‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 82 sur 124 · TRONSON-DUCOUDRAY · texte numérisé non relu

TRONSON-DUCOUDRAY

in

M mot nouveau, dit-il, qui a consacré des forfaits nouveaux », — il fait remarquer la conduite patriotique et politique de Phelippes qui se montra toujours l'ennemi juré du despotisme et, seul dans la ville de Nantes, attaqua le Comité ; la résistance qu'il opposa à la proposition du i4 frimaire de fusillade en masse, sa retraite quand le lendemain i5 le Comité voulut recommencer la délibération. 11 parle de ces détenus qu'on voulait fusiller malg-ré Phelippes : « Aucun n'était condamné à mort; ving-t avaient été incarcérés la veille, d'autres acquittés par le Irilninal criminel, d'autres détenus par jugement de poice correctionnelle. » — Relatant la réponse courageuse

Boivin, commandant temporaire'de Nantes, il dit: « Ce

trait vous rappelle sans doute les Charny, les Saint-Héran,

s Tanneguy-Levenneur, les de Gordes, les Mandelot,

s généreux commandants de province qui s'opposèrent

X massacres de la Saint-Barthélémy en disant qu'ils e seraient jamais les bourreaux de leurs frères ! » Avec Tronson-Ducoudray nous assistons aux plus minutieux détails des massacres, aux délibérations nocturnes, aux conciliabules dans la courdes prisons, à l'embrigadement desdétenus, nous voyonsGoullinprendredans sapoche un peloton de ficelle pour lier les malheureux, les membres du Comité tirant au sort la vie des détenus par boules l)lanches ou noires. Phelippes a protesté, il n'a pu empêcher les exécutions contre les ordres reçus le 27 et le :i9 frimaire ; mais le 7 et le 1 1 nivôse il publie une ordonnance relative à la noyade des 129 détenus du BoufFay, faite dans la nuit du 24 au 25 frimaire. A la suite de ces événements il tombe malade et est remplacé. Le 25 germinal, Grandmaison le menace de le dénoncer comme fédéraliste; il supporte les mauvais traitements avec sérénité ; arrêté et envoyé à Paris, il est attaché pendant toute la route avec un scélérat condamné à mort.

« Il quitta Nantes avec cette tranquillité d'âme qui caractérise l'innocence. Il se sépara de cette ville malheureuse où il n'existe plus de commerce et dont les habi-

lants marchent sur les ruines de toutes les vertus et sm les torches de tous les crimes ! (i) »

Troiisoii-Ducoudray a fait le tableau de la terreur (l( Nantes et a détaillé les atrocités du Comité révolution naire. Pas une fois, il n'a prononcé le nom de Carrier — Sa plaidoirie décida du sort des Nantais. Cen'éliii plus là le tribunal de Fouquier, de Dumas et de Coffinlial Tous les accusés furent acquittés. Le président, après avoi i donné connaissance du jug-ement d'acquit, prononça rc mots : « Depuis long-temps privés de la liberté, sépare; de tout ce que vous avez de plus cher, le glaive de la lo était suspendu sur vos têtes !.. Ne vous faites pas illu sion; plusieurs d'entre vous ne sont pas exempts de ic proches (2). Sans doute votre premier sentiment est m tribut de reconnaissance pour la loi qui institua le jurv pour cette loi bienfaisante et propice à ceux qui, cou pables par le fait, ne le furent pas par l'intention... Rc tournez dans vos foyers, allez consacrer vos premier moments à la consolation de vos familles. Racontez à \(> concitoyens le tendre intérêt que vous ont témoigné le Parisiens et que votre attachement inviolable à la Répn blique répare l'erreur momentanée dans laquelle vou avez été entraînés ! »

L'acquittement (3) et le discours du président sont a( cueillis avec transport; le public crie « vive la Repu blique », on entoure les Nantais et on leur fait fête (4

(i) Plaidoiries de Tronson-Ducoudray.

(2) Archives, W, 449, n" d05, p. 90. Bulletin du tribunal révoliitioi naire, VI" partie, p. 8C. Courrier universel, fructidor.

(H) Parmi Jos accusés, plusieurs, et notamment Phelippes, furent cni vaincus d'être les auteurs ou complices de la conspiration contre l'unil l'indivisibilité de la République, etc. Ce qui donnait satisfaction à l'ii. cusateur public, mais le jury donna en même temps satisfaction ; sentiment public en déclarant « qu'ils n'étaient pas convaincus ( l'iivoir fait dans des intentions criminelles et conlre-révolutionnaires Archives. W. 449-105, pièce 90.

(4) Commentaire du jugement : « Quel est donc ce peuple qui oO des contrastes si étonnants? Il y a quelques jours il semblait ne vo loir que meurtre, que destruction; le nombre de ses victimes ne! paraissait jamais assez grand; il nmrmurait contre la lenteur des iu^x nients et menaçait de les devancer par ses exécutions; aujourd'hui aoplaudit à la liberté, à la conservation de ses semblables; il ne ve plus voir de coupables. Il couvre de ses embrassemcnts et l'innocen qui triomphe et la justice qui absout... Jamais spectacle ne fut pi

L'ACQUITTEMENT 3ii

Le jeune Dcvay, Agé de dix-neuf ans, qui s'était courageusement dévoué en place de son père, chargé d'une famille de sept enfants, est invité par le président à recevoir l'accolade fraternelle comme un hommage rendu à son action héroïque (i).

touchant pour I(! viTilablo ami de rhumanité, que celui de ces 9C accusés échappés aux danfi:ers d'une route longue et semée d'emhûches, amenés devant un nouveau tribunal qui a pris la loi pour règle de ses jugements, rendus tout à coup à la liberté, «u bruit des acclamations d'une multitude émue du récit deleurs souffrances.» — Delacroix, Speclateur français, XXIV""" discours, sur un jugement favorable aux Nantais, p. 197.

(1) M. Crétineau-Jolly, dans son Hist. de la Vendée militaire, tome I, p. 513, raconte avec détails lu dévouement de Dcvay. Il le lait mourir à Paris des fatiguc^s du voyage après une émouvante ngonie. La légende est peut-être plus poétique, mais fausse la vérité.

Page 1