‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 85 sur 124 · LES MUSCADINS · texte numérisé non relu

LES MUSCADINS

appel à la terreur, comme on pourrait s'y attemlre. A la Conveution il ne parle pas le même lan^ag^e qu'aux Jacobins. (( Qu'on ne croie pas toutefois qu'ils soient inca- [lables de défendre la République. Ils sont français, au cliamp de l'honneur ils se battront bien et ils prendront au milieu des camps un caractère plus viril et plus convenable à leur sexe. Je demande donc qu'ils soient tenus aussi de partir. »

La motion de Carrier est appuyée par Bentabole: « Les officiers de santé ont donné souvent des certificats de santé par ignorance ou par esprit contre-révolutionnaire ; par là la patrie se trouve privée de 20.000 défenseurs. » « Une voix crut nécessaire d'amplifier en criant : Soixante-dix mille (i). »

Carrier a tonné contre cette jeunesse qui méprise la Carmagnole, a arboré des vêtements qui lui sont propres comme elle se sert d'un lang-age particulier. On reconnaît ces tapageurs à leurs « rondins » , leur arme défensive, à leurs cadenettes poudrées, à leurs cravates vertes, aux collets noirs de leurs habits (2).

Dès Thermidor, ils ont pris l'allure d'un club dont le je noyau principal est au café des Canonniers, jadis café (le Chartres, les annexes installées aux cafés de Foi, de Valois, d'Italie. Ils se réunissent par centaines, accaparant les terrasses, le jardin, jusqu'au bassin du centre qui sert à leurs vengeances burlesques (3).

Il n'y a pas là, quoi qu'en ait dit Carrier,que des jeunes gens de la première réquisition dispensés par faveur ou par complaisance du service militaire. A côté du noyau de jeunes inutiles ni plus ni moins intéressants que les « motionnaires », les « alarmistes » et autres « folliculaires » à état civil vague ou au moins intermittent, se retrouvent dans le jardin du ci-devant Palais-Royal et se coudoient des gens de toute classe et de tout âge réunis par l'impérieux besoin de parler et de s'agiter après une

(1) Moniteur, tome XXI, p, 679.

(2) Thibaudeau, ,V<?mo«>es, XII, p. 143.

(3) Paris pendant la Révolution, Adolphe Schmidt, traduction Viollais, l. II.

longue accalmie forcée : des ci-devant, comme le marquis de Saint-Hurug-e, et le chevalier de Jean, le fils du baron Dietrich, maire de Strasbourg- g-uillotiné, des journalistes comme Charles His, Sourig-uières et Beaulieu — ces deux derniers rédacteurs du Miroir, — Martainville, futur auteur dramatique dont l'esprit ég^alait le courage (i), Lacretelle, futur historien, alors âgé de 28 ans. qui arrivait de l'armée pour se jeter dans la réaction et qu'on retrouvera aux journées de Vendémiaire, le fédéraliste Malo, devenu chef d'escadrons et commandant d'un régiment de dragons lors de l'affaire de Grenelle, l'ouvrier menuisier Olivier Gonchon, célèbre orateur populaire du faubourg Antoine, naguère fougueux Jacobin (2).

Les provocations et l'ardeur de la « Jeunesse » contre les Terroristes et les Jacobins devenaient de plus en plus violentes ; les groupes du Palais-Egalité déclaraient hautement (( que la queue de Robespierre était encore bien longue, qu'une partie de cette queue s'était réfugiée dans le sein de la Convention » . On réclamait avec énergie l'arrestation de Carrier, on reprochait sans trêve à l'Assemblée sa lenteur à prendre un parti dans une affaire si évidente (3).

La Commune et les Jacobins manifestant la plus profonde hostilité contre les jeunes gens à « épigrammes et

(1) Martainville avait sauvé sa tête par un trait d'esprit. Devant le tribunal révolutionnaire, le président, lui faisant décliner ses noms, voulait absolument qu'il s'appelât de Martainville. — « Citoyen président, répondit l'accusé, je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. >•

(2) Paris peiidant la Révolution, Ad. Schmidt, t. II.

(3) Forts de leur dernier succès, les Jacobins se montraient arrogants au Club et leur presse provoquait la presse Thermidorienne.

« Ce n'est pas après cinq ans de combats et de victoires qu'on doit se flatter de renverser les premiers athlètes de la Révolution. Les Jacobins sont au-dessus de tout éloge comme à l'abri de toute atteinte. Dernièrement on a tonné contre eux au sein de la Convention, ça été le signal de leur résurrection. Le cours des événements les avait entraînés jusqu'au bord du précipice, mais leur génie les a .sauves. Tremblez, desl)Otes et vous tous qui avez juré la pei-te de la patrie, les Jacobins sont encore debout. Audace, union, force et sagesse aux Jacobins! Périssent les téméraires qui osent les attaquer! Que les Jacobins forment autour delà Convention et des principes un mur inexpugnable, et que la Convention les couvre de sa puissante égide ». Ami du Peuple, Lobois. 4"" Sans'Culoltide (20 septembre, vieux style).

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