LEGENDRE
vous aurez rempli cette tache g-loricuse, voufî vous assommerez si vous voulez (i). » Le boucher reparaissait sous le rcprésentaut (2).
Cependant le duel continuait, entre les Thermidoriens et les Jacobins, avec des alternatives de succès pour les deux partis.
« La Société des amis de la liberté et de l'éçalité, séant aux Jacobins à Paris, envoyait aux Sociétés populaires de France un appel à la fraternité. Apres avoir voué à ranathème les triumvirs frappés par le glaive de la loi, les Jacobins s'apitoyaient sur le sort du peuple opprimé, se plaignaient d'être attaqués impudemment par des hommes couverts de sang, par des dilapidateurs delà forlune publique, par des complices de d'Orléans etde Danton. 1 )énonçant le procès des complices de Dusaillant, de pro-
■^■) Monifpur. Séance du 2 vendémiaire an III.
I^H) Legcndie a joué un grand rôle dans la chute dos Jacobins et a I^Bniné la Convention à projioncer la mise en accusi),tion de Carrier. ■TRst curieux de mettre son attitude de 93 en regard de ses discours \de. lan 111.
i Voici ce qu'en dit Senar : « Legendre, regardant avec raison la trilinni' des .lacobins comme l'échaudoir de sa boucherie ou la tuerie privilégiée, dit quelques jours avant la mort do Capet : a Egorgeons le hon, faisons en autant de quartiers qu'il y a de déparlements pour envoyer un morceau à chacun; la tête restera suspendue à la voûte lie cette salle? — Sa motion fut applaudie. — Une autre fois il voulait mettre en réquisition les étaux des bouchers, hacher les aristocrates et les riches.
Il disait encore: J'éventrcrais avec plaisir un noble, un riche, un homme d'Etat, ou un homme de lettres, j'en mangerais le cœur. — Senar, Mémoires, p. 73.
Un moment, rapportent les Concourt, le cœur de Contât, où avait réirné le Comte d'Artois, écouta Legendre. Elle a donné le droit d'être jaloux il'elle « à ce patriote amoureux, qui dénonce M"" de Staël, qui dénonce tous les émigrés, jouant l'indignation, le zèle de la chose publique, 'éloquence mênie et le tout pour ne pas voir rentrer en France un de ;cs émigrés, bien pis qu'un émigré, l'amant de la baronne et de la cornélienne, un rival, M. de Narbonne ». E. et J.de Goncourt, Société franaise sous le Directoire, p. 333.
' Enfin voici une note du conventionnel Baudot :
Quelque temps après la Convention, dit Baudot, je rencontrai -tendre aux Champs-Elysées, marchant comme un homme qui n'a ilus que quelques jours à vivre. Comme il ne m'avait pas oflensé peronnellement, je fus au-devant de sa. sensibilité. C'était un spectacle à endre le cœur de voir ce bœuf si furieux à la Convention versant des armes de repentir en présence de la tombe prête à s'ouvrir. 11 mourut leu de temps après, laissant son corps à la France, legs do vanité qui l'a point été accepté et qui est restée sa destruction naturelle comme ;ela devait être. » Notes historiques de Baudot. Jouaust, 1893, p. 118.
clamer Louis XVII sur les frontières de la Lozère et du Gard, les Jacobins terminaient par un appel non dissimulé à l'insurrection pour le triomphe de la liberté et de l'é^^alité et l'anéantissement des ennemis du peuple (i).
Un des signataires de l'adresse — avec Bassal président et les deux autres secrétaires, Chambellan et Dubeu, — était Loys, frère d'un émigré. A ce titre, les Thermidoriens le firent arrêter par les comités révolutionnaires nouvellement remaniés et attendirent le bon vent pour sévir contre les autres.
Legendre encore devait venir à leur secours en remettant en question à la tribune le sort des députés dénoncés inutilement par Lecointre. L'éloquence à l'emportepièce et les allures déterminées du tribun imposèrent cette fois à la Montagne qui laissa le Marais et les tribunes applaudir sans oser protester (2). « Je sais que je vais ouvrir une dénonciation terrible, mais je brave les murmures et les récriminations. Robespierre, Couthon, Saint-Just ont été dénoncés parce que Billaud, Collol, Barère en sont devenus jaloux... Je le déclare à la Convention, je les regarde comme des conspirateurs. »
Dans le tumulte indescriptible qui suivit cette déclaration audacieuse et où tour à tour Barère, Billaud, Collet, Lindet, Prieur, Carnot..., tout ce qui restait debout de l'ancien Comité, descendit dans l'arène, Bourdon (de l'Oise) s'écria qu'on voulait venger la mort de Danton et de Capet! — Association de noms bien étrange qui donnait la mesure du chemin parcouru en dix -huit mois!
Sur la motion de Merlin on passa enfin à l'ordre du jour, par prudence et malgré les Thermidoriens, qui, se sentant maîtres de la situation, ne voulaient pas lâcher leur proie.
(1) Bûchez et Roux, Hist. parlementaire, tome XXXVI.
(2) La rédaction do l'adresse avait « été confiée» à Carrier, à Royer, substitut de Fouquier-Tinvillo, et à Billaud-Varenne.
Merlin à ce sujet avait enfourché son cheval de bataille. Rappelant qu'il a dit autrefois : « Ce n'est pas avec des discours, c'est avec du canon qu'il faut attaquer le palais des rois et le peuple sera libre, » il ajoute: « Ce n'est pas avec des discours qu'il faut terrasser les ennemis. Peuple, arme-toi de ta puissance et, la loi à la main, fonds sur ce repaire de brigands. »
LEGExNDRE 827
Quelques jotirs après, mie adresse de la Convention au peuple français (i) faisait le procès du parti des clubs et la sanction se produisait par un décret sur la police des Sociétés |)opulaires qui leur interdisait les affiliations. Dès lors l'influence des Jacobins de Paris est en décroissance marquée, leurs séances où le peuple ne vient plus vont déj^énérer en simples représentations. Ils avaient encore un mois à vivre et la défense de Carrier devait leur fournir une tapageuse açonie.
M) L'adresse fut présentée à la Convention par Cambacérùs.