLES

Puis, le Unistèro et le Morbihan, où il veut se rendre incessamment, car « la contre-révolution y est aussi en activité qu'à Cohlentz (r) ». Que ne se repose-t-il sur Prieur qui « savait si bien réduire les fédéralistes au silence (2) »?

Son zèle est aussitôt encourag-é par une réponse du Comité de Salut public — qui devine en lui un émule de Le Carpentier contre les nobles et les prêtres (3).

« Continuez de surveiller sans cesse les malveillants, surtout ces sépulcres blanchis, cette eng-eance sanguinaire des prêtres fanatiques; purj^ez sans délai tous ces corps g'angrenés ; que le glaive de la loi se promène sur tous les coupables... Le Comité se repose sur votre zèle (ju'aucun obstacle ne ralentit (4). »

Dans ce crescendo d'encouragements (5) à la répression effective (jusque-là on emprisonnait, les condamnations à mort étaient exceptionnelles), on conçoit que le fanatisme révolutionnaire de Carrier s'exalte. Des cerveaux mieux équilibrés que le sien se seraient enflammés.

Aussi avec quel plaisir — on pourrait dire sur quel ton badin — Carrier s'empresse de communiquer à Hérault de Séchelles ses impressions sur les suspects !

« La mesure qui a le mieux réussi est le séquestre des biens de tous les contre-révolutionnaires et des anciens administrateurs qui avoient pris la fuite... Ils me demandent aujourd'hui quels sont leurs crimes. Je leur ai répondu que s'ils persistoient à réclamer un jugement,

(1) Archives, j'rf., p. 196.

|2) Du Ghatellier, Hist. de la Révolution en Bretagne, t. II, p. 247. Prieur parut modéré après Carrier à Nantes, mais on ne peut oublier son système de terrorisme à Vannes et sa conduite à Savenay.

(3) Du Ghatellier, id., p, 272. Le Carpentier remplira les prisons de Saint-Mâlo de prôtres constitutionnels et de nobles. Parmi ces derniers trois jeunes filles de la famille de Chateaubriant inscrites avec les mentions suivantes : Emilie, caractère doux et dixsiinulé; Mathurine, caractère doux, mais d'opinions aristocrates et fanatiques; Sophie, caractère et liaisons inconnues.

(4) Archives, id., p. iOS.

(5) Voir les circulaires du Comité de Salut public aux représentants en mission et aux tribunaux révolutionnaires. A quoi bondes restrictions générales puisque les ordres particuliers en transgressaient la lettre? — Bibl. Nat., L. B. «S 2» réserve.

j'allois délivrer un ordre pour les conduire au tribunal révolutionnain;, seul compétent pour connoître des crimes de fédéralisme et de conspiration dont ils éloient prévenus. — Eh mais, m'ont-ils répondu, le tribunal révolutionnaire, ... le tribunal révolutionnaire! Eh, eh! » Ils ont g-ardé le plus profond silence depuis cette époque. »

Cependant ces administrateurs le gênent. Il charge Hérault de Séchelles de demander les ordres du Comité. Qu'on l'en débarrasse au plus vite, leur détention à Rennes pouvant produire mauvais effet et « quelques patriotes commençant déjà à ressentir une fausse humanité pour eux (i). »

Cette timidité qui sent la peur d'un réveil populaire (2) nous la retrouverons chez Carrier, quand il s'agira des i32 notables ou administrateurs emprisonnés par le Comité révolutionnaire. Il craindra l'opinion publique et les expédiera à Paris, le Comité gardant la responsabilité, quitte à permettre à ceux qui dirigent le convoi de les laisser en route, dans la Loire par exemple.

Réservé à l'égard des anciennes autorités, Carrier n'hésita pas, quand il s'agit des vrais contre-révolutionnaires (3), et des suspects de catégories classées (4). S'agit-il des prêtres, le diapason monte et il entre bien dans les vues du Comité. « Je me propose de faire bientôt des cargaisons de prêtres insermentés, amoncelées dans

(1) Archives Nationales, même dossier.

(2) On raconte qu'à Rennes, dans un banquet, Carrier exposa ses théories de gouvernement. L'un des convives, Biin, devenu plus tard membre du conseil des Cinq Cents, ne put contenir son indignation et se levant cria: « Qu'on éteigne les lumières et que j'étouffe ce b... » Carrier fut effrayé et de là son hésitation et son désir de quitter Rennes. Michaud, VIII, p. 363. M. A. Lallié, le Fédéralisme dans la Loire-lnf'erieure.

(3i Carrier n'avait pas attendu la loi du 17 septembre pour autoriser le Comité de Salut public de Sainl-Brieuc, où il était de passage, à désarmer et à mettre en arrestation tous les suspects. M. Wallon, Représentants en mission, II, p. 31.

(4) Si Carrier à Rennes se vit condamné à la modération, c'est au courage du maire Lepcrdit qu'on le doit. Quand Carrier, d'après l'esprit de Lhaumette, avait parlé défaire périr les filles publiques, Leperdit s'était dressé devant Un en homme de bien et lui avait dit en face : « Je ne le souffrirai pas, ce sont mes administrées. .. Voir Michelet, livre XVI, chap. n.

Page 1