‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 86 sur 124 · MERLIN DE THIONVILLE · texte numérisé non relu

MERLIN DE THIONVILLE

à gros bâtons », ceux-ci se vengeaient en envahissant le club où ils se livraient journellement à des démonstialions bruyantes. Ces tapageurs et ces réactionnaires vont se montrer des adjuvants puissants du parti thermidorien pour la destruction des Jacobins.

La cinquième sans-culottide de l'an II avait été décrétée jour de fête de la Convention qui conduisait]en grande pompe les restes de Marat au Panthéon (i).

Pour les partis en présence, jour de trêve, précédé du long rapport de Lindet sur la situation intérieure du pays. Le retentissement de son discours fut immense, mais riieure de la sanction politique et sociale, l'heure de l'indulgent oubli prêché par Lindet n'était pas encore venue. Les partis, plus animés que jamais les uns contre les autres, étaient-ils en état de s'occuper utilement d'économie politique et de régénération sociale ? Les luttes acharnées pouvaient-elles s'interrompre à la voix d'un hninistrateur (2)?

Le lendemain, Merlin (de Thionville) faisait une sortie

)lente contre les Jacobins et demandait « jusques à

land la Convention nationale souffrirait à côté d'elle

repaire de brigands qui avaient juré de s'unir contre la

fertu et la justice et qui s'insurgeaient contre la repré-

itation nationale » ? Un membre s'étant écrié que

terlin montrait le « bout de l'oreille » et (ju'il voulait la

festruction des sociétés populaires ; « je montre l'oreille

|1) Les sociétés populaires, les autorités constituées et une grande rtie dos élèves de l'école de Mars précédaient le char qui portait les restes précieux de Marat. La Convention nationale suivait entourée (l'un initi)ens(! ruban tricolore soutenu par des vieillards et des enfants... Au moment où l'on descendit du char le cercueil qui contenait les cendres de l'Ami du peuple, on rejetait du temple des grands hommes, par une porte latérale, les restes impurs du royaliste Mirabeau. Moniteur, 1""" vendém. an IIL

(2) Lindet avait passé en revue l'état de désarroi commercial it industriel des villes de France. Il ne pouvait oublier Nantes, dont il tait le tableau suivant, sans oser pourtant prononcer aucun nom ! « Tout retentit ici des malheurs qui ont affligé la commune de Nantes, que pouvait le commerce au milieu de tant de calamités et de persécutions? Celte citadelle de l'Ouest a soutenu un siège de plus de quinze mois; elle a combattu les rebelles et les brigands, elle a conservé à la République une place importante et la navigation de la Loire. Sa fidélité, ses malheurs appellent des encouragements. »

tout entière, répliqua le représentant guerrier ; je périrai ou périra le système des ég-orgeurs . »

Le 2 vendémiaire, de la même place où celui qu'on appelait alors le doux Lindet invoquait la concorde et l'oubli du passé, Legendre versait à flots sur la Convention, qui applaudissait, sa rhétorique imagée et son éloquence brutale : « Il est temps, s'écriait-il que la République ouvre les yeux sur les hommes qui voudraient mener la Convention comme ils mènent une société respectable avant l'époque où ils l'ont dominée... Savez-vous quels sont leurs infâmes lieutenants? Ce sont ces hommes qui ont rendu l'Océan témoin de leurs crimes, qui ont rougi la mer par le jlux ensanglanté de la Loire. Le navigateur qui recevait le baptême en passant sous le tropique ne voudra plus marquer ainsi cette époque de son voyage, dans la crainte d'être inondé de sang... Ces hommes voudraient ressusciter la Commune aux Jacobins. Ils ont dressé un théâtre où chacun d'eux joue un rôle plus ou moins odieux; l'ombre de Robespierre est au trou du souffleur... Ils sont en petit nombre, les scélérats. Les Jacobins mieux éclairés en feront justice. Ils savent que la Convention seule doit tenir les rênes du Gouvernement... Les Jacobins ne doivent pas souffrir qu'on dise à leur tribune : « Bientôt un rocher se détachera de la Montagne pour rouler sur le Marais (i) », ou encore : « Nous sommes> assez de 5 ou 6 ! »

Plusieurs voix interrompirent : « C'est Vadier qui a dit cela. »

Legendre terminait son discours par l'appel à la concorde habituel : « Citoyens, jetons loin de nous, en entrant dans cette enceinte, le manteau de nos haines particulières. Nous avons promis d'opérer le bonheur du peuple ; tenons-lui parole. Sauvons notre pays et quand

(1) Delraas, alors président des Jacobins, avait prononcé cette phrase de bravade de la Montagne (1" Sans-culoltide\ Quelques jours plus

tard

il sera rapporteur du décret sur la police des sociétés populaires, oui leur interdisait les affiliations et diminuait sensiblement l'influence des Jacobins en les isolant des départements. Baron de Barantc, Convention, V.

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