‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 8 sur 124 · LETTRE A BOUCHOTTE · texte numérisé non relu

LETTRE A BOUCHOTTE

les prisons et d'en donner la conduite à un marrain de Sainl-Servan connu pour son patriotisme. « Voilà un énoncé de déportation qui mérite réflexion. Dans ce marrain patriote, Carrier n'a-t-il pas cru trouver un noyeur? N'oublions pas que, lorsqu'on parle des prêtres insermentés, rien ne paraît anormal. La Convention avait fiéjà retenti de propositions semblables (i).

Nantes l'attire toujours, et c'est par un regret de n'y pas être encore, que Carrier termine sa lettre à Hérault.

(( Adieu, mon brave ami. Mes travaux ont singulièrement altéré ma santé. Hier, j'ai été très malade. Sans cette indisposition j'aurais voléà Nantes, foyer decontrerévolution, aliment continuel de la Vendée, où mes collègues laissent subsister deux sociétés populaires, dont l'une n'est composée que de contre-révolutionnaires. C'est aux demi-mesures, c'est à une indulgence vraiment coupable, que nous devons les derniers échecs que nous avons éprouvés du côté de Nantes, qui deviendra un second Lyon, si on n'y prend garde (2). »

Carrier s'attache aux images. Second Lyon sera l'épithète ordinaire de la ville de Nantes. Il la traitera en effet d'aussi dure manière que Fouché et Collot écrasèrent Commune- Affranchie .

Sa lettre à Hérault se croise avec celle du Comité lui donnant mission expresse de se rendre à Nantes dans le plus bref délai. Son parti était déjà pris de volera Nantes. Il a renoncé à poursuivre les députés fugitifs qui du reste se sont embarqués à Brest. H juge la Terreur suffisamment propagée à Rennes et à Vannes, et il écrit à Bouchotte cette lettre typique :

Ministre sans-culotte.

Je pars pour Nantes, où on a laissé la trahison s'organiser et la contre-révolution faire les progrès les plus menaçants. Tu peux compter que j'y serai un vrai désorganisateur pour y établir le triomphe de la sans-culotterie (3) I

(1) Voir plus loin chapitre VII l'opinion de Legendre et de Merlin.

(2) Archives, môme dossier.

(3) Archives de la guerre, citées par M. Wallon, les Représentants en mission, 1, p. 40(j.

Il pouvait partir. « Rennes est pacifiée, écrira Corbigny, agent des Affaires étrangères, grâces en soient rendues aux représentants Carrier et Pocholle. Ils ont soumis par la Terreur ce que leur républicanisme n'a pu convertir (i). »

En réalité, Carrier n'avait fait que donner l'impulsion; le mouvement de révolte qu'avait suscité la levée des Soo.ooo hommes se prolongea sous l'influence des événements de Vendée et, le fédéralisme une fois étouffé, les successeurs de Carrier auront à écraser émigrés, prêtres réfractaires, ou femmes qui recelaient des réfractaires. Bourbotte, Pocholle, Prieur(dela Marne), Louis Turreau, Esnue Lavallée, Le Carpentier, Laplanche ne failliront pas à leur tâche. Si le tribunal .criminel de Rennes est classé parmi les plus modérés (2), les commissions mililitaires établies par les représentants pallieront cette tendance à la faiblesse. La commission de Saint-Malo, dirigée par Le Carpentier, celle qu'on appelle la commission Vaugeois, qui se transporte de Rennes à Vitré, enfin et surtout la commission présidée par Brutus Magnier (3) ont laissé un nom dans l'histoire sanglante du Nord-Ouest, Mais combien pâles auprès de la commission Bignon (4) !

(1) Vérit6-Corbij?ny. Lettre de Rennes, 16 octobre, citée par M. Wallon, Représentants en Tnission, II, p. 13.

("2) 87 condamnations à mort, 80 à des peines moindres, 333 acquittements.

C3) 267 condamnations à mort de frimaire à prairial. Voir M. Hippo- Ivt" de la Grimaudière: la Commission Brutus Magnier à Rennes. Nantes,

(4) Commission militaire du Mans, qui se transporta à Nantes après Savenay,

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